‹ Commentaires et lettresChapitre 86 sur 96 · Corcercs, Corses · texte numérisé non relu

Corcercs, Corses

qui feust thué sur la porte en estoict. Le colonel Sainct Pedre leur asseura de la mort dudict cappitaine, et que, si ung ou deux vouloinct sortir, il leur y monstreroict tout mort; ce qu'ilz firent, Monsieur lemareschal y estoict tousjours, car il ne sçavoict où aller loger, et toute la nuict demeura dens l'esglise avecquesnous. 11 en y eust bien de mal couchés, et qui me donnarent force bons-soirs. Et après qu'ilz eurent recogneu leur cappitaine mort, ilz se rendirent, sur la promesse dudict colonel de les laisser sortir vies et bagues sauves ; et entra ledict colonel là dedens avecques cinq ou six. Et, comme vinct le jour, ilz sortirent dehors et se mirent presque tous avec ledict colonel , et envoyarentleur labourin à ceux du fort, leur dennoncer qu'ilz s'estoinctrenduz,et qu'ilz les conseilloinct d'en fere le semblable; ce qu'ilz firent à mesmes composition, car le colonel Sainct Piedre mennoict tout cela. Puis décendismes là-bas, et incontinent le gouverneur se rendist, et à mesmes instant s'en partist avec le reste des soldatz que luy estoinct demeurés, et monsieur le mareschal se logea dedens avec quelques ungz seulle ment, pour ne manger les vivres et mettre désordre en la ville; de laquelle fist gouverneur le cappitaine Loup% y laissant quatre enseignes avecques luy et quelques chevaulx-légiers \ Et après se retira ledict

1 , Le capitaine Loup , suivant du Villars , commandait les gardes du maréchal de Brissac (liv. IV, édit. du Panth. litt., p. 606). Après la reprise de Cève il fut pourvu du commandement de cette place {Ibid.).

2. La prise de Cève par Brissac eut lieu le 27 avril 1S53 suivant les Mémoires de du Villars^ (liv. IV, édit. du Panth. litt., p. 605).

sieur parlemesraes chemin ; et moy^ comme j'aydesjà dict, me rendiz à Albe à une heure après midy.

' Voillà tout ce que je fiz en Piémont pendent que je demeuray près monsieur le mareschal de Brissac. Or, si je voulois escripre toutesles escaramoches ausquelles je me suis trouvé, il me faudroict double pappierpour l'escripre, et mesmement celle d'Andezan^, que feust la plus forte et la plus grande escaramoche que je me trouvay jamais; car c'estoinct tous les gens de pied des deux camps, entre lesquelz je n'avois que trente quatre soldatz de ma compaignie, pource (jue j'estois en garnison à Savillan, et monsieur d>e Termes ne volsist permectre que la compaignie en sortist. Je fiz couvrir de taffatas jaulne les morrions à mes soldatz, pour l'amour dudict sieur deTermes, qui pourtoict le jaulne ; lesquelz, estans si petitle troupe, exécuttarent de si baultz faictz d'armes et si esmerveillables, que, tant qu'il y aura mémoire d'homme qui feust alors en vie, il se parlera en Piémont des braves morrions jaulnes de Monluc : car à la vérité ces trente quatre en valloinct cinq cens. Et me suis cent fois estonne de ce que ces gens firent lors : je pouvois bien dire que c'estoit petit et bon. J'ay essayé que cela sert fort de marquer voz genz de quelque choze particulière ; car, se voyant recogneus, cela leur redouble le courage. Ceux-là firent très bien, et se marquèrent d'une réputation telle, que tout le monde les monstroict par les compaignies, monstrant par merveille ces morrions jaulnes qui avoinct faict de si beaux faictz d'armes. Despuis aussi

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