‹ Commentaires et lettresChapitre 87 sur 96 · Andezeno, à l'est de Turin · texte numérisé non relu

Andezeno, à l'est de Turin

je me suis trouvé en plusieurs aultres escaramoches, lesquelles je ne me veux amuser à escripre : je ne serois que trop long. Tant y a que, sans bataille, ce feust ung beau combat. Je me suis trouvé en ung aultre très beau, de quoy le baron de La Garde se souviendra', quand il raenna les galères^, nous estons devant Boloigne, la grand escaramoche qui s'y fist^ quant il descendist, qui dura près de deux heures; auquel lieu les coups de canon nous tiroinct si dru qu'ilz sembloinct salve deharcquebuzerie, ayant moy sur les bras toutes les forces de Boloigne, nonobstant lesquelles je fiz une des plus belles et honnorables retraictes qu'homme sçaurait fere. Feu monsieur de Guize^ vist le tout, lequel n'avoict que vingt chevaulx, et ne me pouvoict secourir aulcunement, car il eust failheu qu'il se feust jecté sur la plaine^ dens laquelle l'artillerie Feust dévoré incontinent : et n'y avoict homme qui 'pensast que je peusse fere retraicte sans nous mettre en fuitte ; mais je la fiz estant tousjours de la longueur de quatre

1 . Nous suivons ici la leçon de l'édition originale. On lit seulement dans le manuscrit : <c . . . . il se parlera en Piémont des morrions jaulnes. Et qu'on demande à monsieur le baron de La Garde quand il menna les galères . ...»

2. Monluc rappelle ici un fait que du Bellay nous fait connaître avec plus de détails et qui mérite d'être signalé. Au mois de mai 4S45, le baron de la Garde reçut l'ordre de conduire les galères de la Méditerranée dans la Manche, pour renforcer la flotte destinée à opérer contre l'Angleterre sous les ordres de l'amiral d'Annebaut. La Garde passa le détroit de Gibraltar à la tète de 25 galères, œ chose que l'on n'avoit encores veu, sinon en 1312, que le capitaine Prégent en passa six » {Mémoires de du Bellay, édit. àuPanth. litt., pag. 784).

3. François de Lorraine, duc de Guise, alors duc d'Aumale, assassiné à Orléans le 18 février 1363.

picques, et lornant vizaige à tout propoz. Et veux dire que je ne fiz jamais choze de laquelle je retirasse plus de louange que cestuy-ci ; monsieur de Guyse la fist bien valoir et ne m'en loua que trop. Mais je me contente d'escripre ce que j'ay faict en commandant, et ce en quoy ceux qui me feront ceste honneur que de lire mon livre puissent aprendre quelque choze pour le faict des armes, qui n'est pas si aysé qu'on pense. Il fault avoir de grandes et louables parties pom' estre bon cappitaine. Ce n'est pas tout d'estre vaillant et courageux, il fault tant d'aultres pièces en nostre harnois. Je ne veux pas dire que je sois des premiers, mais estant aujourd'huy le plus vieux de ce royaume, encores trouvera mon oppinion voix en chapitre ; ce qui servira à ceux qui en sçavent moingz que moy : quant aux aultres, ilz ne leur fault pas de précepteur. Je quittay donc le Piémont' pour me venir rafraischir ung peu et me reposer, à cause d'une grand maladie en laquelle j'estois tombé; et, quelque juste occasion que j'eusse, à peine peus-je avoir mon conged de monsieur de Brissac, lequel enfin me le donna, avec promesse de revenir bientost^ A mon arrivée, je

4. Monluc, ordinairement si empressé de parler de lui, a négligé un fait important, que la correspondance de Brissac, conservée dans la collection Gaignières, nous fait connaître dans tous ses détails. Il fut chargé d'entrer en pourparler avec le Vistarin ou Vitarni, capitaine espagnol, gouverneur d'Ast, pour convenir d'une trêve. Plusieurs entrevues eurent lieu. Malheureusement la maladie de Monluc l'obligea d'abandonner ces négociations, qui furent poursuivies et menées à bonne issue par Monbazin. Nous ne pouvons ici que mentionner sommairement ce fait, que les biographes de Monluc ont passé sous silence.

2. On trouve à la Bibliothèque impériale une lettre du raaré-

me trouvay honnoré et estimé des plus grands seigneurs du pays; mon nom estoict en réputation bien grande, et, pour une clioze que j'avoisfaicte, on m'en vouloict fere à croire quatre. Les bruits vont tousjours en augmentant; aussi en ce temps, pour une escolle de guerre, il ne se parloict que de Piémont. Or je ne demeuray guières oysif ou sur les cendres ; on ne m'en donna pas le loysir, comme aussi je n'en avois pas de volonté, m'estant tousjours proposé de parvenir par la voye des armes à toutes les poinctes d'honneur que les hommes peuvent atteindre. Songes, vous qui estes nés gentilhommes, que Dieu vous a faicts naistre pour pourter les armes, pour servir vostre prince et non pas pour courre le lièvre ou fere l'amour. Quand la paix viendra, vousaurés vostre part du plaisir; toutes chozes ont leur temps et leur saison.

chai de Brissac qui nous donne la date du retour de Monluc en France. «.... J'ai donné congé au sieur de Montluc qui est party pour aller faire la révérence audict sieur (au Roi) et à vous. Ce ne seroit qu'une mesme chose de vous redire la satisfaction que j'ay de luy, et au semblable de vous supplier de le vouloir bien et favorablement recevoir. Car vous prendrez pour vous, s'il vous plaist, les mesmes assurances et témoingnages que j'en donne à sa Majesté. Et toutesfois je vous veulx bien dire que, d'une infinité de serviteurs que sadicte Majesté a, la plus grande partie ne ressemble pas audict sieur de Montluc. Je l'ay chargé de parler de quelques poinctz touchants les affaires et mesnaiges de deçà, desquelz il scaura rendre très bonne raison : s'il vous plaist, vous les entendrez de luy et y pourvoirrez comme il vous semblera estre requiz. » (Lettre au connétable, écrite de Turin, datée du 19 septembre 1553. — Coll. Gaignières, vol. 425, fol. 261).

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