‹ Commentaires et lettresChapitre 54 sur 96 · Var. des édit. précéd. : « qui a esté amirail. 5j · texte numérisé non relu

Var. des édit. précéd. : « qui a esté amirail. 5j

3. Jacques de Perusse, seigneur d'Escars, mort en iSbO, père du comte François d'Escars, seigneur de la Vauguyon, l'un des principaux compagnons d'armes de Monluc pendant les guerres civiles.

en une plaine tirant à Serizoles, et là tout le monde se inist en bataille. Monsieur de Mailli*, commissaire de l'artillerie, feust aussi tost là avec l'artillerie que pas ung de nous. Et oyons les tabourins des ennemis aussi clair presque comme les nostres. Je ne viz à ma vie camp si volontaire, ny soldatz si désireux de combatre, que cestuylà, sauf quelques ungz des grandz de l'armée, qui persécutoinct tousjours monsieur d'Anguien de ne bazarder poinct, et luy mettoinct devant les pertes que ce seroict au Roy s'il perdoict la bataille, laquelle peult-estre pourroict causer la perte du royaulme de France. Aultres luy mettoinct en teste qu il debvoict combatre, de sorte qu'ilz mettoinct en tel trouble ce pauvre prince, qui estoict encores bien jeune, qu'il ne sçavoit de quel cousté se tourner. Vous pouvés penser si je passionnois et si j'eusse parlé hault, si c'eust esté bille pareille; encore ne me peus-je tenir de parler. Ces seigneurs qu'estoinct venuz de France tennoinct tous le party de combatre, unys avecquesceuxdu campquile voulloinct aussi. Je pourrois bien nommer si je voulois quiestoinct les ungz et les autres, ce que je ne veulx fere, car ne me suis pas mis à escripre pour dire mal de personne : mais monsieur l'amirail de Chastillon et monsieur de Jarnac, qui sont encores en vie, le sçavent aussi bien que moy. Les ungz et les aultres avoinct raison et n'estoinct poussés d'aulcune peur ; mais seulement crainte de

1 . René, baron de Mailly, seigneur de Bouillencourt, lieutenant du roi à Hesdin en 1537, devint gouverneur de Montreuil en lo38 (Coll. Gaignières, vol. 352, fol. 153). Il assista aux batailles de CerisoUes, de Dreux, Saint-Denis et Moncontour. Il mourut après 1569 (P. Ans., t. VIII, p. 635).

perdre tout les retenoict en bride : et tel peult-estre, comme j'ay veu souvent, opine contre sa volonté et contre la pluralité de voix, afin qu'après il puisse dire, si la chose succède mal : je n'estois pas de cest advis, je l'avois bien dict, mais je n'en feux pas creu. Hé ! Qu'il y a de tromperie au monde et en nostre mestier plus qu'en aultre qui soict !

Or, ainsi que nous debvions marcher pour aller combatre, il y eust quatre ou cinq qui tirarent à part monsieur d'Ânguieu, et descendirent à pied et là parlarent, se promenans plus de demy heure. Tout le camp grinsoyl les dentz de ce qu'on ne marchoict. Enfin leur concluzion feust que tous les régimens de gens de pied se retireroinct à leur logis, comme aussi l'artillerie et la gendarmerie, et que monsieur d'Anguien, avecques quatre ou cinq cens clievaulx, et partie des cappitaines qu'estoinct du conseil , s'en iroinct sur la plaine de SerizoUes descouvrir le camp de l'ennemy, et que j'amennerois après luy quatre cens harcquebuziers, et tout le demeurant aux logis ; dont je viz lors ung monde de personnes désespérées. Et croy que, si Dieu eust voulki tant pour monsieur d'Anguien qu'il eust marché, il en eust emporté la bataille sans grande difficulté ; car les tabourins que j avois ouy retourner en arrière, c'estoinct tous les Espaignolz qui alloinct retirer deux canons , qui s'estoinct enfermés dens ung padoiP, où ne pouvoinct tirer avant ny arrière^; et n'eussions trouvé rien à

1. Padoil, marais, dérivé probablement du mot italien Padulo. Voyez Ducange, v° Padiiles.

2. Var. des édit. précéd. : « .... qui s'estoient engagez sans pouvoir tirer avant ni arrière..., »

combatre que les Alemandz Ytaliens, et la cavalerie, laquelle, ny le marcqiiis mesraes en ce lieu, ne nous pouvoincteschapper. Et comme nous eusmes demeuré plus de trois heures viz à viz des ennemis, qu'estoinct en une plaine entre Sommarive^ et SerizoUes, qui ne pensoinct rien moingz que de combatre, dict le marcquis luy mesmes despuis, estant prisonnier, à monsieur de Termes, comme il m'a raconté, que jamais il n'avoict eu tant de peur d'estre perdu, que ce jour là , car le meilleur de son espérance estoit en la harcquebuzerie espaignolle, monsieur d'Anguien s'en retourna à Carmaignolle aussi mal content que prince feust jamais. Et à la descendue d'ung bois retournant audict CarmaignoUe^ je lui diz en passant, présens messieurs de Dampierre et de Sainct André, ces motz : « Monsieur, « monsieur, ce matin que vous vous estes levé, que « pouviés-vous demander à Dieu aullre choze que ce « qu'il vous avoict donné aujourd'huy , qu'est de « trouver en plaine campaigne, sans haye ny fossé, « voz ennemis, ce que vous avés tant désiré? Je a veoy bien que vous voullés plustost croire ceux qui « vous conseillent de ne combatre que ceux qui vous « conseillent de combatre. » Alors il commensa à renyer, et dict qu'il n'en croiroict plus personne que soy mesmes ; à quoy je cogneuz bien que je l'avois mis en colère. Et en m'acheminant, luy respondiz" : « Et non, monsieur, non, de par Dieu, n'en croyés / « personne que vous mesmes : car nous sçavons bien « que vous ne désirés aultre chose que combatre, et

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