ACTE I, SCÈNE II
Vers 119. Je penche d'autant plus à lui vouloir du bien, etc. expression de comédie.
Vers \z\. Que ses longues froideurs témoignent qu'il s'irrite De ce qu'on veut de moi par-delà son mérite ; Et que de tes projets son cœur triste et confus, Pour m'en faire justice, approuve mes refus.
Cela n'est pas d'un style élégant.
Vers Mb, Ce fils si vertueux d'un père si coupable,
S'il ne devoit régner, me pourroit être aimable.
On ne peut dire : il m'est aimable, haïssable; et pourtant l'on dit: il m'est agréable, désagréable, odieux, insupportable, indifférent. On en a dit la raison.
Vers 127. Et cette grandeur même où tu le veux porter Est l'unique motif qui m'y fait résister.
Porter à une grandeur; cela n'est ni élégant ni correct. Et un motif qui fait y résister! A quoi ? A cette grandeur où l'on veut porter Martian?
Vers 137. Avise; et si tu crains qu'il te fût trop infâme
De remettre l'empire en la main d'une femme...
Corneille emploie souvent ce mot arise; il était très-bien reçu de son temps. Qu'il te fût infâme n'est pas français; la langue permet qu'on dise cela m'est honteux, mais non pas cela m'est infâme. Et cependant on dit : // est infâme à lui d'avoir fait cette action. Toutes les langues ont leurs bizarreries et leurs inconséquences.
Vers 142. Tyran, descends du trône, et fais place à ton maître i
est un Ters admirable. Il le serait encore plus si l'on pouvait ainsi parler à un empereur dans une simple conversation. Il n'y a qu'une situation violente qui permette les discours violents. Il est toujours étrange que Pliocas persiste à vouloir offrir son fils à une princesse que tout autre ferait enfermer, pour l'empêcher de conspirer et pour avoir un otage. j
iV. B. En général, toutes les scènes de bravade doivent être l ménagées par gradation. Un empereur et une fille d'empereur ne se disent point d'abord les dernières duretés ; et quand une fois on a laissé échapper de ces reproches et de ces menaces qui j ne laissent plus lieu à la conversation, tout doit être dit. La scène aurait fini très-heureusement par ce beau vers : Tyran, descends ^
14 REMARQUES SUR HÉRAGLIUS.
du trône et fais place à ton maître; mais quand on entend ensuite: à ce compte, arrogante, etc., les injures multipliées révoltent le lecteur, ol fout languir le dialogue.
Vers 443. A ce compte, arrogante, un fantôme nouveau, Oiriin murmure confus fciit sortir du tombeau, Te donne cette audace et cette confiance!
,1 ee compte est du style négligé et du ton familier, qu'on se permettait alors mal à propos. Ce mot arrogante conviendrait à Piilchérie, s'il était possible qu'un empereur et une fille d'empereur se dissent des injures grossières.
Vers 146. Ce bruit s'est déjà fait digne de ta croyance.
Un bruit ne peut se faire digne ni indigne : cela n'est pas français, parce qu'on ne peut s'exprimer ainsi en aucune langue.
Vers 4o3. Et cette ressemblance où son courage aspire Mérite mieux que toi de gouverner l'empire.
C'est une faute en toute langue, parce qu'une ressemblance ne peut ni gouverner, ni mériter.
Vers IGO. Sors da trône, et te laisse abuser comme moi.
Elle fait deux fois cette proposition, et la seconde est bien moins forte que la première ; mais peut-elle sérieusement lui parler ainsi ?/'Je sais que ces bravades réussissent auprès du par-
I terre; mais je doute qu'un lecteur instruit les approuve quand elles ne sont pas nécessaires, et quand elles sont si fortes qu'elles
'>, doivent rompre tout commerce entre les deux interlocuteurs.
Vers 164. Ma patience a fait par-delà son pouvoir.
Comment une patience fait-elle au delà de son pouvoir ? Jamais on ne peut faire que ce que l'on peut.
Vers 170. Mais choisis pour demain la mort ou l'hyménée.
Pliocas enfin la menace ; mais quelle raison a-t-il de persister à lui faire épouser son fils, qui ne veut pas d'elle, et dont elle ne veut pas? 11 n'en a d'autre raison que celle qui lui a été suggérée par son confident Crispe à la première scène. Crispe lui remontre que ce mariage attirerait à la maison de Phocas l'affection du peuple, qu'on suppose attaché à la maison de Maurice: mais la liainc implacable et juste de Pulchérie détruit cette raison. ^■aurait-il pas fallu que les grands et le peuple eussent demandé le mariage de Pulchérie et de Martian?