Valperga, village, sur la rive droite de l'Orco
6. Bertrand Raimbaud de Simiane de Gordes, d'une ancienne famille du Dauphiné, gouverneur de Montdevy en 1 551 . De Gor-
Sjeve *, et, comme le fort de Sainct Martin feust avancé, monsieur le maresclial s'en alla à Quier, pour estre plus près dudict sieur de Vassay, affin de le secourir s'il en avoict besoing ; car il avoict desjà entendu que le seigneur don Arbre de Cende " assembloict le camp à Alexandrie ; et cuyde-je que le seigneur don Ferrandou estoict malade pour lors. Or se dobta monsieur le maresclial qu'il prendroict le chemin de Sève , et ainsi laissa le seigneur de Bonivet , le seigneur Franciscou et moy, et fist retirer le sieur Ludovic à Chevas et à Vorlengue ^ , pour avoir le cœur à ces deux places , auxquelles il estoict gouverneur.
Il ne tarda pas huict jours que monsieur le maresclial manda monsieur de Bonivet et moy , aux fins de marcher en toute diligence jour et nuict droict au Mondevy, avecques cinq ou six compaignies françoises que nous avions à Sainct Martin , délaissant le seigneur Franciscou en ce quartier pour fere avancer la fortifficquation ; ce que nous fismes. Et marcheasmes
des était lieutenant du roi en Dauphiné sous le règne de Charles IX. Il mourut à Montélimart en 1S78.
1. Ceva, "ville très-forte, dans le comté d'Asti, sur le Tanaro. Boivin du Villars en fait la description {Mémoires^ édit. du Panth. litt,, p. 60S). Elle retomba bientôt au pouvoir des Espagnols. On verra plus loin que, en 1SS3, le maréchal de Brissac la reprit aux ennemis.
2. Dom Alvaro di Sandi, un des plus grands capitaines de son temps, illustre par le siège qu'il soutint en 1560 dans l'île de Zerbi contre les Turcs. Fait prisonnier et conduit à Constantinople il n'obtint la liberté qu'à l'inlercessoin du roi de France. Il mourut gouverneur d'Oran dans un âge fort avancé. (Brantôme, édit. du Panth. litt., t. I", pag. 88.)
3. Verolenga, près de Chivasso, sur la rive gauche du Pc. Les éditions précédentes portent Bourlcngue.
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jour et nuict , comme feust bon besoing , car monsieur le raarescbal mesmes s'estoict engaigé dens Sève pour secourir monsieur de Vassay, Et, comme don Arbre entendist noslre venue, et qu'en cliemin nous avions prins une compaignie à Savillan , et qu'il nous vist arrivés au coing de la ville, il faict larguou, et, ayant gaigné ung pont de bricque , il commense à fere passer son bagaige. Je ne scaurois dire si le seigneur Ludovic de Birague estoict en nostre compaignie , pource que nous avions quelques Ytaliens en nostre trouppe. Monsieur le marescbal qui se vist désengaigé, sort debors la ville avecques tout ce qu'il avoict amené de forces, et alla altacquer l'tnnemy au pont. Or don Arbre pensoyt se camper là , car nous y trovames des loges desjà faictes. L'escaramocbe feust grande et forte d'ung cousté et d'aultre : toutesfois j'ay oppinion que si nous l'eussions cbargé de cul et de teste , cavalerie et tout, que nous luy eussions faict peur et domage, car, après qu'il eust eu passé le pont, il failloict monter une montaigne, de laquelle le cbemin estoict si estroict, qu'ilz n'y pouvoinct aller que ung à ung. Or, il nous monstra qu'il estoict vray soldat et homme de guerre ; car il fist passer premier toute sa cavalerie , craignant que la nostre la chargeast , et qu'elle la ranversast sur les gens de pied ; puis fist passer ses Allemandz et luy demeura dernier avecques mil ou douze cens barcquebuziers , qui tindrent tousjours le pont à la fabveur de trois maisons qu'il y avoict au bout d'icelluy, lesquelles nous ne sçeusmes jamais gaigner, car ilz les avoinct toutes persées , respondant l'une à l'autre. Au hault de la montaigne estoict une plaine qui s'estendoict jusques à une villatte qu'ilz tenoinct ,
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estant de la longueur de mil pas seuUement ou environ. Là il fist fere haltou à toutes ses gens , et après se retira; mais, en abandonnant les maisons , nous nous pensasmes mesler ; auquel lieu y eust quelques gens de mortz d'ung cousté et d'auUre. Nous les suivions tousjours par ce petit chemin contre-mont à force harcquebuzades , car nous ne voyons pas l'appareil qu'il nous avoict faict sur le bault de ladicle montaigne.
Messieurs de Bonivet , de La Mothe-Gondrin * et moy estions à cheval , et parmy les harcquebuziers , pour leur donner courage. Et comme nous feusmes sur le hault , il nous fist une cargue de mil ou douze cens harcquebuziers qui nous ramenarent droict au pont plus vitte que le pas , et sur les bras de monsieur le maieschal. Le cheval de monsieur de La Mothe feust thué , le mien blessé, qui moureust dens les cinq ou six jours , et Dieu nous ayda pour nous avoir faict despartir noz soldatz en deuxtrouppes, à main droicte et à main gauche du chemin , encores que la montée feust bien difficille ; qui feust cause que nous ' ne perdismes comme rien de gens; car, si nous fussions esté tous enfillés dens le chemin, nous eussions faict une grand perte, et nous-mesmes y feussions demeurés. Nottés cela, jeunes cappitaines , quand vous vous trou-
4. Biaise de Pardaillan, seigneur de Laniothe Gondrin, capitaine de cinquante hommes d'armes, lieutenant général en Dauphiné pendant l'absence du duc de Guise. Il mourut en lo62. (P. Ans, t. V, p. 186). On trouve à la Bibliothèque impériale une lettre qu'il écrivitau duc de Brissac, sous la date du 8 janvier 1553 (1554), pour lui rendre compte d'un heureux combat qu'il avait livré, aidé par le capitaine Duno, à un corps d'Allemands qui venaient de saccager le village de Bouthilières , près de Quier (coll. Gaignières, vol. 2787, fol. 3 et 5, copie;.
verés à mesmes; car les vieux et avisés et qui se sont trouvés en telz marchés sçavent ces remèdes. Monsieur le mareschal retira tout le camp autour de Sève, et l'endemain ramena les canons que messieurs de Vassay et de Gordes avoinct mennés quant ilz la prindrent , et y laissa trois compaignies , deux françoises et une ytalienne, puis se retira par le Mondevy devers Tliurin et Quier. Or , il ne me souvient comme Sève feust despuis perdue, car nous y retournasmes ung an après la recouvrer, qui feust bien aultrement deffendue et combatue que le premier coup , comme j'escripray cy-après.
Quelque temps après , le seigneur don Ferrandou dressa ung camp supérieur à toutes les forces de monsieur le mareschal ; car ledict seigneur n'avoict Suisse ni Allemand. Or feust- il adverty^ par les sieurs Ludovic de Birague et Franciscou Bernardin, que ce camp estoict dressé pour venir reprendre Sainct Martin et les aultres chasteaux, ensemble pour prendre Gazelles, à quatre mil de Thuriu, et la fortiffier^ affin que Thurin ne receust aulcung raffrechissemenl des monlaignes et valées de Lans , mesmes de Gazelles, duquel lieu on tiroict la pluspart des fruits , foins et boys qui venoinct à Thurin. Or, comme le camp du sieur don Ferrandou feust prest à marcher droict à Sainct Martin, monsieur le mareschal tinct conseil de ce qu'il debvoict fere de Gazelles , veu qu'elle n'estoict poinct fortiffiée ny tenable ; et conclurrent qu'il la failloict abandonner et la desmanteller ; toutesfois que la desmantelure ne servoict de rien , car le seigneur don Ferrandou l'auroict bien tost reffaicte. Je feuz adverty à Monqualier le soir mesmes de la conclusion ; qui feust
cause que le matin je m'en allay trouver monsieur le mareschal à Thurin , et luy deraanday s'il avoict arresté d'abandonner Gazelles. Il me dict que oy, pour qu'il ne se trouvoict homme qui vouleust bazarder sa vie et son honneur, y estant dedens; ainsi avoinct-ilz conclud au conseil d'y mettre une compaignie d'Ylaliens, laquelle se rendroict incontinent qu'elle verroict approcher le seigneur don Ferrandou. Je luy diz alors que cela ne serviroict de rien, car le cappitaine mesmes le diroict à ses soldatz pour les y arrester, et qu'il failloict fere à bon escient , non d'esté sorte. 11 me respondict : « Et qui vouldriés-vous qui feust si fou et « hors de sens que d'entreprendre la deffence d'icelle? n Je luy respondiz que ce seroict moy. Alors il me dict qu'il aymeroict mieux perdre beaucoup de son bien , que de permectre que je m'engajasse là dedens , veu que ceste place ne sçauroict estre fortiffiée d'ung an pour tenir contre l'artillerie. Je luy respondiz lors : « Monsieur, le Roy ne nous paye ny ne nous entretient « que pour trois raisons : l'une, pour luy gaigner une « bataille, affin que, par le moyen d'icelle, il conc- « queste beaucoup de pais ; l'aultre , pour luy def- « fendre une ville , car il n'y a ville qui se perde sans « amenner grand perte de pais ; et la troisième , pour « prendre une ville , car le guaing d'une ville prinse « amenne à subjection beaucoup de pais. Et toute la « reste ne sont qu'escaramoches ou rencontres qui ne « servent que particulièrement à nous, et pour nous « fere cognoistre et estimer de noz supérieurs, et ac- « quérir de l'honneur pour nous : car, quant au Roy, « il neproficte aulcunement de cella ny de tous aultres « effaictz de la guerre, que par ces trois chozes que
« j'ay dictes; et par ainsi, plustost que ceste place ne « s'abandonne, je y mourray dedens. » Monsieur le mareschal me contesta fort pour me divertir de ceste intention ; mais, comme il me visl résolu, il me laissa fere. Il se payoict fort de raison, sans croire sa teste , comme faizoict monsieur de Lautrec , auquel on a remarcqué ce deffaut , comme je pense avoir dict ailleurs.
Or Gazelles * est une petite ville fermée de muraille de caillons, sansaulcune pierre carrée, ung fossé qui la environne; et l'eaue s'y mect et s'en sort, de sorte que l'on ne peult approfondir ledict fossé ny retenir l'eaue en aulcung endroict, pour le plus, que jusques à demy cuisse. Il n'y avoict trenchée aulcune ny dedens ny dehors; les quatre coingz n'estoinct aulcunement remplis, de façon que, quant on m'eust bapteu une cortine par le canton, on me pouvoict batre par le flanc. Je demanday à monsieur le mareschal cinq cens pionniers de la montaigne ; ce qu'il despécha promlement à lever, et feurent dens quatre jours à Gazelles ; plus, luy demanday une grand quantité d'utis et ferremens pour fere trevailler les soldatz ; ce que aussi promtement il m'envoya, avec grand quantitté de farines, lardz, plomb, poudre et corde ; plus, luy demanday le baron de Ghippi, La Garde, qu'estoict parent du baron de La Garde, Le Mas, Martin et ma compaignie. Que toutes ces cinq compaignies estoinct bonnes, et les cappitaines avec, lesquelz, ayans entendeu que je les avois nommés de moy-mesmes,
1. Caselle, au N. 0. de Turin. Les éditions précédentes confondent ce village avec la ville de Cazal.
le prindrent à grand louange et honneur. Je luy demanday aussi le Grity, Vénitien, qui avoict une bonne compaignie d'Ylaliens. Le tout me feust accordé. Le malin donc je m'allis mettre dedens, et le soir toutes les compaignies arrivarent. Monsieur de Gyé*, premier fiiz de monsieur de Maugiron , estoict là en garnison avecques la compaignie d'hommes d'armes de son paire, auquel monsieur le mareschal manda qu'il sortist, et qu'il mennast la compaignie à Monqualier ; il luy rescript qu'il n'avoict pas demeuré si longuement en garnison à Gazelles pour l'abandonner lors que le siège y venoict, et mesmement puisque ung si vieux cappitaine que moy j'estois entreprennoict de la deffendre, qu'estoict cause qu'il avoict délibéré d'y morir avecques moy. Monsieur le mareschal ne print pas cela pour argent content, car lendemain bon matin il vinct à Gazelles, ayant avecques luy messieurs d'Aussun, de La Mothe-Gondrin, et le viscomte de Gordon ^ Je y avois desjà faict tous les quartiers de gens de pied, sans desloger la gendarmerie, pource que je voyois monsieur de Gyé obstiné, et todte sa compaignie résolue d'y demeurer. Monsieur le mareschal, arrivé que feust, ne sceust jamais fere tant qu'il en peult amenner ledict sieur de Gié ; ains respondist franchement qu'il en pouvoict bien tirer sa compaignie, si bon luy sembloict, mais que, pour son
1. Guillaume de Maugiron, seigneur d'Ygié, commandait deux enseignes de gens de pied (Lettre de Diane de Poitiers au duc de Guise. Bibl. imp. , coll. Gaignières, vol. 433, fol. 6j. Il fut tué d'un coup de canon au siège de Valfenières, en 15b4.
2. Jean Richard, vicomte de Gordon ou de Goui'don, gouverneur de Savillan en lo52 {Mémoires de du Fillars, p. 569).
regard, il n'en bougeroict pas ; que feust cause que monsieur le mareschal s'en retourna fort mal content de m'avoir jamais accordé la demeure. Je veux dire à la véritté que monsieur de La Mothe Gondrin et monsieur le viscomte de Gordon se mirent à plurer quant ilz me dirent adieu , et me tennoinct tous, comme faisoict monsieur le président de Birague mesmes, qu'est en vie, pour perdu ou de la vie ou de l'honneur; et ainsi s'en allarent après disner. Etpriay à monsieur le maresclial et tous mes compaignons qu'ilz ne me vinssent plus veoir, car je ne voulois estre empêché d'ung seul quart d'hure pour diligenter ma fortifficqualion. Je priay aussi monsieur le mareschal de m'envoyer le colonel Charamond^, qu'estoict à Riboulle ^, pour m'ayder à ladicte fortifficquation , avecques deux engénieurs que ledict seigneur mareschal avoict, l'ung desquelz feust thué à la prinse de Vulpian, et l'aultre est le chevalier Reloge^ qui est en France.
Nous commensames à remplir les quatre cantons, chesque cappitaine des quatre en ayant le scien, puis despartismes aux quatre cortines deux aultres compaignies et les cinq cens pionniers, car toute la ville, au dessus dix ans, pourtoinct la terre avecques les quatre cappitaines. Mais, pour ne voulloir desrober l'honneur d'aulcune personne, monsieur de Gyé avoict
i. Francesco di Chiaramonte commandait une des bandes italiennes dont P. Strozzi était colonel général. Il fut tué au combat de Marciano en lSo4 (Duc de Dino, Chron. Siennoises, p. 325).