‹ Commentaires sur CorneilleChapitre 33 sur 574 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

propice à former de beaux nœuds, et qui purifie un objet? Il n'est pas permis d'écrire ainsi.

SCÈXE II.

Vers 1. Quel est votre entretien avec cette princesse? Des noces que je veux ?

Ce mot noces est de la comédie, à moins qu'il ne soit relevé par quelque épitliète terrible ; le reste est très-tragique, et c'est ici que le grand intérêt commence. Le tyran a raison de croire que Martian son fils est Héraclius. Voilà Martian dans le plus grand danger, et l'erreur du père est tliéàtrale.

Vers 9. Si vous aimez mon fils, faites-le-moi connoître,

— Vous le connoissez trop, puisque je vois ce traître.

On pourrait dire que Martian se hâte trop d'accuser Exupère. Il peut, ce semble, penser quExupère, qui est de son côté à la tète de la conspiration, trompe toujours le tyran, autant que soupçonner qu'Exupère trahit son propre parti : dans ce doute, pourquoi accuse-t-il Exupère ?

Vers 33. La mort n'a rien d'affreux pour une âme bien née; A mes côtés pour toi je l'ai cent fois tramée.

On voit la mort, on l'afi'ronte, on la brave, on ne la traîne pas.

Vers 37. Tu prends pour me toucher un mauvais artifice.

On ne prend point un artifice; c'est un barbarisme.

Vers 43. Et se désavouant d'un aveugle secours,

Sitôt qu'il se connoît il en veut à mes jours.

Cela n'est pas français ; on désavoue un secours qu'on a donné, on dément sa conduite, on se rétracte, etc., mais on ne se désavoue pas. Désavouer n'est point un verbe réciproque, et n'admet point le de.

Vers 53. Que ferois-tu pour moi de me laisser la vie?

C'est un solécisme; il faut en me laissant la vie. Vers o7. Pour ton propre intérêt sois juge incorruptible.

Incorruptible n'est pas le mot propre ; c'est inexorable.

Vers 65. Je me tiens plus heureux de périr en monarque Que de vivre en éclat sans en porter la marque.

Toujours monarque et marque. On ne dit pas vivre en éclat, encore moins porter la marque.

42 REMARQUES SUR HÉRAGLIUS.

Vers l'h. Faites-le retirer en la chambre prochaine,

Crispe, et qu'on me l'y garde, attendant que mon choix, Pour punir son forfait, vous donne d'autres lois.

Attendant que mon choix; ce n'est pas là le mot propre. Il veut dire : on attendant que j'en dispose, en attendant que tout soit éclairci. Du reste on sent assez que cette scène est grande et pathétique. Il est vrai que Pulcliérie y joue un rôle désagréable ; elle n'a pas un mot à placer. Il faut, autant qu'on le peut, qu'un personnage principal ne devienne pas inutile dans la scène la plus intéressante pour elle^

Page 1