‹ Commentaires sur CorneilleChapitre 32 sur 574 · ACTE m, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE m, SCENE I

n'est que dans sa faible tragédie cVAlcxandrc, où il voulait imiter Corneille, où il fait dire à Éphestion :

Fidèle confident du beau feu de mon maître ^

Vers 72. Régnez sur votre cœur avant que sur Byzance; Et, domptant comme moi ce dangereux mutin, Commencez à répondre à ce noble destin.

Ce dangereux mutin est une expression qui ne convient que dans une épigramme.

Vers 77. Et ce grand nom sans peine a pu vous enseigner Comment dessus vous-même il vous falloit régner.

Un grand nom qui enseigne comment il faut régner dessus soi-même ! Martian caché sous une aventure, et qui a pris la teinture d'une àme commune ! Que dincorrection ! que de négligence ! quel mauvais style !

Vers 81. Il n'est pas merveilleux si ce que je me crus Mêle un peu de Léonce au cœur d'Héraclius... C'est Léonce qui parle, et non pas votre frère.

Ce trait prouve encore la vérité de ce qu'on a dit, qu'on courait alors après les tours ingénieux et recherchés.

Vers 85. Mais si l'un parle mal, Fautre va bien agir.

Cela confirme encore la preuve que le mauvais goût était dominant, et que Corneille, malgré la solidité de son esprit, était trop asservi à ce malheureux usage ; il y a même du comique dans ces oppositions de Léonce avec Martian, et ce jeu de Léonce qui parle, avec Martian qui agit, ressemble à l'Amphitryon, qui rejette sur Tépoux d'Alcmène les torts reprochés à l'amant d'Alcmène. Ces artifices réussissent beaucoup plus dans le comique, et sont puérils dans la tragédie.

Vers 87. Je vais des conjurés embrasser l'entreprise,

Puisqu'une àme si haute à frapper m'autorise, Et tient que pour répandre un si coupable sang L'assassinat est noble et digne de mon rang.

Pulchérie n'a point dit cela. On peut hasarder que l'assassinat est peut-être pardonnable contre un assassin ; mais que l'assassinat soit digne du rang suprême, c'est une de ces idées monstrueuses qui révolteraient si leur extrême ridicule ne les rendait sans conséquence.

L Alexandre, acte II, scène i.

40 REMARQUES SUR HÈRACLIUS.

Vers 93. Puisqu'un amant si cher ne peut plus être à vous, Ni vous, mettre l'empire en la main d'un époux.

Ce vous se rapporte à peut, et est un solécisme ; mais, encore une fois, cette froide dissertation sur l'inceste est pire que des solécismes.

Vers 95. Épousez Martian comme un autre moi-même.

Remarquez toujours que cette combinaison ingénieuse d'incestes, cette ignorance où chacun est de son état, peuvent exciter l'attention, mais jamais aucun trouble, aucune terreur.

Vers 97. Ne pouvant être à vous, je pourrois justement

Vouloir n'être à personne, et fuir tout autre amant; Mais on pourroit nommer cette fermeté d'âme Un reste mai éteint d'incestueuse flamme.

Toute cette scène est une discussion qui n'a rien de la vraie tragédie. Pulchérie craint qu'on ne nomme sa fermeté d'âme, reste (l'inceste !

Vers 125. Outre que le succès est encore à douter.

Outre que ne doit jamais entrer dans un vers héroïque, et le succcs est à douter est un solécisme. On ne doute pas une chose, elle n'est pas doutée. Le verbe douter exige toujours le génitif, c'est-à-dire la préposition de.

Vers 129. Ah! combien ces moments de quoi vous me flattez, Alors pour mon supplice auroient d'éternités !

On n'a jamais dû, dans aucune langue, mettre le mot d^éternité au pluriel, excepté dans le dogmatique, quand on distingue mal à propos l'éternité passée et l'éternité à venir ; comme lorsque Platon 1 dit que notre vie est un point entre deux éternités : pensée que Pascal a répétée, pensée sublime, quoique dans la rigueur métaphysique elle soit fausse.

Remarquez encore qu'on ne peut dire ces moments de quoi vous me flattez : cela n'est pas français ; il faut ces moments dont vous me flattez. Remarquez qu'une haine ne voit point l'erreur do sa tendresse, car comment une haine aurait-elle une tendresse ? Pulchérie dit encore que sa haine a les yeux mieux ouverts que celle de Martian. Quel langage ! Et qu'est-ce encore qu'une mort

1. Ce n'est point Platon, mais Mercure Trismégiste : voyez II faut prendre un parti (dans les Mélanges, année 1772).

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