ACTE II, SCENE III
Vers 109. Seul je vous ôterai ce que je vous dois rendre; Disposez des moyens et du temps de le prendre.
Il lui parle de prendre ce qu'il lui doit rendre.
Vers 111. Quand vous voudrez régner, faites-m'en possesseur.
Faites-moi possesseur de ce que je dois vous rendre, quand vous pourrez le prendre. Tout cela est bien loin de la noblesse et de l'élégance que le style tragique demande.
Vers \ lo. Reposez-vous sur moi, seigneur, de tout son sort, Et n'en appréhendez ni l'hymen ni la mort.
N^ appréhendez ni l'hymen ni la mort de tout son sort. On ne peut écrire plus barbarement.
SCÈXE III.
Vers 3. Vous saurez les desseins de tout ce que j'ai fait;
cela n'est pas français : il faut les raisons, ou apprenez mes desseins et tout ce que f ai fait.
Vers 7. Faisons que son amour nous venge de Phocas.
Il paraît que Léontine n'a pris aucune mesure ; elle a une espérance vague qu'un jour Martian, se croyant Héraclius, pourra tuer son propre père Phocas ; mais elle n'est sûre de rien ; elle se repaît de l'idée d'un parricide, à quoi Eudoxe s'oppose très-raisonnablement.
D'ailleurs Léontine n'a qu'un intérêt éloigné à toute cette intrigue. Il n'est guère dans la nature qu'elle ait élevé Martian pour tuer un jour son père ; on ne médite pas un parricide de si loin. Aujourd'hui qu'il s'agit de faire régner Héraclius, il n'importe ixir quelles mains Phocas périsse. Un parricide n'est ici qu'une horreur inutile. A peine est-il question de ce parricide dans la pièce.
La fable a imaginé de telles atrocités dans la famille d'Atrée ; mais ce sont les personnages de cette famille qui les commettent eux-mêmes, emportés par la fureur de leur vengeance. Quand ils commettent ces parricides, quand Atrée fait mangera Thyeste ses propres enfants, c'est dans l'excès de l'emportement qu'inspire un outrage récent. Atrée ne médite pas sa vengeance vingt ans, ce serait froid et ridicule K Ici c'est une gouvernante d'enfants
1. Ceci est à l'adresse de Crébillon. Voyez, au tome VIT, la préface des Pélopides.
qui. sans aucun intérêt personnel, a livré son propre fils à la mort il Y a vingt ans, dans l'espérance que Martian, substitué à ce fils, tuerait dans vingt ans son père Phocas; cela n'est guère dans l'ordre des possibles.
Roniarquons surtout que les atrocités font effet au théâtre quand la passion les excuse, quand celui qui va tuer quelqu'un a dos remords 1, quand cette situation produit de grands mouvements. C'est ici tout le contraire. Il n'y a point de lecteur qui ne fasse aisément toutes ces réflexions ; mais au théâtre, le spectateur, occupé de l'intrigue, s'attache peu à démêler ces défauts, qui sont sensibles à la lecture.
Vers 23. Je sais qu'un parricide est digne d'un tel père; Mais faut-il qu'un tel fils soit en péril d'en faire?
Il semble qu'il soit en péril de faire des fils: cela se rapporte à parricide ; mais faire un parricide ne se dit pas ; on dit commettre wi parricide, faire un crime.
Vers 29. Dans le fils d'un tyran l'odieuse naissance Mérite que l'erreur arrache l'innocence.
La pensée n'est pas exprimée. La naissance ne mérite ni ne démérite. Il veut dire : Le fils d'un tyran ne mérite pas d'être vertueux ; et encore cela n'est pas vrai. (Toutes ces pensées subtiles, obscurément exprimées, choquent les premières lois de l'art d'écrire, qui sont le naturel et la clarté.
Vers 31. Et que, de quelque éclat qu'il se soit revêtu, Un crime qu'il ignore en souille la vertu.
La vertu de l'innocence ! Ces derniers vers sont vicieux ; on dit bien la vertu de la tempérance, de la modération, parce que ce sont des espèces de vertu ; l'innocence est l'exclusion de tous les vices, et non une vertu particulière.