‹ Commentaires sur CorneilleChapitre 116 sur 574 · Voyez tome XXXI, pages 305, 389, 554 et · texte numérisé non relu

Voyez tome XXXI, pages 305, 389, 554 et

112 REMARQUES SUR NICOIMÈDE.

Vers 9. Si vous faites état de cette nourriture, Donnez ordre qu'il règne.

Nourriture est ici pour éducation, et dans ce sens il ne se dit plus ; c'est peut-être une perte pour notre langue. Faire état est aussi aboli.

Vers M Vous offenseriez Testime qu'elle en fait.

On ne fait point l'estime : cela n'a jamais été français; on a de l'estime, on conçoit de l'estime, on sent de l'estime ; et c'est précisément parce qu'on la sent qu'on ne la fait pas. Par la même raison on sent de l'amour, de l'amitié ; on ne fait ni de l'amour, ni de l'amitié.

Vers 17. Je crois que pour régner il en a les mérites.

Ni ces expressions, ni cette construction, ne sont françaises ;

il en a les mérites pour régner I

Vers 23, Souffrez qu'il ait l'honneur de répondre pour moi.

Le roi Prusias, qui n'est déjà pas trop respectable, est peutêtre encore plus avili dans cette scène, où Nicomède lui donne, en présence de l'ambassadeur de Rome, des conseils qui ressemblent souvent à des reproches. Il est même assez étonnant que, connaissant la fierté de son fils et sachant combien ce disciple d'Annibal hait les Romains, il le charge de répondre à l'ambassadeur de Rome, qu'il croit avoir grand intérêt de ménager. Prusias n'a nulle raison de répondre à l'ambassadeur par une autre bouche, et il s'expose visiblement à voir l'ambassadeur outragé par Nicomède.

Il a commencé par dire à son fils : Vous êtes criminel d'État, vous méritez d'être puni de mort; et il finit par lui dire : Répondez pour moi à l'ambassadeur de Rome en ma présence ; faites le personnage de roi, tandis que je ferai celui de subalterne. C'est, au fond, une scène de lazzi : passe encore si cette scène était nécessaire; mais elle ne sert à rien. Prusias joue un rôle avilissant; mais celui de Nicomède est noble et imposant. Ces personnages plaisent toujours à la multitude, et révoltent quelquefois les honnêtes gens.

I C'est toujours un problème à résoudre, si les caractères bas

et faibles peuvent figurer dans une tragédie. Le parterre s'élève

contre eux à une première représentation. On aime à faire tom-

l ber sur l'auteur le mépris que lui-même inspire pour le person-

\nage; les critiques se déchaînent. Cependant ces caractères sont

jdans la nature : Maxime, dans Cinna; Félix, dans Polyeucle.

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