‹ Commentaires et lettresChapitre 40 sur 96 · Sanfré, bourg entre Cherasco et Carmagnole · texte numérisé non relu

Sanfré, bourg entre Cherasco et Carmagnole

nouvelles. Je priay monsieur de Termes me laisser aller vers Caveliraour, sur la eue de leur cavalerie ; ce qu'il m'accorda et fist monter à cheval le cappitaine Mons*, son enseigne, avecques cinquante salades. Or, pendant que j'estois allé à Benne, monsieur de Tes % qu'estoict nostre colonel, avoict envoyé en dilligence à Savillan les compaignies de Bouque de mar le Baron et Nicolas ^ Et, pource que la mienne estoict lasse, je ne prins que le cappitaine Favas et ceux qu'estoinct entrés avecques moy, qui desjà estoinct refrechiz, et quelques quarante des aultres qu'estoinct venuz la nuict, et le cappitaine Léonard, estant lieutenent pour lors du Gavarret, avec trente ou quarante de sa compaignie, et le cappitaine Bruil*, de Bretaigne, enseigne du Baron, qu'est encores vivant, ainsi qu'on m'a asseurén'a guières, et despuis feustestroppié à la jambe d'une liarcquebuzade et en est boiteux,

1 . Brantôme parle de deux capitaines Mons, l'oncle et le neveu. L'un devint lieutenant de Sipiei're et mourut en Toscane sous le règne de Henri II. L'autre était guidon de la Compagnie de Moulue en 1570 (Brantôme, édit. du Panth. litt., p. 586.)

2. Le sieur de Tais, premier colonel général de l'infanterie française. Une lettre de Jean de Moulue, évèque de Valence, nous apprend qu'il avait rempli une importante mission diplomatique à Rome en 1537. (Bibl. imp., f. fr. vol. 2996, fol. 52.) Il se signala à la bataille de CerisoUes et au siège de Boulogne en 1544. Sous Henri II le sieur de Tais fut disgracié pour avoir trop librement parlé de Diane de Poitiers. Il fut tué au siège d'Hesdin en 1553. (Forquevaulx, pag. 285.)

3. Le texte de Florimond de Rœmond porte : le baron de Nicolas.

4. François du Breil de Rais, gouverneur d'Abbeville en 1S56 et de Saint-Quentin en 1557. Il vivait encore en 1576. (Auguste de Paz, Histoire générale de Bretagne, in-fol., page 775.)

comme l'on m'a dict, avecques aultant de gens de la compaignieda dict baron. Et d'esté sorte nous en allâmes droict à Cavelimour, le long d'ung grand ruisseau qui va audict Caveliniour, et à main gauche du grand chemin. Et, estans à demy mil de là, arriva ung des gens du cappitaine Gavarret, qui vennoict à moy de sa part, me prier le voulloyr attendre^, qu'il montoict à cheval pour venir. Et, comme il estoict long et tardif, il nous arresla plus d'ung grand cart d'heure; tellement que, si j'eusse suyvy mon chemin sans l'attendre, je rencontrois monsieur de Savoye à une petite chappelle hors Cavelimour, tirant à Savillan, qui oyet sa messe, n'ayant que vingt cinq chevaulx que luy faisoint escorte ; et le marcquis estoict party avec toute la cavalerie, prenant le cliemin de Reconi^, estant desjà à plus d'ung grand mil de là. Voyés comme ung peu de séj !ur quelquefoys porte dommage : peult-estre eussions nous eu là une bonne fortune. Et comme ledict Gavarret feust arrivé, je m'acheminis et fèuz incontinent audict Cavelimour, où les gens de la ville me dirent que ledict sieur n'estoict encores à demy mil de là. Nous nouscuydames, le cappitaine Monset moy, désespérer, ensemble tous les soldatz, d'avoir perdu une si grand fortune pour la paresse dudict Gavarret, lequel nous chargeâmes de malédictions. Et demeurasmes là une grande pièce sans sçavoir ce que debvions fere; et ainsi que nous volions nous en retourner il me va souvenir de l'advertissement de Marennes, qui feust cause que nous primes le chemin à travers des predz, tirant à ceste plaine.

i . Raconigi, petite ville du Piémont entre Savillan et Turin. I 12

Cependant nouz ouyons tousjours les tabourins du camp, et ceux de dernier en mesme temps , car il n'y a pas demy mil de Caveliinour à la veue de la plaine; et, comme nous fusmes à la veue, descouvriuies trois ou quatre regachs^ qui suyvoint le camp. Deux ou trois chevaulx légiers les coururent prendre, qui nous dirent qu'après eux vennoinct deux enseignes de gens de pied et une de gens de cheval que monsieur de La Trinitat * mennoict. Les dictes deux compaignies de gens de pied esloinct celles du conte Pedro Apport , gouverneur de Fossan, qu'ung scien lieutennent, nommé le cappitaine Ascanio , conduysoyt : et les gens de cheval, audict seigneur de La Trinitat, qui conduisoinct les munitions des farines et une grand partie du haguaige du camp, là où il y en avoict une grand quantitté de celluy des Allemandz et des Espaignolz ; que cinquante soldatz allemandz conduizoinct le leur, et aultantd'Espaignolz celluy des Espaignolz; que pouvoinct estre plus de quatre cens chevaulx de baguaige, et quatre vingtz dix charrettes chargées de vivres et de l'écquipage de l'artillerie. Or oyons-nous les taborins du camp et ceux de derrière. Alors le cappitaine Mons s'en alla descouvrir monsieur de La Trinitat, que son cheval luy feust blessé, et torna incontinent à moy, me disant ces paroUes : « Cappitaine Monluc, il « en y a là à donner et à prendre. » Soudain jemontis sur une petite cavalle d'ung mien soldat, et prins ung mien sergent avec vingt harcquebuziers, et les alay des-

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