‹ Commentaires sur CorneilleChapitre 38 sur 574 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Cette scène entre Exupère et Amintas est faite exprès pour jeter le public dans l'incertitude. Il s'agit du destin de l'empire, de celui d'Hérachus, de Pulchérie, et de Martian. La situation est violente ; cependant ceux qui se sont chargés d'une entreprise si périlleuse n'en parlent pas; ils disent qu'ils sont en faveur, et qu'ils feront des jcdoux; ils parlent d'une manière équivoque, et uniquement de ce qui les regarde. îles personnages subalternes n'intéressent jamais, et affaiblissent l'intérêtj qu'on prend aux

46 REMARQUES SUR HÉRAGLIUS.

principaux. Je crois que c'est la raison pourquoi Narcisse est si mal reçu dans Britannicus quand il dit^ :

La fortune t'appelle une seconde fois.

On ne se soucie point de la fortune de Narcisse; son crime excite l'iiorreur et le mépris; si c'était un criminel auguste, il imposerait. Cependant combien est-il au-dessus de cet Exupère! Que la scène où il détermine Néron est adroite, et surtout qu'elle est supérieurement écrite! Comme il échauffe Néron par degrés! Quel art, et quel style !

Vers I. Nous sommes en faveur, ami, tout est à nous. L'heur de notre destin va faire des jaloux.

Ces deux vers d'Exupère sont d'un valet de comédie, qui a trompé son maître, et qui trompe un autre valet.

Page 1