‹ Commentaires sur CorneilleChapitre 240 sur 574 · ACTE IV, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II

Vers 3o. J'aime, et peut-être plus qu'on n'a jamais aimé.

Ce vers prouve encore que ceux qui ont dit que Corneille dédaignait de faire parler d'amour ses héros se sont bien trompés. Ce vers est d'autant plus déplacé dans la bouche de Sertorius qu'il n'a rien ditjiisqu'ici qui puisse faire croire qu'il ait une grande passion. [Rien ne déplaît plus au théâtre que les expressions fortes d'un sentiment faible ; plus on cherche alo à attacher, et moins on attache.

Et qu'est-ce qu'une reine qui est sensible à de nouveaux désirs, et qui entend des raisons et non pas des soupirs !

Et cette suivante qui n'entend pas bien ce qu'un soupir veut dire, et qui serait un meilleur truchement! Non, jamais on n'a rien mis de plus mauvais sur la scène tragique. On dira tant qu'on voudra que cette critique est dure; je dois et je veux la publier, parce que je déteste le mauvais autant que j'idolâtre le bon.

Vers 49. La voici. Profitez des avis qu'on vous donne,

Et gardez bien surtout qu'elle ne m'en soupçonne.

Profitez de mes avis, mais ne me nommez joas, discours de soubrette ridicule. A quoi sert cette froide scène de comédie? Mais il faut remplir son acte ; mais il faut donner à un parterre, souvent ignorant, grossier, et tumultueux, trois cents vers pour les cinq sous qu'on payait alors. Non, il faut bien plutôt ne donner que deux cents beaux vers par acte que trois cents mauvais. Il ne faut point prostituer ainsi l'art de la poésie. Il est honteux qu'il y ait en France un parterre où les spectateurs sont debout, pressés, gênés, nécessairement tumultueux. Peut-être c'est encore un mal qu'on donne des spectacles tous les jours : s'ils étaient plus rares, ils pourraient devenir meilleurs :

Voluptates commendat rarior usus^

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