Var. des édit. précéd,: a .... du petit tertre
2. Var. du second ms. . a .... aua/it que descendre à pied.... »
pourter ; et par la quatriesme raison , qu'au fossé qu'estoict près de la cortine n*y avoict guières d'eaue , et dudict fossé à ladicle cortine il y avoict plus de deux grandzpas, oùlessoldalz se pouvoinct tenir, et, pour peu d'ayde qu'ilz se fissent avec la picque ou la haiebarde et l'ayde des ungz aux aultres ( n'estant icelle cortine de la hauteur de plus de deux aulnes et deraye^), nous la emporterions. Doncques cappitaines, despuis que l'œuil vous accompaigne à voir la force de vostre ennemy et le lieu là où il est, et que vous l'avés tasté et trouvé aisé à prendre la cargue , chargés-le pendent qu'il est en la peur en laquelle vous l'avés mis : car, si vous luy donnés loeisir de se recognoistre et d'oblier sa peur , vous estes en dangier d'estre plus souvent baptus , que non de batre Fennemy. Par ainsi vous le devés tousjours suivre sur sa peur, sans luy donner loeisir de reprendre sa hardiesse , et tenir tousjours avecques vous la devise d'Alexandre le Grand, qu'est : Ce que tu peux fere anuict-, nattendz au lendemain. Car cependant beaucoup de chozes surviennent , mesmement en la guerre; et puis il n'est pas temps de dire : je ne l'eusse jamais pensé. Plusieurs chozes exécuterés-vous sur la chaude, que, si on vous donne loeisir de vous raviser, vous y penserés trois fois. Poussés donc, hasardés, ne donnés loeisir à votre ennemy de parler ensemble, car Pung accourage l'aultre.
Or comme nous feusmes retournés au fort de Mon-
\. Var. des édit. précéd.: « .... de pliisde denxhrasses..., » 2. Anuict^ ce soir, cette nuit. Voyez Ducange, Glossaire francois,
tareau*, il n'estoictguières jour que les Anglois ne nous Vincent chatoiller sur le descendent de la mer, et bien souvent lamenner noz gens jusques auprès de nostre artillerie qu'estoict à dix ou douze pas du fort ; et estions tous abuzés , sur ce que nous avions ouy dire à noz prédécesseurs qu'estoict qu'ung Anglois battroict lousjours deux François, et que T Anglois ne fuyet jamais ny ne se rendoict. J'avois retenu quelque choze de la camisade de Boloigne et de la terre d'Oye , et diz ung jour à monsieur de Tes que je luy voulois monstrer le secret des Anglois, et pourquoy l'on les estime si hardiz ; pource qu'iiz portent tous armes courtes , et fault que courent à nous pour tirer de leur arc, et qu'iiz s'approchent près de nous , car aultrement leurs flèches ne feroinct poinct de mal ; et nous, qui avions accoustumé de tirer des harcquebuses de loing et aussi que les ennemis n'en faizoinct pas le semblable, trovions estrange ces approches qu'iiz faizoinct courant , de sorte que nous cuidions entièrement que ce feust tout hardiesse. Mais je leur veux fere une embusquade, et vous verres si je diz la véritté, et si ung Gascon vault ung Anglois : aulresfois, du vieux temps de noz pères, avons- nous esté voisins.
Alors je choeisis six vingtz hommes , picquiers et harcquebuziers , avec quelques lialebardiers parmy , et les mis dans ung cavain ^ que l'eau avoit faict , tirant contre bas et à main droicte du fort; et envoyay le cappitaine Chaux, à l'heure que l'eaue estoict basse,
i. Var. des édit. précéd.: a Estant retournés au fort d'Owtreaic... » Voyez sur Montareaa la note 5 de la page 307.
2. Voyez sur ce mot la note de la page 180, Les anciennes éditions portent une baisse.
droict à quelques maisonnettes qu'estoinct sur le bord de la rivière , presque viz à viz de la ville , pour leur dresser l'escaramoiche; et luy diz que, comme il leur verroict passer la rivière, il commensast à se retirer, et se laisser fere une cargue, ce qu'il fist. Mais la fortune pourta qu'il y feust blessé en ung bras d'une harcquebuzade ; les soldats le prindrent et l'amenarent au tort , de sorte que l'escaramoiche demeura sans chef. Les Anglois s'en apperceurent bien, et leur firent une cargue, et mennarent bâtant noz gens jusques auprès de l'artillerie. Et moy les voyant traiter d'esté façon, je sortis du cavain plustost que je ne debvois , m'en allant la teste baissée droict à eux , et commandiz à noz soldalz qu'ilz ne tirassent poinct (|ue ne fussions au ject de leurs flèches. Hz estoinct deux ou trois cens, ayant quelques harcquebuziers ytaliens avecques eux; et me repentis bien que je n'avois faict mon embuscquade plus forte : mais lors n'estoit pas temps. Et, comme ilz me virent venir droict à eux , ilz quitarent les aultres et me vindrent charger à moy. Nous marchasmes droict à eux , et comme ilz feurent au ject de leurs flèches, noz harcquebuziers commensarent à tirer tout à ung coup , et puis mirent la main aux espées, ainsi que je leur avois commandé , et courusmes pour les envestir. Mais, comme nous leur feusmes près de la longueur de deux ou trois picques , ilz tournarent le doz aussi facillement que nation que j'aye jamais veu , et les accompagnay jusques à la rivière près de la ville , laquelle ilz passarent : dont il y eust plus de six de noz soldatz qui les suy virent jusques à l'aultre cousté d'iceile. Je fiz haltou aux maisonnettes rompues, où je rassemblay mes gens; quelques ungz
y en demeura par les chemins de ceux qui ne pouvoinct pas tant courir comme les aultres. Monsieur de Tes avoict tout veu, et estoict sorty du fort pour aller secourir l'artillerie; et comme j'arrivay à luy , je luy diz: ce Voyés-vous si je ne vous ay dict la vérilté ? Ou il « fault dire que les x4nglois du temps passé estoinct « plus vaillans que ceux icy, ou bien que nous le « sommes plus que noz prédécesseurs: je ne sçay quel « des deux est véritable. — Vrayment, dict monsieur ic de Tes, ces gens se retirent bien à la haste; je n'au- « ray jamais plus oppinion des Anglois telle que j'ay eu « par le passé. — INon , monsieui:, luy dis-je, croyés « que les Anglois qui ont batu anciennement les « François estoinct demy Gascons, car ilz se marioinct « en Gascogne, et ainsi faisoinct de bons soldatz.»Et despuis lors, noz gens n'en eurent plus l'oppinion ny craincte qu'ilz en avoinct paravant. Ostés , ostés, cappitaines, tant que vous pourrés, ceste oppinion à voz soldatz , car ilz vont lors en crainte d'estre deffaitz. 11 ne fault pas que vous mesprisiés vostre ennemy, ny aussi que vostre soldat ayt oppinion qu'il soict plus vaillant que luy.
Despuis ceste charge , je viz toujours mes gens aller plus franchement pour attacquer les Anglois , les approchant toujours de plus près ; et que Ton se souvieigne, quant monsieur le mareschal du Biez les combatlist entre le fort et Ardelot\ si noz gens se firent prier à les aller investir. Ce seigneur fist là ung acte d'ung vaillant homme : car , comme sa cavalerie
1. Hardelot, château normand près de Boulogne, qui fut mis en réquisition, suivant du Bellay, par l'armée anglaise victorieuse [Mémoires de du Bellay^ édit. du Panth. litt., page 781).
se mist en fuilte, il s'en vint tout seul se jecter devant nostre bataillon et descendist, prennant une picque en la main, pour aller au combat duquel il sortist fort honorablement. Je n'estois poinctlà , voilà pourquoy je n'en diz rien; car, deux ou trois moys après le retour de la terre d'Oye , je demandiz conged à monsieur de Tes pour venir à la court. Les historiens sont bien desloyaux de taire de si beaux actes ; celuy-là feust bien remarquable à ce vieux chevalier. Estant à la cour , je fiz tant avec monsieur l'amirail qu'il me fist donner conged au Roy, de tant que je n'avois poinct reprins la charge de maistre de camp , sinon pour la commander durant le premier voyage que monsieur l'amirail entreprendroict. Et , après avoir demeuré ung mois à la courte servant le Roy de gentilhomme servant (ce prince estoictlors assés vieux et pensif; il ne caressoict poinct tant les hommes qu'il souloict , une seule fois il me demanda le discours de la bataille de Serizolles , estant à Fontainebleau), ce feust lors que je prins congé de sa Majesté et ne le viz oncques depuis.
Je m'en revins en Gascoigne , de là où je ne bougeaj jusques à ce que le roy Henry feust roy , ayant esté accablé d'affaires et de maladies. Voilà pourquoy je ne vous puis rien dire de la reddition de Boulogne ,
i . Le passage suivant est moins complet dans les manuscrits que dans les éditions imprimées : « servant le Roy de gentilhomme servant que j'estois, je m'en revins en Gascoigne, de là où je ne bougay jusques à ce que le roy Henry feust roy, que, quant il volsist passer en Piémont, m'envoya quérir, comme j'ay escript, et me laissa audict Piémont maistre de camp et gouverneur de Moncalier soubz monsieur le prince de Melfe,... »
JaquelJe le roy d'Angleterre feust constrainct, voyant l'obstination du Roy, de quitter, moyennant quelque argent '. Peu de temps après il mourut , et le Roy aussi le suivit bien tost après ^ : il fault tous mourir. Or ceste reddition de Boulogne advint durant le règne du roy Henry, mon bon maistre , qui succéda à son père.
Nostre nouveau Roy ayant la paix avec l'Empereur, après la reddition de Boulogne , ayant aussi accordé avec le roy d'Angleterre , il sembloict que noz armes deussent demeurer longuement au crochet ; comme aussi, si ces deux princes ne remuent, la France a de quoy demeurer en repos. Après avoir séjourné quelque temps chez moy , le Roy me rappela, et me donna la charge de maistre de camp et le gouvernement de Moncalier, soubz monsieur le prince de IVlelfe^ lieutenent général en Piémont , estant monsieur deBonnivet'
1. Paix d'Ardres entre la France et l'Angleterre (7 juin 1546).
2. Il désigne Henri VII, roi d'Angleterre, qui mourut le 28 janvier 1547. Ze iîo/ désigne François I"""" qui mourut le 31 mars lo47,
3. Jean Caracciolo, suivant sa signature (Bibl. irap., f. fr., vol. 3138, fol. 31), Italien , tour à tour dévoué au roi de France et à l'Empereur (1480-1530). Devenu prince de Melphe en 1523, par Ja mort de son père (f fr., vol. 744, Nécrnlo^e de Fianchomme, année 1523), il défendit courageusement sa ville contre Lautrec, en 1527, Vaincu et fait prisonnier, il rentra au service de la France, séduit, dit V. Carloix , par la générosité de Vieilleville qui lui donna la liberté sans rançon ( Mémoires de Fieilleville , liv. I, chap. 7). Depuis ce jour il demeura fidèle au roi, qui le combla de biens. En 1544, il fut nommé maréchal de France, et, en 1545, gouverneur du Piémont (Forquevaulx, p. 329). On trouve à la Bibliothèque impériale, dans la collection Gaignières, un important message du prince de Melphe sur son gouvernement du Piémont et la réponse du roi (vol. 328).
4. François Gouffier, seigneur de Bonnivet, fils de l'amiral de ce nom, tué àPavie, se distingua à Cerisolles, en 1544, et en Italie
qu'estoict colonel. 11 se souvint bien de moy, et si ceux qui le gouvernarent despuis m'eussent aymé, je eusse eu autant de bien et d'honneur que gentilhomme qui sortist piéçà de Gascoigne.
Et y denieuris dix huict mois, sans que pendant ce temps je fisse choze qui soict digne d'estre mise par escript : car je ne veux escripreque ce où j'ay eu quelque commandement. Puis euz mon conged pour venir jusques à ma maison. J'arrivay en Gascoigne, où peu après je feuz adverty que à cause de la vieillesse et maladie dudict seigneur prince de Melfe, le Roy y envoyoict monsieur de Brissac * pour y estre son lieulenent général ; qui feust occasion que le cappitaine
sous Brissac. Il mourut, en décembre i5o6, d'une blessure reçue au siège de Vulpian. (P. Ans., t. VII, p. 6tS.) On trouve dans la collection Gaignières (vol. 328 et 412), des lettres de Bonnivet relatives à ses campagnes d'Italie.
1 . Après la mort du prince de Melphe, Brissac(voyez page 137, note) fut nommé maréchal de France et envoyé en Italie. Ses lettres de nomination comme lieutenant du roi en Piémont , sont de l'année 1550 (Bibl. de l'Arsenal, Mss., n° 131, vol. II, fol. 62). Une tradition, accueillie par certains historiens, rapporte que Brissac avait été aimé par Diane de Poitiers, et qu'il devait à l'amour de la favorite une partie de sa fortune militaire (De Thou, édit. de 1740, t I, p. 531, note 3). On ne trouve ni dans les mémoires contemporains, ni dans les lettres de Diane de Poitiers à Brissac, conservées à la Bibliothèque impériale, aucune indication qui confirme ces bruits de cour. Brissac se couvrit de gloire en Piémont ; mais l'incurie du gouvernement de Henri II, qui lui refusait tout secours, l'empêcha de rien entreprendre d'important. Il était en outre sujet à de fréquentes attaques de goutte. Il s'en plaint souvent dans sa correspondance. (Lettre au connétable, du 1 7 mars 1553. Bibl. imp., coll. Gaignières, vol. 2787, fol. 39 copie.) En 1560, les intrigues et la jalousie des Guises lui firent enlever le gouvernement du Piémont, où le maréchal de Bordillon fut envoyé
Tilladet, qui avoict aussi eu conged, et moy, nous en allasmes à ia court, où trouvasmes que ledict seigneur avoict prins conged du Roy. Nous nous présentasmes à sa Majesté, qui nous fistfort bonne chère, et à monsieur le conestable, lequel estoict revenu à la cour en plus grand crédit qu'il n'estoict du temps du roy François , ce que plusieurs ne pensoinct pas ; mais les dames avoinct perdu leur crédit , d'aullres y entrarent. Et puis incontinent sadicte Majesté, qu'estoict lors en une petite villatte, entre Melun et Paris, nommée Vilîeneufve Sainct George, nous commanda de nous en aller audict Paris trouver monsieur de Brissac. Et lendemain que nous y feusmes arrivés, ledict seigneur de Brissac partist, ayant esté fort aise de ce que nous Testions venuz trouver : et ainsi allasmes jusques à Suze où nous trouvasmes monsieur le prince de Melfe, qui s'estoict mis en chemin pour s'en venir en France, à la mort; et trespassa ung heure après nostre arrivée. Encor que j'aye esté quelque temps soubz luy, je n'en diray aultrechose, car à grand peine eus -je le loisir de le cognoistre que par ouy dire. C'est ung malheur à ung cappitaine de changer si souvent de général, car avant estre cogneu de luy vous estes vieux ; les amitiés et cognoissances nouvelles sont fascheuses.
Monsieur de Brissac despécha incontinent monsieur de Forcquevaulx ^ vers le Roy, pour l'advertir
à sa place. Quelque temps après, Brissac fut nommé gouverneur de Picardie et de l'île de France, Il mourut en 1563. Boyvin du Villars, son secrétaire, a écrit sous forme de mémoires le récit de ses campagnes.
J. Raymond de Pavie, baron de Forquevaux, d'une famille
du tout ; et promtement sa Majesté le renvoya avec la patante de marescbal de France qu'elle luy donnoict. Et demeurasmes cinq ou six mois sans guerre^; puis se commença à Palme ^ et à la Mirande% de laquelle je ne veux rien escripre pour ce que je n'y estois poinct. Il est mal aysé que deux si grand princes et si voisins puissent demeurer longuement sans venir aux armes, comme de faict peu de temps après l'occasion s'en présenta, parce que le Roy print la protection du duc Octave *. Si est-ce que le seigneur de
noble du Languedoc, capitaine, diplomate et écrivain militaire, fit la guerre en Italie sous les règnes de François I" et de Henri II. Gouverneur de Narbonne dès I5S8, il prit une part active aux premières guerres civiles. En lo65, il fut envoyé en ambassade en Espagne, où il demeura jusqu'en 1372. Il mourut deux ans après à INarbonne ( Forquevaulx , Fies de plus. cap. franc., p. 329). Il a laissé un Traité de la discipline militaire publié en 1353, et faussement attribué à du Bellay. — On conserve à la Bibliothèque impériale plusieurs recueils de sa correspondance. — Le fils de Raymond de Forquevaulx, François de Forquevaulx, est l'auteur de l'ouvrage Fies de plusieurs capitaines français, plusieurs fois cité dans nos notes.