‹ Commentaires et lettresChapitre 4 sur 96 · VIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VIII INTRODUCTION

italiens. Ses secrétaires, en écrivant, avaient ajouté des altérations nouvelles. Comment les rectifier ? Les documents historiques étaient fort rares au seizième siècle, surtout en province. En outre le manuscrit confié à T éditeur était défectueux et incomplet. Dans un curieux avis donné au lecteur en tête de l'édition originale, Florimond expose ses embarras et confesse ses fautes avec une bonne foi naïve qui doit les faire excuser :

« Encore que ces Commentaires, amy lecteur, ayent esté « reveus et corrigez par feu monsieur le maréchal de Mont- « lue, peu avant sa mort, ayant chargé monsieur le comman- « deur, son fils, de retirer quelques copies imparfaites qui « avoient esté données par un de ses secrétaires, si est-ce « qu'il est venu à nous fort mal correct, par incuriosité de « ceux qui en avoient pris la charge. Ce qui me fait supplier « ceux qui auront l'honneur de leur païs et de la maison des « Montlucs en quelque recommandation, de vouloir remar- « quer les fautes qui peuvent estre survenues sur les noms « de plusieurs gentilshommes et soldats, desquels les histo- « riens ne font point mention, et qui nous sont par ce « moyen incogneus, ensemble de plusieurs petits lieus de '< peu d'importance, afin que la seconde édition qui s'en fera « on puisse faire voir à la France sans aucune ride. Ce capi- « taine avait aussi fait un Dialogue de la fortune et de luy, « lequel m'a esté donné si mutilé et tronqué que je ne l'ay « voulu mettre au jour sans l'avoir en meilleur estât. Au « reste , lecteur , quelque parti que vous teniez parmi nos « misérables divisions, considérez l'honneur de ce guerrier

Pasquier, dans ses lettres, le met au nombre des quatre meilleurs écrivains gascons de son siècle {OEiwres complètes de Pasquier, t. II, col, 51 9 et suiv.).

INTRODUCTION. ix

« et le sujet qu'il traicte, et ne vous faschez s'il va son train « et s'il se présente à la postérité tout tel qu'il a esté, non « pas peut-estre selon votre humeur. Adieu. »

Malgré ces ménagements, des motifs puissants imposaient à l'éditeur certaines corrections de texte. Les grands événements, accomplis depuis la mort de Moulue, avaient renversé la situation respective des partis : les droits de l'autorité royale avaient passé à ses anciens ennemis, aux princes protestants de la maison de Navarre. Les rebelles de 1562 se trouvaient, en 1592, de fidèles royalistes. Henri IV, en révolte la veille, était devenu le roi légitime. On sait comment le catholique Monluc aimait les protestants et la maison de Navarre; ses récits portaient l'empreinte très -nette de ses sentiments. Publier le livre en entier paraissait donc un acte téméraire. Plus d'un auteur, dans ces temps troublés, avait payé de sa tête des publications trop passionnées. Florimond ne voulut pas s'exposer à de si terribles aventures : il infligea au texte des Commentaires toutes les corrections dictées par la prudence ; certains traits furent omis, d'autres affaiblis, surtout dans les trois derniers livres relatifs aux guerres civiles ; il supprima des portraits et adoucit certains jugements. Ces précautions conjurèrent les dangers que le fanatisme ou les amours-propres froissés pouvaient faire courir à l'éditeur.

Le collationnage du texte nous a fait découvrir d'autres suppressions. Les manuscrits donnent, même dans les premiers livres, consacrés aux guerres d'Italie, d'importants passages inédits. On y trouve des jugements, des récits, et, ce qui paraît plus singulier, des parties de récit entièrement nouvelles. Evidemment la prudence de Florimond ne l'obligeait pas à mutiler la narration de ces événements éloignés de près d'un demi-siècle. Voulait-il corriger Mon-

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