ACTE III, SCÈNE IV
pas d'elle. Ce sont là des intérêts qui n'ont rien de grand ni d'attendrissant.
Vers 20. Sortez de mon esprit, ressentiments jaloux...
Rentrez dans mon esprit, jaloux ressentiments... Plus de Sertorius... Venez, Sertorius..., etc.
Il n'y a personne qui puisse souffrir cet apprêt, ces refrains, ces jeux d'esprit compassés. Cela ressemble un peu à ces anciennes pièces de poésie nommées chants royaux, ballades, virelais ; amusements que jamais ni les Grecs ni les Romains ne connurent, excepté dans les vers phaleuques, qui étaient une espèce de poésie molle et efféminée où les refrains étaient admis, et quelquefois aussi dans l'égiogue :
Ducite ab urbe domum, mea carmina, ducite Daphnim ^.
Vers 29. Plus de Sertorius. Hélas! quoi que je die,
Vous ne me dites point, seigneur, plus d'Emilie.
Cela serait à sa place dans une pastorale ; mais dans une tra-
gédie!
Vers 41. Ce qu'il vous fait d'injure également m'outrage; Mais enûn je vous aime, et ne puis davantage.
Ce qu'il fait cVinjure est un barbarisme; mais je vous aime et ne puis davantage déshonore entièrement Pompée. Le vainqueur de Mithridate ne devait pas s'avilir jusque-là.
Vers o9. Elle porte en ses flancs un fruit de cet amour, etc.
Ce détail domestique, cette confidence de Pompée, qu'il ne couche point avec sa nouvelle femme, et qu'elle est grosse d'un autre, sont au-dessous de la comédie.Yl^e telles na'ivetés qui succèdent à la belle scène de Pentrevue de Pompée et de Sertorius' justifient ce que Molière disait de Corneille, qu'il y avait un lutin qui tantôt lui faisait ses vers admirables, et tantôt le laissait travailler lui-même.
Vers 66. Rendez-le-moi, seigneur, ce grand nom qu'elle porte.
C'est le lutin qui fit ce vers-là ; mais ce n'est pas lui qui fit
pour celles de ma sorte.
Et ce nom seul est tout pour celles de ma sorte. 1. Virgile, Ed. VIII, v. 08.
Vers 80. Mais pour venger ma gloire, il me faut un époux.
Une femme qui dit que pour la venger il lui faut un mari dit une étrange chose. Corneille l'a bien senti en relevant cet aveu par ces mots : // ni en faut un illustre, et ce n'est peut-être pas encore assez.
Vers 82. Ah ! ne vous lassez point d'aimer et d'être aimée
est un vers d'églogue; et entre un mari et une femme, il est audessous de l'églogue.
Vers 85. Ayez plus de courage et moins d'impatience.
C'est au contraire, c'est Aristie qui doit dire à Pompée : Ayez 2)lus de courage; c'est lui seul qui en manque ici.
Vers 93. I\rais, tant qu'il pourra tout, que pourrai-je, madame ?
Ce vers humilie trop Pompée. Il y a des hommes qu'il ne faut jamais faire voir petits.
Vers 94. Suivre en tous lieux, seigneur, l'exil de votre femme. On ne suit point un exil, on suit une exilée.
Vers 96. Et rendre un heureux calme à nos divisions.
On rend le calme à un peuple agité et divisé, on ne rend point le calme à une division. Cela est impropre et forme un contre-sens. On fait succéder le calme au trouble, à l'orage; Tunion, la concorde, à la division. Corneille, dans ses vingt dernières pièces, ne se sert presque jamais du mot propre, ne parle presque jamais français, et surtout n'est jamais intéressant ; et cela tandis que la langue se perfectionnait sous la plume de tant de beaux génies du grand siècle, tandis que Racine parlait au cœur avec tant de chaleur, de noblesse, d'élégance, et dans un langage si pur.
Vers 101. Ce n'est pas s'affranchir qu'un moment le paroître.
Pour que ce vers fût français il faudrait ce n'est pas être affranchi que le paraître.
Vers 106. Perpenna, qui l'a joint, saura que vous en dire.
Ce vers familier, et la dissertation politique de Pompée avec sa femme, augmentent les défauts de cette scène. Le principal vice est dans le sujet, et je crois qu'il était impossible de mettre de la chaleur dans cette pièce.