Ragach, de l'italien ragazzo, jeune garçon, valet
2. Louis Costa, comte de la Trinité, capitaine italien du parti de l'empereur. Son frère, le comte de Benne, appartenait au parti français.
couvrir, lesquelz ne faisoint comte de s'arrester pour les gens à cheval qu'ils avoinct veu, ains marchoint tousjours, tabourin sonnant. Et comme je feuz auprès d'eux, je viz une multitude de gens et chevaulx qui marchoinct par la plaine, qu'esloict le baguaige et les charrettes; puis j'apperceuz, sur le haut du cousté où j'estois, marcher les deux enseignes et les gens à cheval, et nouibris les gens de pied de trois à quatre cens hommes, et pareilhement les gens à cheval de trente à trente cinq salades. Tout incontinent m'en retournay au cappitaine Mons, et luy diz qu'ayant perdu une grand fortune, il nous en failloict tenter une aultre; lequel me fit responce qu'il estoict prest à fere ce que je voudrois ; et je le priay qu'il m'attendist là , car j'allois parler à mes soldatz , et coreuz les trouver. Le cajjpitaine Gavarret estoict avec ledict cappitaine Mons à cheval, et les cappitaines Favas, Lyénard et Le Breuil me conduisoinct les gens à pied; et, à mon arrivée, parlay à eux et aux dicts soldatz, leur disant que, comme Dieu nous avoict ousté une bonne fortune, il nous en avaict baillé ung aultre en main, et, ores que les ennemis fussent trois foys plus fortz que nous, si nous ne combations, pource qu'il se nous présentoict occasion, n'estions dignes d'estre soldatz ; qu'estoict tant pour l'honneur que pour la richesse que nous avions devant noz yeux; car le butin n'estoict pas petit. Or ne voyet-ilz les ennemis. Tous les trois cappitaines me respondirent que, de leur oppinion, on debvoict combalre. Alors je levis la voix, parlant aux soldatz : « Et bien, mes compaignons, ne serés « vous pas de l'oppinion des cappitaines? Quant à « moy, je vous ay desjà donné la mienne, qu'il fail-
(' loict coinbatre. Et assurés- vous que nous vaince crons; car mon prézage que j'ay toujours eu le m'as- « seure, lequel ne m'a jamais meniy en quelque choze « que j'aye entreprins; croyés, mes amis, qu'ilz sont « desjà à nous. »
Or ay-je tousjours faict entendre aux soldatz que j'avois ung prézage que, quant cella m'advenoict, j'estois seur de vaincre : ce que je n'ay jamais faict, sinon pour y fere amuzer les soldalz, affin qu'ilz tinssent desjà la victoire pour gaignée; et m'en suis tousjours très-bien trouvé, car mon asseurance rendoitasseurés souvent les plus timides. Les simples soldatz sont aysés à piper et quelque foys les plus habiles. Et lors d'une voix commencarent tous à crier : « Combatons, « cappitaine, combatons. » Je leur remonstris comme je voulois laisser à nostre eue quatre picquiers, pour garder qu'aulcun ne se reculast, et, si aulcun le faisoict, qu'ilz le tliuassent; à quoy ilz s'accordarent volontiers. Et me feust fort difficille de pouvoir fere demeurer derrière lesdicts picquiers, suyvant nostre arrest, d'autant que tous estoinct affectionnés de venir au combat les premiers. Et nottés que le désordre vient tousjours plustost par la eue que par la teste. Lors je commensis à marcher ; et comme les ennemis descouvrirent les gens de pied, ilz firent haltouàl'endroict d'ung grand cavain* que l'eaue avoit faict par succession de temps, lequel ailoict finir au dessoubz du mont où nous estions, sur la plaine. Et au dessus d'icelluy cavain il y avoict aussi pleine. Et je voyés leur cavalerie hault au dessus dudict cavain portans