‹ CommentairesChapitre 3 sur 9 · XXX · texte numérisé non relu

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» que je ne puis bien croire; car tout le monde y » fust accouru pour en achepter, comme du pain » en un marché en temps de famine; et certes la » cupidité d'avoir un tel livre si beau et si rare, y » eust bien mis autre cherté qu'on ne Ta veue, et » chascun eust voulu avoir le sien.»

Depuis trois siècles, sauf la vague indication d'une impression qui aurait été faite à Hanau au commencement du xvn e siècle, sous les auspices d'un gendre de Guillaume le Taciturne (1), toutes les questions qui se rapportent à la traduction de

(1) Teissier, qui a élé copié par tous ceux qui ont parlé de l'édition des Commentaires de Charles-Quint à Hanau , se borne à dire : Carolus Quinlus scripsit de propria vita libellum qui prodiit Hanoviœ, 4602. Mais n'y a-t-il pas une erreur assez aisée à expliquer, si l'on remplace le nom de l'empereur Charles- Quint par celui de l'empereur Charles IV? En effet, on publia en 1602, à Hanau, dans un recueil d'historiens de la Bohème, une vie de Charles IV écrile par lui-même. Je dois celle observation à M. le docteur Hoffmann, de Hambourg. — Ce recueil est celui de Marquard Freher, el voici en quels termes s'y trouve désignée la vie de Charles IV : Caroli Bohemiœ régis et postea imperatoris de vita sua commentarius ab ipso scriptus. Il me semble bien difficile de ne pas reconnaître dans ce titre d'un ouvrage publié à Hanau en 1602, la source de l'erreur de Teissier.

Guillaume Van Maie sont restées voilées des mêmes ténèbres, mais ces mystères mêmes semblent en avoir accru l'intérêt, et il faut constater à l'honneur de la patrie de Charles- Quint que le premier corps savant de la Belgique a pris la part la plus considérable aux efforts qui ont été tentés pour combler cette lacune.

En 1845, M. Gachard, dont le nom restera toujours associé aux recherches qui ont répandu la plus vive lumière sur l'histoire du xvi e siècle, entretenait l'Académie royale de Belgique de ses investigations à Simancas, à l'Escurial et à Madrid, au sujet « d'un document dont la découverte eût » excité un intérêt universel, » et il insistait sur ce que présentait de regrettable « la perte des mé- » moires tracés par la main du plus puissant des » monarques et peut-être du génie politique le plus » profond du xvi e siècle. » Quatorze années, que le savant archiviste général du royaume a consacrées à de nouvelles études, restées stériles sur ce seul point, fécondes sur tous les autres, s'étaient déjà écoulées , lorsque l'examen de la même ques-

lion fut repris par M. Arendt dans une notice qui frappa vivement l'attention publique.

Certes l'honneur de retrouver les Commentaires de Charles-Quint revenait légitimement à mes honorables confrères de l'Académie royale de Belgique, et si le hasard en a décidé autrement, c'est sans doute afin que nous puissions proclamer ici tout ce que l'on doit à leurs excellents travaux.

Du reste, nous nous empressons de le dire, nous n'avons pas eu la bonne fortune d'exhumer le texte même des Commentaires du célèbre empereur. Nous n'avons découvert qu'une traduction en portugais, traduclion qui était la seule œuvre en langue méridionale, inscrite dans le grand inventaire du fonds français à la Bibliothèque impériale de Paris, où Ton renvoie toutefois au fonds espagnol n° 10230. C'est celte erreur qui l'a probablement dérobée si longtemps à l'œil curieux des investigateurs (1).

(1) Mes recherches à Paris se liaient à la publication de plusieurs de nos anciens auteurs du xv e siècle, qui m'a élé confiée par l'Académie : je ne saurais assez reconnaître l'obligeance avec laquelle MM. les conservateurs de la Bibliothèque Impériale ont bien voulu faciliter mes nombreuses investigations.

Le manuscrit, d'une écriture élégante et soignée, porte le titre suivant : Hisloria del invictissimo Emperador Carlos-Quinto, rey de Hespanha, cornposta por Sua Majestade Cesarea, como se vee do papel que vai em a seguinte folha, traduzida da lingoa francesa e do proprio original, em Madrid, anno 1620. C'est-à-dire : «Histoire du très-invincible » empereur Charles-Quint, roi d'Espagne, composée » par Sa Majesté Impériale (ou sa Gésarée Majesté, » selon l'expression de Brantôme), comme cela se » voit par le papier qui est à la page suivante, tra- » duite du français et sur l'original, à Madrid, » en 1620. »

Ainsi, en 1620, sous le règne de Philippe III et sous le ministère du duc d'Uzeda, le manuscrit original des Commentaires existait encore à Madrid : qu'est-il devenu depuis? Quelque préjugé d'honneur national le fit-il disparaître, quand le petit-fils d'un roi de France vint occuper le trône de Charles- Quint? Servit-il de jouet, au commencement de ce siècle, à quelques-uns de ces soldats qui ne se souvenaient guère qu'ils vengeaient les vaincus de

Pavie, lorsqu'ils faisaient retentir du bruit de leurs armes les caveaux de l'Escurial, où repose le rival de François I er ? S'est-il au contraire conservé au fond de quelques archives secrètes? L'Espagne jugera, nous l'espérons, qu'il importe de résoudre ces doutes.

Du reste, la faiblesse et la décadence de la monarchie sous Philippe III peuvent expliquer à la fois comment tous les esprits se reportaient en arrière avec un sentiment de douleur et de regret vers le règne de Charles-Quint, et comment des documents restés cachés aux Sandoval et aux Sepulveda purent passer sous les yeux des coronistes, leurs successeurs. En 1623, Gilles Gonzalez d'Avila, historiographe de Philippe III, affirmait de nouveau l'existence des Commentaires , et peut-être les avait-il vus. La traduction même du texte en portugais s'explique assez aisément (1). Le Portugal

(1) Si une impression a eu lieu à Hanau et si elle esl postérieure à 1602, comme on le supposerait en la voyant mentionnée pour la première fois dans un catalogue de 1705, n'aurait-elle pas eu lieu d'après notre version portugaise? Emmanuel de Portugal épousa en 1646 une fille du comte de Hanau.

était encore uni à l'Espagne, et c'était vers la même époque que François d'Andrada et Antoine de Souza écrivaient en portugais la vie du roi Jean III, si intimement liée à celle de Charles-Quint.

On a vu que notre manuscrit annonçait une note qui devait en établir l'authenlicité. Elle se trouve en effet au second feuillet et est conçue en ces termes : Treslado do papel que esta em o principio desta historia , escritto per mào propria do Emperador Carlos V em a lingoa castelhana, o quai papel Sua Majestade mandou d'Alemanha comamesma historia a el reydon Philippe seu filho que entâô era principe de Hespanha. Ce qu'il faut traduire ainsi : « Copie du papier placé au com- » mencement de cette histoire , qui était écrit en » espagnol de la propre main de l'empereur » Charles-Quint, et qui fut envoyé d'Allemagne avec » cette même histoire, par Sa Majesté, à son fils le » roi Philippe, alors encore prince d'Espagne. »

Immédiatement après viennent quelques lignes adressées par Charles-Quint au prince d'Espagne, et elles résument l'histoire de la composition des

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