‹ Commentaires et lettresChapitre 61 sur 96 · Tende pour tente · texte numérisé non relu

Tende pour tente

appourter une barricque de vin, ensemble mon disner, beaucoup plus grand que je n'avois accoutumé de despendre, et les cappitaines de leur, et ung sac plein de soulz que je montris aux soldatz. Et, après avoir trevaillé une pièce, nous nous mismes à disner, chesque cappitaine avecques sa compaignie ; et à chescun soldat nous donnions demy pain, du vin, et quelque peu de chair, en favorisant les ungz plus que les aultres, disant qu'ilz avoinct mieux trevaillé que leurs compaignons, affin de les accourager. Et, après que nous eusmes disnè, nous nous remismes au travail en chantant, jusques sur le tard, de sorte qu'on eust dict que nous n'avions jamais faict aultre mestier. Puis se presentarent trois trésoriers de l'armée qui les payarent tous, à chescun cinq soulz ; et, comme nous retournions aux tendes, les aultres soldatz appelloinct aux nostres pioniers gastadours. Lendemain matin, le cappitaine Forcés*, l'ayné, me vint dire que tous les sciens y vouloinct venir, et ceux de son frère, qu'est encores en vie, aussi ; lesquelz je receuz tous. Et en fismes de mesmes comme le jour devant, de sorte que le troisiesme jour tous y vouloint venir ; et en huicl jours nous eusmes dressé toute ceste cortine. Que tous les ingénieurs dirent, et monsieur de Sainct Germain mesmes, qui ne bogeoit de l'œuvre, que noz soldatz avoinct plus travaillé en huict jours que quatre fois autant de pioniers n'eussent faicl en cinq sepmaines; et nottés que les cappitaines, lieutenents et enseignes,

i. Une lettre du sieur de Mailly au duc de Guise, écrite de Montreuil, datée du 24 avril lo58, nous apprend que le capitaine Forcez prit part en 1558 au siège de Calais (Bibl. imp., Collection Gaignières, vol. 352, loi. 153).

ne bogeoinct de l'œuvre non plus que les soldatz, et servoinct de soliciteurs.

Cest exemple ay-je voullu escripre icy pour monstrer aux cappitaines qu'il ne tiendra aux soldatz qu'ilz ne facent tout ce qu'on vouldra; mais aussi il fault trouver les moyens de les y fere fere de bonne volonté, et non de force. Mettes la main à Tœuvre le premier; vostre soldat de honte vous suyvra et fera plus que vous ne voudrés. Que si vous venés aux injures et bastonnades, ce sera lors que, despités, ilz ne voudront plus mettre la main à ce qu'ilz ne sont tenuz, à quoy quelquefois la nécessité nous force. O cappitaines, mes compaignons, combien et combien de fois, voyant les soldatz las et recreus, ay-je mis pied à terre aflin de cheminer avec eux, pour leur fere fere quelque grande traicte î CoEiibien de fois ay je beu de l'eau avec eux, afin de leur monstrer exemple pour patir ! Croyés, mes compaignons, que tout despend de vous, et que voz soldatz se conformeront à vostre humeur, comme vous voyés ordinairement. Il y a moyen en toutes chozes : parfois il y fault de la rudesse ; mais ce ne doibt estre contre le gros, mais contre quelque particulier qui voudra gronder ou empescher les aultres qui sont en bonne volonté. J'ay faict sentir ma colère à quelque rétif et rebours, dont je m'en repens.

Après quelque temps, monsieur le mareschal du fiiez entreprint d'aller prendre la terre d'Oye, ayant tenté d'attirer l'Anglois en bataille, lequel n'en voulut manger. Et marcheasmes-noz, compaignies nouvelles, car les vieillies ne bogeoinct du fort, pour la garde d'iceluy ; et enmena ledict seigneur mareschal six ou sept pièces de groce artillerie. Et partismes le soir à

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l'improviste, et allasmes repozer la pluspart de la nuict en ung bois , là où il y avoict de petis villages qu'avoinct esté bruslés \ Geste entreprinse se fist contre l'advis de tous les cappitaines de l'armée, pour l'espérance que ledict sieur mareschal avoict de donner une bataille, ce qui attira plusieurs princes et seigneurs à venir de la cour. Après avoir perdu l'espérance de veoir les Anglois en bataille, monsieur le maresclial délibéra leur enlever quelques forts en la terre d'Oye. Or, comme ilz feurent fort près de l'ung d'iceux, monsieur le mareschal, messieurs de Brissac et de Tes, se mirent à part ; et me semble que monsieur d'Estrée y *., estoict, estant lors sorty de prison, monsieur de Bordilhon % et trois ou quatre aultres, quy ne me souvient de leurs noms. Et se mirent sur un petit hault, à l'ombre d'ung arbre, regardant de là en hors lequel desditz bastions , qui faisoinct teste à nous, ilz assailliroinct ; et cependent je fiz fere haltou à toutes noz enseignes, pour attendre les dernières, qu'il en y avoict encores à une lieue derrière. Or je n'avois jamais esté là,

1. Le passage suivant est abrégé dans les manuscrits : « Et comme le jour commensa à venir nous partismes ; et estans auprès du lieu ou monsieur le mareschal voulloict batre les bastions, ilz se tirarent à part, ledict seigneur mareschal^ messieurs de Brissac et de Tes.... »

2. Inibert de la Platrière, seigneur de Bordilion, chevalier de l'ordre du roi, capitaine de 100 hommes d'armes, maréchal de camp en df)52, diplomate, lieutenant général en Piémont, en lSo9, après Brissac, maréchal de France le 2-2 décembre 1562, mort à Fontainebleau en 1567. (P. Ans., t. VII, p. 220.) On trouve à la Bibliothèque impériale ( f . fr., vol. 3101) un recueil de pièces originales sur les négociations suivies par Bordilion et Marillac .ivec les princes d'Allemagne en 15o8 et 15.^9,

comme n'ay esté despiiis ; mais j'escripray ainsi qu'il me souvient que leur fort esloict'.

Il failloict que je descendisse environ trente ou quarante pas pour entrer dens ung grand pred ; et à main droicte il y avoict ung bastion, et, à ung grand ject d'harcquebuze, à main gauche, ung aultre; et par conséquent tout au long d'une cortine tirant devers Calais (laquelle cortine n'estoict que de terre, et de la hauteur environ de deux aulnes et demye), il y avoict aussi deuxgrandz fossés avecques eaue jusques à la senture, et entre les deux fossés il y avoict ung terrene ^ Et cependent qu'ilz se mirent au conseil soubz cest arbre, estans à main gauche de moy, je prins les cappitaines Favas et La Moyenne, ayans esté tous deux rneslieutennens, et environ trois cens harcquebuziers, ausquelz baillay la première trouppe ; et je demeuray à leur eue. Il sortist du fort bien cent ou si\ vingz Anglois, qui vindrent dens le pred, et avoinct mis cinq ou six mosquetz sur le terrene, entre les deux fossés, qui nous tiroinct fort et rede, ayant laissé entre lesdictz bastion et fossés ung petit chemin que n'y pouvoict passer qu'ung homme de front, pour entrer et sortir dens leur fort, se fians que à la faveur des mosquetz qu'ilz avoinct dens icelluy, et ceux qu'estoinct sur le terrene, que ne les auserions charger.

Noz gens commensent à harcquebuzer, et eux à coups de flèches : il me sembla qu'ilz tournoinct fort

1 . Que pour ce que. Les éditions |3receflentes portent : a t assiette de leur fort, »

2. Terrene., chaussée. Voyez Ducange, v° terrena. Les anciennes éditions portent indifféremment partout où ce mot se présente : terrasse ou levée de terre.

le vizage vers leur retraicte ; et estant sur ung petit cortault, je vins auxdictz cappitaines, et leur diz ces motz : « Compaignons , ces gens ont fort le cœur à leur re- « traicte : je veoy bien que c'est souhz l'espérance de « leurs mosquetz ; chargés à eux de cul et de teste, car «je vous suyvray. » Auxquelz ne leur fauzist pas dire deux fois, car je ne feuz jamais retourné à matrouppe, que je les viz mesiés et Anglois en fuilte ; et arrestay ma trouppe pour les soustenir , si rien sortoict davantaige. Ce petit chemin estoict ung peu estroict et joignant le bastion. Si en demeura-il une trouppe là; les aultres se jectarent dens les fosbés , de sorte qu'ilz n'eurent pas le loeisir de retirer tous leurs mosquetz , car noz soldatz se jectarent dens l'eau aussi tost qu'eux, et en emportarent quatre; et y eust quatre ou cinq desdictz soldatz qui passarent ledict terrein et l'aultre fossé jusques au pied de la cortine , qui me dirent que la grand eaue estoict au premier fossé, car à l'aultre, qui estoict près ladicle cortine , n'en y avoinct jusques aux genoil. Et tout incontinent je diz aux deux cappitaines Favas et La Moyenne qu'ilz se joignissent ma trouppe et la leur ensemble ; et trouvay le cappitaine Auriocqui et presque tous les aultres cappitaines, lesquelz je priay de fere deux trouppes , car, dez que j'aurois parlé avecques monsieur de les, je leur voulois donner l'assault. Hz me dirent qu'il s'en failloict près de la moy tié de leurs soldatz que ne feussent arrivés, et je leur respondiz qu'il ne m'en clialoict poinct', que avecques ce que nous estions je les enpour-

1. Var. des anciennes éditions : « ....qu'il n'importoit veu que..,. »

terois. Et promtement ilz comensent se mettre en deux trouppes, et je coreuz parler avecques monsieur de Tes, lequel je trouvay auprès de monsieur le mareschal et les aultres, et luy diz : « Alons , mon- « sieur, venés-vous ent et allons au combat, car nous « les en emporterons : je les ay tastés, et trouve qu'ilz « ont plus d'envie de fouir que de combatre. » Alors monsieur le mareschal me dict : « Dittes-vous, capce pitaine Monluc; pleust à Dieu que nous fussions ce asseurés de les emporter promptement avec toute (( nostre artillerie. » Sur quoy je luy respondiz tout liault : « O, monsieur, nous les aurons estranglés ce avant que vostre artillerie soyt icy. » Et prennant monsieur de Tes par le bras , luy diz : « Alons , moncc sieur, vous m'avés creu d'aultres chozes dont vous (c ne vous en estes pas repenty , et ne vous repentirés ce pas de cestuy-cy ; j'ay cogneu à ces approches que « ce sont gens de peu. m Alors il me respondist : ce Alons donc. » Et comme nous feusmes à l'entrée du pred où nous trouvasmes desjà noz deux trouppes de picquiers et harcquebuziers à part, je luy diz : ce Moncc sieur, regardés lequel cousté vous volés combatre, « ou d'esté enseigne jusques au bastion de dessoubz te ou bien de l'enseigne vers l'autre que j'ay comee batu : » Lequel me dict : ce Combatés cestuylà au- « près duquel vous avés desjà combatu, et je m'en « veois combatre l'aultre. Et ainsi nous despartismes.j» Monsieur le mareschal du Biez , comme il nous vist commenser à marcher, dict ces motz, ainsi que monsieur de Bordilhon me dict après : « Ast'eure nous (1 verrons si Tes est si brave comme il se dict avec- K tjues ses Gascons. » Or j'appellay tous les sergens

de ia trouppe que j'avois, leur disant tout hault à la teste de iiostre bataille. « Vos autres, sergens, avés « tousjours accoustumé, quant nous combatons, d'es- « tre sur les flânez ou dernier ; et ast'eure je veux « que vous combatés sur le devant les premiers. « Voyés-vous ceste enseigne? Si vous ne la gaignés, (f tant que j'en trouveray devant moy en allant, qui « vouldront fere le renard, je vous copperay les jar- « retz : vous sçavés ce que je sçay fere. » Puis tournant vers les cappitaines et leur diz : « Et vous, mes « compaignons , si je n'y suis pas aussi tost qu'eux, « coppés-moy les miens.» Et coureuz aux cappitaines Favas et La Moyenne, qui pouvoinct estre à trente pas de moy , et leur diz : « Marchés, et jetés-vous à « coup perdu dens le fossé. »

Les bastions n'avoinct guières plus que d'une picque de liault. Et en ung coup je retourne aux nostres et baisâmes la terre*. Et comme nous feusmes levés, coureusmes droict aux fossés*, faizant tousjours marcher les sergens devant, et passâmes le premier et le second, et vinsm.es au pied de la courtine. Lors je diz aux sergens •■ i< Aydés-vous, aydés-vous avecques voz hale- « bardes à monter.» Ce qu'ilz firent promtement; d'aultres lespossoinct par derrière, se jectansàcoup perdu

1 . La coutume de baiser la terre en allant au combat était trèsrépandue au seizième siècle. On lit dans les Mémoires de Vieilleville : «L'armée francoise.... crioit : bataille! bataille ! Etavoient desja les Suisses et Lansquenets baisé la terre. » (Mémnirex de rieilleville, liv. I, chap. 6.)

2. Var. des édit. précéd. : a .... dans le fossé. Et en ung coup je retournay aux nostres, et ayant baisé la terre nous courusmes droict aux fossés.,.. »

là dedens. J'avois une halebarde à la main : cependent arrivarent tous les cappilaines et picquiers , qui me trouvarent faizant l'empressé de vouUoir monter avec ma halebarde ; et me tennois avec la main gauche au bord. Quelqu'ung de ceux qui arrivoinct, ne me cognoissant poinct me print, par les fesses et me pousse de i'aultre cousté : et me fist plus vaillant que je ne voulois estre , car ce que j'en faisois estoict pour donner courage à tout le monde de se jecter de I'aultre cousté ; mais estuy-là me fist oblier la ruze et franchir ung saut que je ne voulois pas. Or je ne viz à ma vie gens passer si tost par dessus une courtine. Après que j'eus franchy ce saut , les cappitaines Favas et La Moyenne , qu'estoinct dens le fossé du bastion , se jectarent sur le petit chemin , et passarent de i'aultre cousté dens le bastion , où ilz thuarent tout ce qu'estoict dedens. Monsieur de Tes, qui alloict à son combat , nous voyant attachés à la cortine , se jecta dens les fossés auprès de I'aultre fort; et les Anglois, qui virent que leurs gens estoinct en fuitte, et que nous entrions dedens, abandonnarent le fort et se mirent en fuitte vers Calais. Monsieur le mareschal, nous voyant si courageusement au combat, et les aultres seigneurs qu'estoinct avecques luy et principallement messieurs de Brissac et de Bordilhon, cria tout hault ledict seigneur mareschal comme ilz m'ont dict : «O mon Dieu', cf ilz sont dedens ! » Alors lesdictz seigneurs de Brissac et Bordilhon donarent à toute bride, et ledict seigneur de Brissac mist son cheval dens ce petit chemin , que

\. Var. des édit. précéd: « courageusement au combat ^ s'es-

cria comme il me fut dict après : O mon Dieu.,,. »

malaysément il n'y pouvoict passer qu'uiig homme , mettant ses jambes au long du col dudict cheval, à la miséricorde duquel il se mist, et passa monsieur de Bordilhon après. Ledict seigneur de Brissac estoict général de la cavalerie et avoict quarante ou cinquante chevaulx avecques luy, qui le suivirent tous, lirans leurs chevaulx par la bride. Ledict seigneur de Brissac vint incontinent à moy , et me trouva que je faisois mettre tout le monde en bataille , ayant oppinion que nous serions combatus et que ceux de Calais viendroinct au secours; et me trouva que j'avois l'enseigne gaignée sur le col, laquelle je rendiz en sa présence au sergent qui l'avoict gaignée, luy disant qu'il l'allast pourter à monsieur de Tes, ce qu'il fist. Et ledict seigneur de Tes l'ayant receue, la envoya par ce mesmes sergent à monsieur le maresclial , lequel fist grandz diligences de fere abatre de la cortine, qui n'estoict que de terre , avecques les pioniers , pour passer la gendarmerie.

Et nous voillà tous delà avec l'artillerie et tout : oii estans messieurs de Brissac et de Bordilhon, avecques les quarante ou cinquante chevaulx qui passarent quant à eux, prindrcnt à main droicte, tirant aux escluzes qui déséparent le pais d'Artois et la terre d'Oye, et rencontrarent quarante ou cinquante chevaulx anglois portans lances , lesquelz se mirent à retirer au galop vers Calaiz. Monsieur de Brissac se dobta que ceux-là s'en alloinct pour l'attirer à quelque embuscade , et fist haltou ; et manda à Castigeac de descouvrir ung petit valon qu'estoict ung peu à main gauche. Ledict Castigeac luy rapporta qu'il avoict veu plus de quatre cens chevaulx; et n'en y avoict mot, car ce n'estoict

que des païsans et femmes des vilages sirconvoeisins, qui s'en fuyoinct vers Calais; que feust ung grand malheur, car monsieur de Brissac les eust suyvis. Et c'estoict toute la cavalerie qu'ilz avoinct dens Calaiz : ce n'eust pas esté une petite deffaicte. Ung général surtout doibt envoyer ung vieux routier ou ung homme fort asseuré, pour descouvrir : ung homme non expérimenté prendra bientost l'alarme , et s'imaginera que les buissons sont des bataillons d'ennemis. Je ne veux pas dire que Castigeac ne feust soldat, mais il fist ung pas de clerc.

Or nostre cavalerie passa par la bresche que monsieur le mareschal avoict faict fere; monsieur de Tes volsist mennerla harcquebuzerie et m'ordonna de demeurer à la bataille des picquiers. Il y avoict dix ou douze enseignes d'Ânglois qui se retiroinct devers Calaiz, lesquelz venoinct pour secourir l'entrée : que, s'ilz eussent peu arrivera temps, nous eussent bien donné des afferes avecques l'artillerie mesmes, comme me dict monsieur le mareschal , quant j'allis sercher monsieur de Tes pour venir donner l'assault. Et, encores que je sçaiclie bien à quoy tint que l'on ne combatist ces dix ou douze enseignes , je ne les veux poinct le mectre par escript; car , disant la véritté, me faudroict dire mal de quelcungz, et non pas des plus petits; ce que je ne veux fere de personne. Mais si monsieur de Sainct Sir*, qui lors estoict lieutennent de cinquante hommes d'armes de monsieur de Boissy , qu'est mort grand escuyer , estoict en vie , il pourroict dire à qui

1. Marcelin Besson , sieur de Saint-C\r et de Margnac, d'une famille noble du Languedoc.

tint ; car il y feust fort blessé et son cheval thué , et plus de quarante chevaulx de ladicte compaignie blessés ou mortz. Il en sortist une grand querelle que presque amena deux hommes à combatre en camp cloz; ceste coyonade feust fort grande et de grand domage pour le service du Roy : car, cela deffaict, il n'estoict demeuré personne dedans Calais , que les vieilles gens et les femmes ; et , comme j'ouis dire despuis à monsieur le mareschal du Biez, il l'en eust emporté en deux jours avec l'artillerie qu'il avoict , si ceux là eussent esté deffaictz. Et voyant que ces gens s'estoinct retirés dens la ville, ilz conclurent s'en retourner, ce que nous fismes deux jours après la prinse. Aussi le temps se mist fort à la pluye.

Or, cappitaines, vous ne devriés desdaigner d'apprendre quelque choze de moy , qui suis le plus vieux cappitaine de France , et qui me suis trouvé en autant de combatz ou plus , que cappitaine de i'Orope , comme vous jugerés à la fin de mon livre. En premier .lieu, ce que me fist fere ce combat feust que je les avois essayés à mon arrivée , et les avois trouvés foibles de courage; par le second, de ce qu'ilz abandonnarent leurs pièces que nous gaignasmes, ayans leur bastion que leur servoict de flanc ; par le tiers, que je voyès venir au long de la plaine , tirant vers Calais, du petit hault^, d'oij je fiz fere haltou avant que descendre au pred^, force gens qui venoinct aevers ledict Calais , et voyès bien que toutes les cortines estoinct remplies de gens , qu'il y auroict bien affere à les en-

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