‹ Commentaires et lettresChapitre 73 sur 96 · Rivarelo, au N. de Turin, sur la rive droite de l'Orco · texte numérisé non relu

Rivarelo, au N. de Turin, sur la rive droite de l'Orco

3. Volpiano au N. O. de Turin. Les édit. précéd. portent Ulpian,

portalz bien terrassés , et tons les haultz ' gabionnés à double gabionnade , bien délibérés de nous fere bien batre et acquérir de l'honneur. Or Cézar, après avoir prins Sainct Martin et les aultres chasteaux , arriva à Riverol avecques son camp , où tout incontinent le sieur don Ferrandou mit en conseil pour arrester s'il nous debvoict venir assaillir ou nous laisser, veu que j'avoiseu temps de me fortiffier, et que j'avois achevé tout ce que je voulois fere pour ma deffence. Et aussi mettoict en avant que nous estions six compaignies là-dedens, tous résolus de combatre, et qu'il doubtoict que à l'assault il perdroict plus de vaillans cappitaines espagnolz et ytaliens que la ville ne valoict ; et leur reiiionstroict tout ce que j'avois faict dedens. Les cappitaines espaigholz et ytaliens qui feurent appelles en ce conseil, voyant que le hazard tomboict sur eux, firent remonstrer par leur maistre de camp que l'Empereur avoict là des meilleurs cappitaines qu'il eust en toute l'ytalie, et desquelz il faizoict autant ou plus d'estat que de tous les aultres ; et que, pour ceste cause, ilz prioinct le sieur don Ferrandou de les vouloir conserver pour une bataille ou pour quelque entreprinse grande, et non pour si peu de quas que Gazelles. Là dessus y eust grandz disputtes, et trois jours tindrent conseil sur ce faict. Cézar de Naples et le gouverneur de Vulpian oppinionct que l'on nous debvoict venir assaiUir. Or les sôldatz espaignolz, qui entendoinct ce qu'oppinioicl Cézar de Naples, dirent à leurs cappitaines

1. Var, des édit. précéd.: « .... et tous les hauts gabions gabionnés... »

qu'ilz iroinct doncques à l'assault avec leurs italiens; car, quant à eux, ilz ne s'y Irouveroinct poinct, volans maintenir ce que leur maistre de camp avoict propozé. Toutes ces disputtes feurent sceues par monsieur le mareschal, après que le sieur don Ferrandou feust levé de Riverol, par des lettres qu'il escripvoict au président de Millan, lesquelles les gens du seigneur Ludovic de Birague prindrent.

Mais , cependent qu'ilz disputtoinct la chappe de révesque', monsieur le mareschal leur fist desrober Âlbe par messieurs de La Motlie G ndrin, Franciscou Bernardin, et de Pavan^, lieutenent de la compaignie dudict sieur mareschal, et quelques aultres dont ne me souvient. Monsieur le mareschal feust adverty de la prinse au poinct du jour, car noz gens y estoinct entrés à unze heures de nuict, et me despécha ung scien lacquay avecques une lettre qui disoict : « Monsieur « de Monluc, tout à ceste heure j'ay esté adverty que « nostre enlreprinse d'Albe est sortie à effaict, et noz (( gens sont dedens, qu'est cause que je monte à che- « val et m'y en veois à extrême diligence. » Le lacquay arriva environ les dix heures; et, pour ce que le gouverneur de Vulpian retenoict ung trompette de monsieur de Maugiron, je y envoyay ung tabourin du cappitaine Gritte^; et luy ayant monstre la lettre

1 . Disputer de lu chape à tévêque, id est, de le, quae nec actori nec reo, sed tertio competit (Ducange, v° capa). Voyez aussi, sur cet ancien proverbe, le Glossaire àe Lacurne Sainte-Palaye (Bibl. imp., Ms.).

2. Charles de Contes de Pavant, maréchal de camp en 1567, assista aux batailles de Jarnac et de jMoncontour (Pinard, Chonol. militaire j t. VI, p. 13).

3. Les deux manuscrits portent indifféi'emraent : Gritte ouGritj.

de monsieur le tnaresclial , je luy donnay charge de dire audict gouverneur de Vulpian que le sieur don Ferrandou ne se pouvoict mieux revancher de la perte d'Albe, que de nous venir attacquer. Et comme le tabourin feust à la porte de Vulpian , trouva que le gouverneur estoict allé au poinct du jour au conseil à Riverol. Il dict aux soldatz de la porte la prinse d'Albe; lesquelz sur ces nouvelles le volsirent thuer, et de faict commensarent à l'attacher et garrotter. Mais cependent arriva le gouverneur, auquel je mandois qu'il me rendist le trompette, veu que nous nous avions tousjours faict bonne guerre, et qu'il ne commensast poinct la mauvaise, car noz gens l'avoinct aussi faicte aux leurs à la prinse d'Albe. Ledict gouverneur princt le tabourin et l'amenna à son logis, et luy dict que si ce qu'il disoict n'estoict vray, qu'il le feroict pendre : le tabourin luy respondist que, s'il estoict vray, il ne vouloict qu'il luy donnast qu'ung teston, et qu'au contraire, s'il disoyt faulx, il vouloict estre pendu. Le gouverneur tourne remonter à cheval, et s'en va à Riverol : toute la nuict ilz feurent en conseil si cecy pouvoict estre vérillé ou non. L'endemain à midy, leur arriva le cappitaine du chasteau de Moncalvo*, qui leur porta nouvelles de la part du gouverneur d'Ast, que la prinse d'Albe estoict véritable ; qui feust cause que l'endemain matin le sieur don Fernandou partist, et s'en alla passer la rivière au Pont d'Asture^ en grand diligence, pour aller droit audict Albe, veoir s'il la pourroict reconquester avant

1. Moncalvo, au nord d'Asti, capitale de province, résidence du marquis de Montferrat.

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