Probablement Suze [Siizà
4. Avighana, à l'ouest de Turin. On lit VUleneufve dans le premier manuscrit, Villane dans le second et Villaume dans les éditions précédentes.
288 COmiENTAIRES
vaut jour, et à l'hostelerie où j'allay descendre trouvay le seigneur Pierre Colonne, que le cappitaine Renouard amenoict prisonnier au Roy , suivant la capitulation deCarignan, et estoinct desjà levés. Ledict cappitaine Renouard me menna à la chambre dudict seigneur, lequel me dict à l'arrivée qu'il sçavoict bien que c'estoict moy qui avois rompeu le pont de Carignan , et que j'avois menné la harcquebuzerie à la bataille ; et, discourans dudict pont, je luy diz que, si ses gens eussent suyvy leur fortune , ilz n'eussent trouvé à eombatre que moy, avec quarante hommes au plus, et que nostre camp avoict esté tellement en désordre que , s'ilz l'eussent porsuivy , nous estions tous desffaictz. Le cappitaine Renouard luy affirmoict aussi qu'il estoict vray. Alors il pensa ung peu, puis leva la teste vers moy , et me dict en son lengage ytalien : « E voi « diceti che se la nostra gente seguto havessi la sua « fortuna, no haveva à combatere piu di voi co quau rente soldati^ et havessimo poste in fuga tuta la « vostra gente. lo vi dico che si voi havesti seguita la « nostra m'haveresti messo fuori di Carignano , per « chelamia gente havia pigliato il spavento cossi forte « che la cita no era bastante di vassecurar \i\ )> Et
i . Cette phrase italienne se trouve en français dans les deux manuscrits des commentaires. « Et vous dittes que si mes gens eussent suyvy leur fortune, qu'ilz n'eussent trouvé à combatre qu'à vous avecques quarante hommes au plus, et que eussions rompu tout vostre camp, et je vous diz, moy, que si vous eussiés suivy la vostre, vous m'eussiés jecté hors de Carignan et eussiés gaigné la ville. » La traduction est exacte sauf pour les derniers mots. Il faut : pai'ce que tous mes soldats avaient tellement pris l'épouvante que les remparts de la ville ne suffisaient pas à les rassurer.
nous comta le grand désordre des sciens, nous disant de plus qu'il avoict pensé autresfois que les Espaignolz n'avoinct poinct de peur, mais que ast'eure il cognoissoyt bien qu'ilz en avoinct autant que une aultre nation ; et qu'il se trouva lors en telle extrémitté qu'il feust constrainct luy-mesmes se jecter à la porte, veoir s'il les pourroict arrester ; mais ilz le pansarent pourter par terre , et entrarent tant à la foulle qu'ilz mirent la porte presque hors des goins. « Et , comme ce ilz furent tous entrés en ce désordre , je me jectay , « disoict-il , sur la porte pour la fermer ; et cognois- « sant tous les cappitaines nom par nom, les appellois « à m'ayder : mais jamais homme ne s'y présenta, et, « sans ung me cambrer ' qui m'entendist crier , je ne « l'eusse sceue jamais fermer. Et le désordre feust si a grand dens la ville , qu'il s'en jecta plus de quatre « cens par dessus les cortines , que le matin mou- « roinctde honte, s'en retournans. Etvoillà pourquoy « je diz que, si vous-mesmes eussiés suyvi vostre for- « tune, vous estiés maistres de la ville avecques quart rante hommes. » Je cogneuz, par ce qu'il me dit, le vieux proverbe estre -véritable , qui dict : que si Fost sçavoit que faict Vosty souvent Vost defferoit tost. Et, encores que après que Carignan feust rendu, les gens de la ville nous asseurassent de ce grand désordre, nous n'y pouvions adjouster foy, moy-mesmes le premier , au moingz qu'il feust si grand , car cela est estrange-, mais, puisque le chef mesmes le confessoyt, fault doncques croire qu'il estoict vray , et qu'ilz es-
1. Cambrer^ cambrier, chamberier ^ serviteur préposé à l'intérieur (Bihl. \m\) ., Glossaire manuscrit de Lacurne Ste-Palaye).
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toinct poussés de quelque esprit; car nous ne leur faisions poinct de mal, ayant aultant de peur qu'eux et peult-eslre plus. La nuict est une chose effroyable lors qu'on ne voit qui vous assaut. Et veux-je conclnrre que cela m'advint d'ung grand heur, car pour hardiesse ne se peult cela appeller, ains phistost la plus grand folie que homme sçaiuoict fere. Par ainsi veux-je dire qu'entre loiis les heurs et fortunes que Dieu m'a donné, stuylà en est une des plus remarcquables et plus estranges. Mais suivons nostre dessein.
Le désir de vengeance poussa l'Empereur à se rallier et liguer, contre la foy promise au pape, avec le roy d'Angleterre, lequel, par despit, s'estoit faict luthérien. Ces deux grands princes avoinct parly ', à ce qu'on disoict, le royaulme, comme le marcquis de Gouast raconta au sieur de Termes, et despuis je l'apprins d'ung gentilhomme anglois à Boulogne ; toutesfois c'estoict disputer la peau de Fours. La France bien unie ne peult estre conquise sans perdre une douzaine de batailles , veu la belle noblesse qu'il y a et les places fortes qui s'y trouvent : et croy que plusieurs se trompent de dire que Paris prins , la France seroict perdue. C'estàlavéritté le trésor de ce royaulme et ung sac inestimable; car les plus gros du royaulme y apportent tout. Et croy qu'au monde il n'y a une telle ville ; on dict qu'il n'y a escu qui n'y doibve dix sols de rente une fois Tannée. Mais il y a tant d'aultres villes et places en ce royaulme qui seroinct bastantes pour fere perdre trente armées , de sorte qu'il seroict aysé de se rallier , et leur oster celle-là avant qu'ilz