‹ Commentaires et lettresChapitre 36 sur 96 · Voyez la note 4 de la page i · texte numérisé non relu

Voyez la note 4 de la page i

phin, qui luy feust si poltronnement, par les corruptions de l'Empereur, empoisonné', alla néantmoingz, avec tous ses aultres enfans et princes de son sang, jusques en la gallère dudict Empereur^, avec péril de sa propre vie, luy monstrant combien la paix nécessaire à tous les cbrestiens estoict continuellement désirée de sa Majesté? S'en ira l'Empereur avec intention de ruyner, brusler et mettre en proye ce royaulme, passant par lequel il a esté bien-vieigné % caressé et honnoré, et non aultrement que si c'eust esté Dieu qui feust descendu en terre? S'efforcera-il, avec des moyens indeuz et violens, de se rendre seigneur de ce royaulme, dans lequel, durant cinquante jours*, par la courloysie et bénignité du Roy, mon seigneur, il s'est trouvé plus respecté que son naturel seigneur, et avec

1. Le 12 août 1536, le dauphin François était mort subitement à Tournon, en Vivarais. Montécueulli, son chambellan, accusé de l'avoir empoisonné dans un verre d'eau froide, fut jugé et condamné à mort. On prétendit qu'il avait agi à l'instigation de l'empereur. Rien n'est moins prouvé que cette odieuse imputation, propagée par la politique astucieuse de François I", et adoptée, malgré son invraisemblance, presque par tous les contemporains.

2. Le 14 juillet 1538, la flotte espagnole étant à l'ancre à Aygues-Mortes, le roi fit une visite à l'empereur et monta sur ses galères. Le lendemain Charles-Quint descendit à terre et rendit au roi sa visite. — On trouve dans V Histoire du Languedoc un récit détaillé de cette entrevue. (Tome V, Preuves^ note 2.)

3. Bienviegné^ il a reçu bon accueil. Voyez Ducange, v° benevenutci .

4. En octobre 1539, l'empereur, qui marchait contre les Gantois, demanda et obtint de François I" l'autorisation de traverser la France. Il fut reçu par le roi avec une magnificence, dont on trouve le récit dans tous les contemporains, et une loyauté que Charles-Quint reconnoît lui-même dans ses commentaii'es. ( Commentaires de Charles-Quint^ p. 54, édit. K. de Lettenhove.)

tout pouvoir d'y commander plus qu'en sa propre maison ? Iront les Tudesques avec intention de fere serfs et esclaves ceux qui, pour conserver la liberté de la Germanie, se sont si libéralement em|)loyés, aux dépens et peite de leur chevance ' et effusion de leur sang? Iront les Allemandz et les Anglois avec volonté de destruire ceste religion que nous, avec nos valeureuses armées et avec la doctrine d'ung nombre infîny d'hommes excellens en sçavoir, avons publiée par tout le monde? Iront les Espaignols, qui si souvent et à force d'armes ont esté par nous réduicts à la foy chrestienne, avec intention d'en prendre la vengeance et pour nous contraindre à laisser la religion, laquelle, avec si grand honneur du nom de Christ, nous avons si long-temps conservée? Que si nous sommes, contre tout debvoir, abandonnés du reste des Chrestiens (ce que Dieu ne permette), nous pourrons, nous, subjects du Roy, mon seigneur, très justement demander vengeance à Dieu contre tous d'une si grande ingratitude.

i< Ce ne seront pas les mérites deuz à noz pères anciens pour avoir, par la grâce de Dieu, gaigné et acquis à la Chrestienté tant de victoires sous la conduicte de Charles Martel, au temps qu'ilz combatirent et taillarent en pièces cinquante mil Sarrasins veneuz d'Espaigne. Ce ne seront pas les mérites que noz majeurs, par la grâce de Dieu , ont acquiz à la Chrestienté au temps que, parleurs forces, sous la conduicte de Charlemaigne, leslnfidelles et Sarrasins feurent chassés des

i. Chevance, biens en général. Voyez Ducange au mot cabentia ou chevancia

Espaignes et d'une partie de l'Asie? Ce ne seront pas les mérites que, par la grâce de Dieu, les nostres ont acquiz au temps d'Urbain second, lequel, sans beaucoup de peine ny contradiction, disposa nostre Roy, ses princes , nostre noblesse et généralement tout le royaume contre les adversaires de nostre foy, si bien que, tous ensemble et par nostre secours, conquirent le royaulrae de Hiérusalem et la Terre Saincte. Pourront lire jamais les Chrestiens, sans recognoissance de l'obligation que nous avons sur eux, l'oraison prononcée par révesque Oliviense, au temps de Calixte, en présence de vostre Sérénissime Seigneurie ? Le commencement de laquelle contient ces motz : aucuns de nous n'ignore. Illustrissime Seigneur, qu'il y a vingt ans que ce victorieux exercite' des Gaulois passa d'Europe en Asie, où, par la bénignité de Dieu et par leur vertu, tout le pays de Bastero jusques en Syrie a esté destourné de la foy de Mahomet. Ce ne seront pas donc les récompanses des mérites de tant d'expéditions contre les adversaires de la foy, heureusement faictes par noz ancestres au temps de Philippes et Charles de Valois. Et quand sa Saincteté verra tant de nations ensemble conjoinctes, et avec ung malheureux désir de ruyner le reste de la Chrestienté, et résolues d'opprimer ce royaume, qui sur tous les auUres a bien mérité de la république chrestienne, je necroy pas quelle ne vueille, pour nostre tuition^ et deffence, nous prester

i. Exercite, du latin exercitus , armée. Le verbe exerciter, faire la guerre, était plus usité que le substantif.

2. Nous n'avons sij^nalé dans les notes ajoutées à ce discours que les mots d'une acception difficile. Il en est d'autres, comme vitupère^ cautelle^ Cesarée^s'eximer^ coiilpe, tiittion,aliennes, ani-

l'ayde et lesecours qu'elle jugera nous estre nécessaires. Et quand sa dicte Saincteté en useroit aultrement, elle feroit son très grand dommage et contre le debvoir d'Italien, de chrestien et de pontife : d'Italien, pour ce que nostre Sainct Père sçait bien que la servitude et calamité de l'Italie ne peult naistre d'aultre accident que de la ruyne et destruction du royaume de France; de chrestien, d'autant qu'ayant esté de tout temps le nom de Christ deffendu et amplifié par ce royaume, et estant à ceste heure combatu par le moyen et ambition de l'Empereur et de tant de nations aliènes de nostre religion, il ne pourra estre abandonné en ce besoing, sinon des mauvais Clirestiens; de pontife, parce que ce sera contre le debvoir de sa Saincteté, puis qu'elle est entièrement et en toutes sortes esclarcie et trèsasseurée comme l'Empereur, obstiné en sa volonté, résolu de mettre sous son joug François et Italiens et tous aultres Chrestiens , n'a jamais voulu prester l'oreille à aucune condition de paix que sa Saincteté luy ayt proposée. Au contraire le Roy, mon seigneur, désireux d'icelle et du repos des Chrestiens, a voulu bien souvent remettre tous les droicis et différends au jugement du Sainct Père. Doncques pour faire l'office de vray pontife et de vray juge, ne pourrail pas prendre les armes contre celuy qui sans honte n'oseroit nier qu'il ne soict le seul perturbateur du bien et du repoz public? Et quand il ne fera cela, pour

plifié^ etc., dont le sens se révèle à tout le monde. Ces termes ne se retrouvent jamais dans le texte des Commentaires. Il en est de même des tours de phrase. On a vu page 444, note, la conclusion que nous avons tirée de l'emploi fréquent de ces tours et de ces mots latins.

luy reprocher son ingratitude en cest endroit, les oz de Grégoire troisiesme, d'Estienne second, d'A.drian premier, d'Estienne quatriesme, de Grégoire neufiesme, de Gélase second , d'Innocent second , d'Eugène sixiesme, d'Innocent quatriesme, d'Urbain, et de plusieurs aultres pontifes, s'esleveront tout à coup : lesquelz estans persécutés partie par les ennemis de la foy, partie parles empereurs, ont esté secourus par les forces du royaume très chrestien ; et par le moyen de ceste couronne, comme l'ancre sacrée de toute la Chrestienté, ont esté garentis et restitués au Sainct Siège. Les oz, les cendres du pape Clément* s'esleveroint, lequel contre toute raison et justice, réduict en extrême calamité par l'Empereur (lequel maintenant allié, et fortifié d'hérétiques, prépare et excite tant de tragédies aux bons et vrays Chrestiens; , feust délivré de toutes ses oppressions par les forces du Roy mon seigneur, avec une notable perte des nostres.

« Je ne croy pas, Illustrissimes Seigneurs, que vous ayés du tout oublié l'union et confédération qui, depuis sept cens ans, a esté inviolablement gardée entre ceste Illustrissime Seigneurie et la couronne de France. Oublierés-vous l'estroicte alliance qui estoict entre vous et nous aux dernières guerres? Vous n'aurés perdu la mémoire de ceste entreprinse en laquelle vous et nous en si peu de temps conquismes Constantinople. Pourrés-vous supporter qu*une nation que voz majeurs ont tant aymée et honnorée, demeure affoiblie par le moyen de noz ennemis, avec laquelle , n'estans

i. Clément VII assiégé dans le château Saint-Ange par les bandes du duc de Bourbon, en 1S27.

i 60 COMMENTAIRES

ny vous ny nous dégénérés de la vertu de noz prédécesseurs, vous pouvés encores espérer de fere d'aultres entreprinses, qui seront pour vostre accroissement avec le bien de toute la Clirestienté ? J'espère, Illustrissimes Seigneurs, que vous considérerés avec vostre acccoustumée prudence que s'il advenoit , ce qu'à Dieu ne plaise, quelque sinistre accident au Roy, mon seigneur, la liberté de vostre Sérénissime République seroit, sans aucun remède, exposée en proye à celuy qui ne tend à aultre fin que soubraettre les deux à ung mesme joug, comme ceux qui se sont trouvés unis tousjours pour la deffense de la commune liberté. Et quand vous ferés aultrement, en nostre faveur s'esleveroint les oz de noz anciens pères, lesquelz voyant Philippe Maria Viscomte avoir subjugué Gènes, et jà réduict toute la Toscane en ung misérable estât, pour ne vouloir souffrir une choze si injuste et laisser environner le pays de princes si puissans, repryndrent, avec l'aide des Florentins, Gènes, et par ce moyen non seullement repoussarent l'ambition de ce tyran , mais , avec une singulière louange et obligation de l'Italie, reconquirent Bresse, Bergame et Crémone.

« Pour la mémoire de tant de braves actes, je croy vous avoir osté toutes les difficultés et empeschemens qui par les calomnies des Impériaux vous estoint opposés. Et comme serviteur de tous vous, Illustrissimes Seigneurs, je vous conjure et supplie vouloir considérer en quel estât se trouve la misérable Italie et générallement toute la Chrestienté, et, avant vous résoudre et prendre party, vouloir non seullement escouter le révérendissime et très illustre cardinal de

Ferrare \ mais examiner par le menu ce qu'il proposera à vostre Sublimité de la part du Roy, mon seigneur. Je supplie encore ung coup Vostre Sérénité \ouloir, avec son accoustumée prudence, considérer comme l'Empereur est non seulement la cause de la ruyne et misère de l'Italie, mais aussi le recognoistre comme insidiateur de la liberté de ceste Illustrissime Seigneurie. Recognoissés, recognoissés, je vous supplie, la maison d'Austriche pour vostre ennemie capitale, et comme celle qui, de tout temps, a faict tout effort d'enjamber et usurper les biens et pays d'autruy, et spéciallement ceux de vostre Illustrissime Seigneurie. Au contraire, recognoissés la majesté du Roy Très- Chrestien, mon seigneur, pour vostre ancien, fidelle et affectionné amy, et avec quelle promptitude il vous a desparty ses moyens pour le recouvrement de voz places occupées injustement par ceux de la maison d'Austriche. La reprise de Bresse et Véronne en peuvent donner asseuré tesraoignage. Et si ne vous faul craindre qu'une telle amitié se puisse dissoudre ou violler en aucune sorte, parce que, n'y ayant entre la couronne de France et ceste Illustrissime Seigneurie aucuns différens, ny anciens ny récens, et ne tenant

1. Bippolyte d'Esté, cardinal de Ferrare, né en 1509, archevêque de Lyon, d'Auch et d'Arles, cardinal en 4538, fut chargé de diverses missions diplomatiques sous le règne de François I^"". En 1552 il devint lieutenant général du roi dans le duché de Parme, en 1554 ambassadeur à Rome, en 1561 légat du pape en France. 11 mouiul le 2 décembre 1572. (Chaz. de jNantigny, Généal. hist.y t. II, p. 336.) Sa correspondance diplomatique avec la cour de Rome, pendant l'année 1562, a été traduite et publiée pour faire suite à V Histoire des guerres civiles, de Davila. Paris, 1658. In-4.

l'ung aucune choze de l'aultre, les occasions défaillent aussi pour lesquelles les amytiés se peuvent dissoudre entre les princes : ains au contraire leur unité, alliance et conformité sont telles que la ruyne de Tune menasse et promet asseurément la dissolution et calamité de l'aultre. »

Je ne sçay pas quelle oppinion resta à la Seigneurie d'ung si grand affaire, ny si l'éloquence de mon frère leur fit trouver bon ce qu'ilz trouvoint si mauvais. Une choze sçay-je bien, que lors et despuis j'ay tousjours ouy blasmer ce faict, et croy que noz affaires ne s'en sont pas mieulx portés ; mais ce n'est pas à moy à démesler de si grands fuzées. Ce grand secours du Turc arrivé, tout le monde pensoit que la terre ne feust assés capable pour eux. Voylà que c'est des chozes qu'on n'a pas essayées. Monsieur d'Anguien*, qui estoit pour lors lieutenent du Roy en Provence, assembla quelques enseignes de Provenceaulx, et vint se planter devant Nice, où, après avoir faict une grande batterie, l'assaut feust donné par les Turcs et Provenceaulx ensemble; mais ilz feurent repoussés. Enfin la ville se rendit, non pas le cbasteau. Monsieur de Savoye* sollicitoit cependant le marcquis de

1 . François d'Enghien, de la branche des Bourbons- Vendôme, né le 23 septembre 1519, fit ses premières armes, en 1542, dans l'armée commandée par le duc d'Orléans, en Luxembourg. En 1543 il fut envoyé par le roi pour commander Fescadre de la Méditerranée, et opérer sa jonction avec Barberousse. Il succéda à Boutière dans la charge de gouverneur du Piémont (26 décembre 1543), et gagna la bataille de CerizoUes. Il mourut en 1546.

2. Charles III, duc de Savoie, oncle de François I" et beau- Irère de Charles-Quint, tour-à-tour Tallié de chacun de ces mo-

Gouast pour le secourir, lequel se mist en campaigne avec une bonne armée. Les Turcs mesprisoint fort noz gens. Si croy-je qu'ilz ne nous battroint à forces pareilles: ilz sont plus robustes, obéyssans et patiens que nous , mais je ne croy pas qu'ilz soint plus vaillans; ilz ont une advantage, c'est qu'ilz ne songent rien qu'à la guerre. Barberousse se faschoit fort et tennoitdes propos aigres et picquans, mesmement lors qu'on feust constrainct luy emprunter des poudre set des balles. Tant y a qu'ilz se rembarquarent sans avoir faict de grands faicts d'armes : aussi l'iiy ver approchoit. Hz se portarent bien modestement à Fendroict de noz confédérés. Les Provenceaulx aussi se desbandareni .

J'avois oblié à vous dire qu'après le mauvais succès de la guerre de Perpignan, le Roy nous manda marcher droict en Piémont; et monsieur d'ànnebaut, qui estoit amirail, alla mettre le siège devant Cony, là où nous fismes aussi mal qu'à Perpignan. Et feusmes bien frottés en donnant l'assaut pour avoir mal recogneu la brescbe, où je viz bien fere au brave et vaillant cappitaine Sainct Petro', Corse, qui feust

narques et également sacrifié par ces deux puissants rivaux. Il mourut le i 6 septembre 1 S53.

4. Sanpietro Corso, suivant sa signature, (Bibl. imp., f. fr., vol 3159, fol. 71) capitaine corse, servit d'abord dans les bandes noires florentines, et passa, en 1533, au service de la France. Son courage et son mérite relevèrent bientôt au rang de colonel. En 1553 le maréchal de Brissac écrivit au connétable une lettre de recommandation pleine d'éloges pour Sanpietro (coll. Gaignières, vol. 2787j fol. 29). Plus tard il demanda pour lui le commandement du château de Ceve {ibid., fol. 135), qui malheureusement fut accordé au sieur de Gordes (ibid., fol. 154). — Sanpietro, ennemi acharné des Génois, maître de sa patrie, devint 1 aaie de

presque assommé. Ledict sieur amirail, se voyant sur l'hyver, s'en retourna en France, ayant prins quelques petites places, et laissa monsieur de Routières, lieutenent du Roy, lequel l'envoya en garnison à Gabarret*, et moy à Savillan où monsieur de Termes* estoit gouverneur, qui en feust bien ayse ; car aussi il nous demandoit. Pendant nostre séjour, il se dressa plusieurs entreprinses, tant sur Thurin que sur nous, et nous aussi sur noz ennemis, esprouvans tantost la bonne, tantost la mauvaise fortune. Mais, parce qu'il n'y a rien de mon particulier, je m'en tairay ; aussi ne seroit-ce jamais faict, si je voulois escripre tous les combats où je me suis trouvé.

Après que les Turcs se feurent retirés, comme nous

toutes les expéditions des Français en Corse. Sa femme, la belle Vanina d'Ornano, ayant tenté de se retirer à Gênes, Sanpietro l'étrangla de ses propres mains pour la punir d'être entrée en communication avec ses ennemis. Il périt assassiné le 47 janvier 4 567, victime de la vendetta des d'Ornano. (Forquevaulx, Grands capit., p. 83.)

4 . Cette phrase est incompréhensible dans le texte de l'édition originale que nous sommes obligés de suivre jusqu'à la fin de cet alinéa. Florimond de Raemond invente une ville à laquelle il donne le nom du capitaine Gavarret. La leçon du manuscrit (note 2, p. 442) éclaircit ce passage : « .... lequel nous envoya, au Gavarret et à moy, à Savillan.... » façon familière, mais trèsfréquemment employée, de dire : envoya Gavarret et moy à Savillan. La suite du récit nous fait retrouver Gavarret et Monluc réimis à Savillan, sous les ordres de de Thermes, et confirme ainsi cette explication.

2. Paul de Labarthe, seigneur de Thermes, d'une famille noble de Gascogne, servit, en 4S28 sous Lautrec, se signala à Cerisolles en 4 844, et conquit le marquisat de Saluces en 4 547. Il reçut le bâton de maréchal de France après la bataille de Saint-Quentin, et perdit la bataille de Gravelines. Gouverneur de Paris au com-

DE BLAISE DE MONLUC. 16:i

avons dict, monsieur de Savoyeetle marcqiiisdeGouast mirent le siège au Mondevy \ où le seigneur de Dros*, Piémontois, estoict gouverneur, ayant avecques luv quatre compaignies ytaliennes, et deux compaignies de Suysses des six de monsieur de Sainct Julien', qui firent tousjours fort bien,encores que ce ne soict leur mestier de garder places : oii feust donné deux ou trois assautz. Monsieur de Boulières n'avoict nul moyen de les secourir ; car nous n'estions pas guières de gens en Piémont. Les Suisses , qui avoinct perdu leurs cappitaines et lieutennens, de coups de canons, se commensarent à mutiner contre le seigneur de Droz, gouverneur ; tellement qu'il feust constrainct de capituler, fort mal asseuréement pour sa personne, car monsieur de Savoye le haissoyt de mort. Pour luy oster toute espérance de secours, lemarcquisdeGouast, qui a esté ung des plus fins et rusés cappitaines de nostre aage, fit contrefaire des lettres de monsieur de Boutières, par lesquelles il luy escripvoict qu'il print party,n'y ayant moyen de le secourir. Il ne peult descouvrir la ruse, et se rendit vies et bagues sauves, voyant la mutinerie des Suysses. Toutesfois la compo-

mencement des troubles, sa modération déplut aux Guises. Il mourut disgracié en 1S62. (Forquevaulx, p. 45.)

1 . Mondovy, ville forte du Piémont, capitale d'une petite province au pied des Alpes.

2. Charles deDros, capitaine piémontais au service de laFrance^ fut tué à la bataille de CerisoUes. Le récit de son évasion de Mondovy, que l'on trouvera plus loin, est confirmé par du Bellay. {Mémoires de du Bellay, édit. Buchon, p. 755).

3. James de Saint-Julien, nommé colonel général des Suisses en Piémont par lettres du 22 mai 1542 (Pinard, Chronol. milit., t. m, p. 562.)

166 COIVEMENTAIRES

silion, à la grand honte de duGouast, feust mal gardée, et le seigneur de Droz poursuivy, lequel se sauva sur ung cheval d'Espaigne; et bien pour luy, car tout l'or du monde ne l'eust sceu sauver, pour la haine que le duc de Savoye luy portoict, pource qu'estant son subject, il c'estoict révolté contre luy. Et feust sauvé* desguizé en moisne ou en prebstre ; et par bonne fortune ung soldat ytalien qu'avoict esté à luy le recogneust et le suyvist sans fere semblant de rien. Monsieur de Savoye avoict tous ses gens à l'entour des soldatz des compaigniesytaliennes, veoir s'ilz le pourroinct recognoistre, ce qu'ilz ne sceurent fere. Et comme il feust hors du camp, ledict soldat ayant la croix roge l'escarta de la trouppe et le menna hors tous chemins à Benne ; que luy fist ung grand service, car tout le monde ne l'eust sceu sauver. Et l'auserois-je donner une rennommée sans mentir que c'estoict ung des vaillantz hommes et des meilleurs esprits qui sortisse jamais de Piémont. Il moreust à la bataille de Serizoiles fort vaillement.

Et le jour mesmes que le Mondevy se perdist, j'estois party de Savilhan avecques vingt-cinq soldatz, au grand regret de monsieur de Termes, pour essayer si je pourrois entrer dedens ; car avecques grand trouppe il estoict difficille. Et avois une guyde qui me vouloict conduire par des varicaves * et par une rivière

1 . Le récit de la fuite du sieur de Droz est mutilé dans les éditions précédentes. On y lit seulement : a On disoit qu'il s'estoit sauvé habillé en prestre, par le moyen d'un soldat italien qui avoit esté à luy; je croy toutesfois que ce fut comme j'ay dit. » Ce dernier mot seul laisse soupçonner une lacune.

Page 1