‹ Commentaires sur CorneilleChapitre 24 sur 574 · ACTE II, SCÈNE VI. 3i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI. 3i

Rien n'est plus obscur que ces vers. Qu'est-ce qu'une occasion pareille à un bruit qui veut promettre quelque fruit d'un aveu? L'aveu de qui ? L'aveu de quoi? \e cessons de dire, pour l'instruction des jeunes gens, que la pre;nière loi est d'être clair.

Vers 42. Car comme j'ignorois que....

Il n'est pas permis d'écrire avec cette négligence en prose ; à plus forte raison en vers.

Ibid. notre grand monarque

En eût pu rien savoir, ou laisser quelque marque....

Quel style! Il veut dire : J'ignorais que Maurice avait pu laisser quelque marque à laquelle on pût reconnaître son fils.

Vers 46. Comme sa cruauté, pour mieux gêner Maurice, Le forçoit de ses fils à voir le sacrifice, Ce prince vit l'échange, et l'alloit empêcher; Mais l"acier des bourreaux fut plus prompt à trancher.

Forcer un père à voir égorger ses enfants, est-ce là simplement le gêner? j\*est-ce pas lui faire souffrir un supplice affreux? Que le mot propre est rare, mais qu'il est nécessaire !

Martian, qui s'est toujours cru fils de cette femme, et qui se voit en un instant fils de l'empereur Maurice, demeure muet dans une telle conjoncture : ce qui n'est ni vraisemblable, ni théâtral. Jusqu'ici ni Héraclius, ni Martian, n'ont été que deux instruments dont on ne sait pas encore comme on se servira. Martian laisse parler Exupère. Mais comment cet Exupère ne lui a-t-il pas parlé plus tôt ? Est-il possible qu'ayant eu ce billet naguère (le son cher parent, il ne l'ait pas porté sur-le-champ à Martian ou à Léonce? Il a conspiré, dit-il, sans en avertir celui pour lequel il conspire ! Il a agi précisément comme Léontine ; il a voulu tout faire par lui-même. Léontine et Exupère, sans se donner le mot, ont traité les deux princes comme des écoliers; mais cet Exupère est l'ami de Léonce, c'est-à-dire de Martian, cru Léonce: comment Léontine a-t-elle pu dire qu'elle ne le connaît pas? Il y a bien plus, cet Exupère possède ce billet important, par lequel une partie du secret de Léontine est révélée ; et il s'est mis à la tête d'une conspiration sans en parler à cette Léontine, qui s'est chargée de tout, qui se vante toujours d'être maîtresse de tout. Aucune de ces circonstances n'est croyable ; tout paraît amené de la manière la plus forcée. Comment Maurice allait-il empêcher l'échange? Ajoutez que fut plus prompt a trancher n'est

pas français : il faut un régime à trancher; ce n'est pas un verbe neutre.

Vers 50. l.a mort de votre fils arrêta cette envie,

Et prévint d'un moment le refus de sa vie.

Que veut dire le refus de sa vie? A quoi se rapporte sa vie? Qu'est-ce que la mort qui arrête une envie? Cela n'est ni élégant, ni français, ni clair.

Vers 52. iMaurice, à quelque espoir se laissant lors flatter...

Se laissant lors flatter à un espoir n'est pas français ; mais si cette faute se trouvait dans une belle tirade, elle serait à peine une faute. C'est la quantité de ces expressions vicieuses qui révolte.

Vers 53, S'en ouvrit à Félix, qui vint le visiter.

Quel était ce Félix ? Comment put-il visiter Maurice, que Pliocas tenait au milieu des bourreaux, et qui fut tué sur le corps de ses enfants? Venir visiter, expression de comédie.

Vers 60. Armé d'un tel secret, seigneur, j'ai voulu voir Combien parmi le peuple il auroit de pouvoir.

Quoi! cet Exupère a agi de son chef, sans consulter personne? Son premier devoir n'était-il pas d'avertir celui qu'il croit Héraclius, et de parler à Léontine? Va-t-on ainsi soulever le peuple, sans que celui en faveur duquel on le soulève en ait la moindre connaissance? Y a-t-il un seul exemple dans l'histoire, d'une conduite pareille? Tout cela n'est-il pas forcé ?fOn permet un peu d'invraisemblance quand il en résulte de beaux coups de théâtre et des morceaux pathétiques; mais la conduite d'Exupère ne produit que de l'embarras. Ce n'est pas assez qu'une pièce soit intriguée, elle doit l'être tragiquement. Ici Léontine ne fait qu'embrouiller une énigme qu'elle donne à deviner.

Vers 68. Sans qu'autres que les deux qui vous parloient là-bas, De tout ce qu'elle a fait sachent plus que Phocas.

On ne sait point qui sont ces deux qui parlaient là-bas, et qui n'en savaient pas plus que Phocas. Sans qu'autres que les deux, mots durs à l'oreille, cacophonie inadmissible dans le style le plus commun.

Vers 76. Surpris des nouveautés d'un tel événement....

Des nouveautés. Ce n'est pas le mot propre ; il fallait de la nouveauié; et cette expression eût encore été trop faible.

Page 1