SCÈNE II
Vers I . On m'a dit qu'Aristie a manqué son projet.
Cette scène, remplie d'ironie et de coquetterie, semble bien peu convenable à Sertorius et à Viriate. Les vers en paraissent auàsi contraints que les sentiments. Mais quand on voit ensuite Sertorius qui dit qu'il aime malgré ses cheveux gris, et qu'il a cru
-1. Juvénal, XI, 208.
^18 REMARQUES SUR SERÏORIUS.
qu'il ne lui en coûterait que deux ou trois soupirs, Sertorius paraît trop petit. Viriate d'ailleurs lui dit à peu près les mêmes choses qu'Aristie a dites à Pompée. L'une dit : Me voulez-vous? ne me voulez-vous pas? L'autre dit : M'aimez-vous? L'une veut que Pompée lui rende sa main ; l'autre, que Sertorius lui donne sa main. Pompée a parlé politique à sa femme ; Sertorius parle politique à sa maîtresse. Viriate lui dit : Vous savez que l'amour n'est pas ce qui me presse. L'un et l'autre s'épuisent en raisonnements. Enfin Viriate finit cette scène en disant :
Je suis reine; et qui sait porter une couronne, Quand il a prononcé, n'aime point qu'on raisonne.
C'est parler à Sertorius, dont elle dépend, comme si elle parlait à son domestique, et ce n'aime point qu'on raisonne est d'un comique qui n'est point supportable : la fierté est ridicule quand elle n'est pas à sa place.
Vers 8. Ce n'est pas en effet ce qui plus m'embarrasse, etc.
Obéir sans remise, une offre en l'air, assurer des nœuds, une frénésie poussée au dernier éclat.
Quels vers!- quelles expressions ! Et de petits écoliers^ oseront me reprocher d'être trop sévère ?
Vers 19. Et quand l'obéissance a de l'exactitude.
Elle voit que sa gloire est dans la promptitude.
Une obéissance qui a de Vexactitude !
Vers 29. Je n'ai donc qu'à mourir en faveur de ce choix.
Il n'y a guère, dans toutes ces scènes, d'expression qui soit juste ; mais le pis est que les sentiments sont encore moins naturels. Un vieux factieux tel que Sertorius doit-il dire à une femme qu'il mourra en faveur du choix qu'elle fera d'un autre?
1. « Ces écoliers, dit Palissot, dont Voltaire parle avec indignation, et qu'il eût affligés davantage en n'en parlant pas, étaient les écrivains à la semaine, qui, lorsque cet ouvrage parut, s'érigèrent tous en vengeurs de Corneille, moins par zèle pour sa mémoire que pour outrager Voltaire... Si l'on en croyait ces critiques, Théodore, Perttiaritc^ Attila même, étaient des ouvrages où le génie' de ce grand homme se montrait encore tout entier, et très-supérieurs aux meilleures tragédies de Voltaire, qui ne les avait décriés que par jalousie. Tel était le zèle de ces messieurs pour la gloire d'un mort qu'ils auraient outragé pendant sa vie. Mais d'où venait leur emportement contre Voltaire ? Du sentiment de leur médiocrité, qui les avertissait de son mépris. »