XIV INTRODUCTION
derniers écrits, garde l'empreinte des premières années de son siècle; il est le contemporain de Rabelais. Florimond le rajeunit; il en fait un contemporain de Brantôme. Il y a cependant un demi-siècle entre ces deux hommes, et dans ces temps de crise, lorsqu'une langue se forme, cinquante ans de distance font une révolution. L'éditeur, en grammairien, corrige les fautes et polit le langage du vieux Monluc. Tel mot n'est plus en usage ou rappelle trop la liberté des camps, il le remplace : à des phrases incorrectes mais pleines de vigueur, il substitue les plates formules des rhéteurs de son temps. Il altère ainsi le style, il énerve la pensée et surtout il efîace la personnalité si fortement accusée dans les Commentaires,
Malgré ces défauts l'édition originale passe encore à bon droit pour la moins défectueuse, Monluc n'a pas échappé à ces dégradations successives communes à tous nos vieux écrivains. Réimprimés d'année en année , ses mémoires ont subi d'année en année des altérations nouvelles. L'étude de ces différentes reproductions, faites d'après un même modèle plus ou moins fidèlement imité, n'offrirait aucun intérêt. Pour les accommoder au goût épuré des deux siècles suivants, les successeurs de Florimond n'ont rien épargné. Le nom même de l'auteur n'est pas demeuré à l'abri de leurs retouches; on y ajouta un T, faute condamnée par les signatures de tous les membres de la famille de Monluc.
De nos jours, malgré les plus séduisantes promesses, aucun éditeur n'a essayé de restaurer le texte des Commentaires. La reproduction pure et simple de la leçon originale a même dépassé le zèle des savants les plus attentifs. Les auteurs de la nouvelle Collection des mémoires sur V Histoire (le France^ après avoir démontré les fautes de leurs prédécesseurs et proclamé qu'un retour ooir.plet au texte
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tle Florimond de Rcmond était devenu nécessaire, MM. Petitot et Montmerqué ont adopté l'une des versions dont ils avaient signalé les fautes, négligence pardonnable peut-être dans une si vaste entreprise, mais qui contraste étrangement avec la judicieuse critique de leur préface. Une comparaison attentive nous fait supposer qu'ils ont choisi l'édition de 1594*. Quelques années après, M. Buclion, de son propre aveu, réimprima le texte de la collection Petitot, et MM. Michaud et Poujoulat en firent de même sans l'avouer. Les Commentaires ont été traduits en plusieurs langues, notamment en anglais et en italien^. Les derniers éditeurs de la Bibliothèque historique de la France ont laissé pénétrer dans leur savant ouvrage une erreur au sujet de l'une de ces traductions : ils indiquent une édition italienne, publiée à Crémone, en 1572, par Guillaume Ferrari. Cette traduction ne saurait exister; en 1572 les Commentaires de Monluc n'étaient pas achevés. Lenglet du Fresnoy est, croyons-nous, l'auteur de cette fausse indication*.
1 . L'édition des Commentaires de Monluc imprimée à Paris, en 1594, chez Michel Sonnius, en deux volumes in-8, paraît être la reproduction de celle de 1592 dont nous avons parlé plus haut. Voyez p. VII , note 1 . Toutes ces réimpressions contenant des fautes nouvelles, il est possible de déterminer, par la comparaison des textes, le modèle qu'un nouvel éditeur a choisi.
2. Traduction italienne de Vincenzo Pitti, Florence, 1630, in-4. — Traduction anglaise, Londres, 1666, in-fol. {Bihl. histnr. de la France).
3. Il serait absolument possible que l'édition italienne de 1S72 ait été imprimée sur un manuscrit dû à la première rédaction des Commentaires et dérobé furtivement àl'auteur. Voici plusieurs témoignages contemporains qui démontreront, autant qu'un fait négatif peut être démontré, que cette édition n'existe pas. André Thevet, après avoir tracé le portrait de Monluc, ajoute : a Sur ses vieux jours il s'occupa à escrire ses mémoires.... œuvre qui mé-