‹ Commentaires sur CorneilleChapitre 11 sur 574 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

Versdern. Dis, si tu veux encor, que ton cœur la souhaite.

Il me semble que cette scène serait bien plus vraisemblable, bien plus tragique, si l'auteur y avait mis plus de décence et plus de gradation. Un mot échappé à une princesse qui est dans la situation de Pulchérie fait cent fois plus d'effet qu'une déclamation continuelle et un torrent d'injures répétées.

SCÈ.XE III.

J'ai cru qu'il serait utile pour le lecteur d'ajouter, dans cette scène et dans Jes suivantes, aux noms des personnages, les noms sous lesquels ils paraissent, et d'indiquer encore s'ils se connaissent eux-mêmes, ou s'ils ne se connaissent pas, pour lever toute équivoque, et pour mettre le lecteur plus aisément au fait: c'est une triste nécessité K

Vers I. Approche, Martian, que je te le répète.

On doit répéter le moins qu'on peut. Mais si Pulchérie, que Pliocas nomme ingrate furie, conspire la peinte du père et du fils, il est bien étrange que le père s'opiniàtre à vouloir que son flls épouse cette furie.

Vers 10. Étant ce que je suis, je me dois quelque effort Pour vous dire, seigneur...

Le sens de la phrase est Je dois vous dire, quoi qu'il mencoitte; mais il ne doit pas faire effort pour dire. Ce n'est pas sur cet effort qu'il se fait, que son devoir tombe. D'ailleurs il ne fait point d'effort, puisqu'il n'aime point Pulchérie, puisqu'il croit même être son frère ; et puis comment se doit-on un effort?

Vers 11 Que c'est vous faire tort...

est trop du style de la comédie.

Vers 18. Eh bien ! elle mourra ; tu n'en as pas besoin.

Ce mot semble condamner toute la scène précédente. Pliocas avoue qu'il n'avait nul besoin de marier Pulchérie à son fils; il semble, au contraire, qu'il devait avoir un besoin très-pressant de ce mariage pour former un nœud intéressant.

1. Et c'est une singulière idée. Pour en voir l'application, il faut recourir à l'édition commentée de 17G4. (G. A.)

46 rxEMARQUES SUR HÉRACLIUS.

Vers i3. Vous verriez par sa mort le désordre achevé.

Ou n'achève point un désordre, comme on achève un projet, une affaire, un ouvrage. Ce n'est pas là le mot propre.

Vers ^0. Et d'un parti plus bas punissant son orgueil...

On peut être puni de son orgueil par un hymen disproportionné; mais on ne peut pas dire être puni d'un hymen, comme on dit être puni du dernier supplice. Parti plus bas est déplacé. Il semble que Martian soit un parti bas, et qu'on menace Pulcliérie d'un parti plus bas encore.

Vers 30. Seigneur, j'ai des amis chez qui cette moitié... ,

L'usage a permis qu'en quelques occasions on puisse appeler sa femme sa moitié.

Restes du grand Pompée, écoutez sa moitié ^.

Ce mot fait là un effet admirable. C'est la moitié du grand Pompée qui parle; mais il est ridicule de dire, d'une fille à marier, cette moitié.

Vers 31. A l'épreuve d'un sceptre il n'est point d'amitié. Point qui ne s'éblouisse à l'éclat de sa pompe, Point qu'après son hymen sa haine ne corrompe.

Ces trois point font un mauvais effet dans la poésie, et point qu'après est encore plus dur et plus mal construit. Et point qui ne s'éblouisse à l'éclat de la pompe d'un sceptre est du galimatias. Ce n'est point écrire comme l'auteur des beaux vers répandus dans Cinna; c'est écrire comme Chapelain.

Vers 36. La vapeur de mon sang ira grossir la foudre

Que Dieu tient déjà prête à le réduire en poudre 2.

Cette figure n'est-elle pas un peu outrée et recherchée? Ce qui est hors de la nature ne peut guère toucher. On reproche à notre siècle de courir après l'esprit, d'affecter des pensées ingénieuses ; c'était bien plutôt le goût du temps de Corneille que du nôtre. Racine et Boilcau corrigèrent la France, qui depuis est retombée quelquefois dans ce défaut séduisant. La vapeur d'un peu de sang ne peut guère servir à former le tonnerre. Une fille va-t-elle chercher de pareilles figures de rhétorique?

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