‹ Commentaires et lettresChapitre 60 sur 96 · Comté d'Oye, au nord de la Picardie · texte numérisé non relu

Comté d'Oye, au nord de la Picardie

l'eau, où je ne sçay pas que nostre nation ait jamais gaigné de grandes batailles '.

Comme nous feusmes retournés de la coste d'Angleterre, et autres fois désenbarqués au Havre de Grâce, monsieur l'amirail s'en alla trouver le Roy, et monsieur de Tes avecques luy ; et j'amenay toutes les compaignies au fort de Montareau', devant Bouloigne, où le cappitaine Villefranche ^ estoict demeuré avecques les vieilhes compaignies maistre de camp, ayant eu la place que j'avois quittée et le marescbaldu Biez, qu'estoict lieutenant de roy en ce pays-là , lesquelz je trouvis bien empêchés, comme tesmoniera monsieur de Sainct Germain , que le Roy avoict baillé audict seigneur mareschal pour le solager; cai- tous les pioniers les avoinct laissés s'estans desrobés, comme c'est l'ordinaire de ceste canaille quand on ne veille sur eux; et néantmoingz ilz avoinct encores toute la cortine tirant au pont de bricque à fere. Et veux-je escripre cecy, encores que ce ne soyt matière de combat, pour qu'il serve d'exemple aux cappitaines.

Monsieur le mareschal, qu'estoict ordinairement sollicité par le Roy de mettre ce fort en defFence pour blocquer Boulogne, me dict qu'il failloict que les soldatz trevaillassent, puisque les pioniers manquoinct.

i . L'expédirion d'Angleterre fut sans résultat. L'amiral d'Annebaut s'empara de l'île de Wight, ravagea les côtes et ne sut tirer aucun profit de ce premier succès.

2. Outreau, petite place, à un quart de lieue de Boulogne. On lit dans les deux manuscrits Montareau ou Montreau. L'édition originale porte Outreau.

3. Le capitaine Villefranche servit plus tard en Lorraine sous les ordres du duc de Guise, et fut tué au siège de Banville (Bussi Rabutin, Commentaires, liv. III).

Je le remonstray aux cappitaines et eux aux soldatz : lesquels générallement dirent qu'ilz ne travailleroinct poinct, et qu'ilz n'estoinct poinct pioniers ; de quoy monsieur le maresclial se trouva fort faiché et bien en peine, de tant qu'este cortine luy demeuroict ouverte, et que le roy d'Angleterre avoict envoyé une crue de gens à Boloigne. Or ledict sieur maresclial avoict mandé par tout le pays serclier des pioniers ; mais il n'en venoinct poinct. Je me résolvis de trouver le moyen pour fere trevailler les soldatz, que feust de donner a chescun qui trevailleroict cinq soulz comme aux pioniers : monsieur le maresclial le m'accorda fort volontiers, mais je n'en trouvay pas ung seul qu'y volsist mettre la main. Ce que moy voyant, pour les convier par mon exemple , prins ma compaignie , celle de mon frère, monsieur de Lioux, et celles des cappitaines Leberon, ' mon beau-frère, et Lavit, mon cousin germain ; car ceux-là ne m'eussent ozé refuser. Nous n'avions pas faute d'utiz, car monsieur le maresclial en avoict grand quantitté, et aussi que les pioniers qui se desroboinct laissoinctles leurs dens mie grand tende* que monsieur le marescbal avoict faict tendre pour retirer leurs ferremens. Et comme je m'en vins à la cortine, j'y commensay à mettre la main le premier à remuer la terre, et tous les cappitaines après : et y fiz

4. François de Gelas, seigneur de Leberon et d'Ambres, époux d'Anne de Monluc, sœur de l'auteur des Commentaires et fille de François de Monluc et de sa seconde femme, Françoise d'Estillac. (P. Ans., II, 292.) François de Monluc, en cas d'extinction de ses enfants mâles, avait substitué tous ses biens à sa fille Anne et à ses enfants. (Marquis d'Aubais, Pièces fugitives^ t. I, Histoire des ;:iierres du comté Venaissin, p. 314.)

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