‹ Commentaires sur CorneilleChapitre 254 sur 574 · ACTE V, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE VI

Vers 40. Je n'y remettrai point le carnage et l'horreur.

On ne remet point le carnage dans une Tille comme on y remet la paix. Le carnage et l'horreur, termes vagues et usés qu'il faut éviter. Aujourd'hui tous nos mauvais versificateurs emploient le carnage et Thorreur à la fin d'un vers, comme les armes et les alarmes pour rimer. ,^ /"v..<-u. - .~<^.v^:> ^l

Versdern. Je suis maître, je parle; allez, obéissez. ,j '/i^^^^^K*. ^^^^ ^ ^■^.

Le froid qui règne dans ce dénoûment vient principalement du rôle Las et méprisable que joue Perpenna. Il est assez làclie pour venir accuser la femme de Pompée d'avoir voulu faire des ennemis à son mari dans le temps de son divorce, et assez imbécile pour croire que Pompée lui en saura gré dans le temps qu'il reprend sa femme.

Un défaut non moins grand, c'est que cette accusation contre Aristie est un faible épisode auquel on ne s'attend point.

C'est une belle chose dans l'histoire que Pompée brûle les lettres sans les lire; mais ce n'est point du tout une chose tragique : ce qui arrive dans un cinquième acte sans avoir été préparé dans les premiers ne fait jamais une impression violente.

Ces lettres sont une chose absolument étrangère à la pièce. Ajoutez à tous ces défauts contre l'art du théâtre quetfe supplice d'un criminel, et surtout d'un criminel méprisable, ne produit jamais aucun mouvement dans l'àme; le spectateur ne craint ni n'espère. Il n'y a point d'exemple d'un dénoûment pareil qui ait remué l'âme, et il n'y en aura point." Aristote avait bien raison, et connaissait bien le cœur humain quand il disait que le simple châtiment d'un coupable ne pouvait être un sujet propre au théâtre.

Encore une fois, le cœur veut être ému : et quand on ne le î rouble pas, on manque à la première loi de la tragédie.

Viriate parle noblement à Pompée ; mais des compliments Unissent toujours une tragédie froidement. Toutes ces vérités sont dures, je l'avoue; mais à qui dures? A un homme qui n'est plus. Quel bien lui ferais-je en le flattant? Quel mal, en disant vrai ? -\i-je entrepris un vain panégyrique ou un ouvrage utile ? Ce n'est pas pour lui que je réfléchis, et que j'écris ce que m'ont appris cinquante ans d'expérience : c'est pour les auteurs et pour les lecteurs. Quiconque ne connaît pas les défauts est incapable de connaître les beautés ; et je répète ce que j'ai dit dans l'examen de presque toutes ces pièces, que la vérité est préférable à Corneille, et qu'il ne faut pas tromper les vivants par respect

pour les morts. Je ne suis pas même retenu par la crainte de me voir soupçonné de sentir un plaisir secret à rabaisser un grand homme, dans la vaine idée de m'égaler à lui en l'avilissant : je me crois trop au-dessous de lui. Je dirai seulement ici que je parlerais avec plus de hardiesse et de force si je ne m'étais pas exercé quelquefois dans l'art de Corneille.

J'ai dit ma pensée avec l'honnête liberté dont j'ai fait profession toute ma vie, et je sens si vivement ce que le père du théâtre a de sublime qu'il m'est permis plus qu'à personne de montrer en quoi il n'est pas imitable.

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