‹ Commentaires sur CorneilleChapitre 23 sur 574 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Vers 6. Léontine a trompé Phocas, etc.

C'est ici que l'intrigue se noue plus que jamais : c'est une énigme à deviner. Ce Martian, cru Léonce, est-il fils de Maurice, ou de Phocas, ou de Léontine ? Le spectateur cherche la vérité ; il est très-occupé sans être ému. Ces incertitudes n'ont pu encore produire ces grands mouvements, cette terreur, ce pathétique, qui sontl'àme de la vraie tragédie ; mais nous ne sommes encore qu'au second acte. Il semble que l'on aurait pu tirer un bien plus grand parti de l'invention de Calderon ; rien n'était peut-être

[. Racine, Bajazet, acte II, scène m.

lîEMAROUES SUR HÉRAGLIUS.

plus tragique et plus singulier que de voir deux héros, élevés dans les forêts, dans la pauvreté, dans l'ignorance d'eux-mêmes, qui déploient à la première occasion leur caractère de grandeur. Ce sujet, traité avec la vraisemblance qu'exige notre théâtre, aurait reçu de la main de Corneille les beautés les plus frappantes ; mais un billet de Maurice, dans les mains de Léontine, ne peut faire ce grand effet. Cela exige des vers de discussion qui énervent le tragique et refroidissent le cœur; aussi la pièce est, jusqu'à présent, plutôt une affaire difficile à démêler qu'une tragédie.

Vers 12 Vous étiez en mes mains

Quand on ouvrit Byzance au pire des humains.

On sent bien qu'il fallait une expression plus noble que pire des humains.

Vers 19. Ce zèle sur mon sang détourna votre perte.

Ce vers est trop obscur. Comment détourne-t-on la perte d'un autre sur son sang ?

Vers 21. Mais j'offris votre nom, et ne vous donnai pas. Cette subtilité affaiblit le pathétique de l'image.

LÉONTINE , faisant un soupir.

Vers 27. Ah ! pardonnez de grâce, il m'écliappe sans crime.

Cela ne serait pas souffert à présent. Il était aisé de mettre : Pardonnez ce soupir, il mtchappe sans crime. Le mal est que ce soupir d'une mère est accompagné d'une dissimulation qui affaiblit tout sentiment tendre. Léontine ne se montre jusqu'ici qu'une intrigante qui a voulu jouer un rôle à quelque prix que ce fût.

Vers 28. J'ai pris pour vous sa vie, et lui rends un soupir.

n'est pas français ; il faut fai donné sa vie pour vous, et non pas fai pris.

Vers 34. Il nous fit de sa main cette haute fortune. hr sa main est de trop.

Vers 3G. Voilà ce que mes soins vous laissoient ignorer; Ht j'aUendois, seigneur, à vous le déclarer, Que, par vos grands exploits, votre rare vaillance Pût faire à l'uni /ers croire votre naissance, Et qu'une occasion pareille à ce grand bruit Nous pût de son aveu promettre quelque fruit.

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