‹ Commentaires sur CorneilleChapitre 44 sur 574 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

Vers 77. Vous voyez quels eiîets en ont été produits.

Cet m est vicieux, et le vers est trop faible.

Vers 82 Ah! ciel! quelle est sa ruse ?

Ce mot ruse ne doit point entrer dans le tragique, à moins qu'il ne soit relevé par une épitliète noble.

Vers 93. Elle a pu l'abuser et ne l'abuser pas.

Cette ressemblance affectée avec ce vers : Elle a pu les changer et ne les changer pas, est un peu trop du style de la comédie.

Vers 94. Tu vois comme la fille a part au stratagème.

Vers de comédie. Otez les noms d'empereur et de prince, l'intrigue en effet et la diction ne sont pas tragiques jusqu'ici; mais elles sont ennoblies par l'intérêt d'un trône, et par le danger des personnages.

Vers 102. Ami, rends-moi mon nom, la faveur n'est pas grande; Ce n'est que pour mourir que je te le demande, etc.

Ici le dialogue se relève et s'échauffe ; voibà du tragique. Vers 109. Et nos noms au dessein donnent un divers sort

est obscur, parce que sort n'est pas le mot propre; il veut dire : Nos noms mettent une grande différence clans notre action; mais cette différence n'est pas le sort.

Vers HO. Dedans Héraclius il a gloire solide,

Et dedans Martian il devient parricide.

Il a gloire n'est pas permis dans le style noble ; il devait dire : Cest dans Héraclius une gloire solide.

Vers 112. Puisqu'il faut que je meure, illustre ou criminel.

Illustre n'est pas opposé à criminel, parce qu'on peut être un criminel illustre.

Vers 113. Couvert ou de louange ou d'opprobre éternel

n'est pas français; il faut cVun opprobre éternel. ïï opprobre est ici absolu, et ne souffre point d'épi tliète; et on ne peut dire couvert de louange, comme on dit couvert de gloire, de lauriers, d'opprobre, de honte. Pourquoi? C'est qu'en effet la honte, la gloire, les lauriers, semblent environner un homme, le couvrir. La gloire couvre de ses rayons, les lauriers couvrent la tête; la honte, la rougeur, couvrent le visage; mais la louange ne couvre pas.

52 REMARQUES SUR HÉRAGLIUS.

Vers lie. Mon nom seul est coupable...

C'est là, ce me semble, une très-noble hardiesse d'expression. Vers '118. Il conspira tout seul, tu n'en es pas complice.

On ne peut pas dire qu'un nom a conspiré. Tu n'en es pas complice est une petite faute.

Vers 1 22. Et lorsque contre vous il m'a fait entreprendre, La nature en secret auroit su m'en défendre.

Ce verbe entreprendre est actif, et veut ici absolument un réo-ime. On ne dit point entreprendre pour conspirer.

^y^ ^. C'est parler très-bien que de dire : Je sais méditer, entreprendre et agir, parce que alors entreprendre, méditer, ont un sens indéfini. lien est de même de plusieurs verbes actifs qu'on laisse alors sans régime. Il avait une tête capable d'imaginer, un cœur fait pour sentir, un bras pour exécuter ; mais j'exécute contre vous, j'entreprends contre .vous, f imagine contre vous n'est pas français. Pourquoi ? Parce que ce défini contre vous fait attendre la chose qu'on imagine, qu'on exécute, et qu'on entreprend. Vous ne vous êtes pas expHqué. Voyez comme tout ce qui est règle est fondé sur la nature.

Vers 129. Juge sous les deux noms ton dessein et tes feux n'est pas français. Il faut un de . Juger, avec un accusatif, ne se dit que quand on juge un coupable, un procès; on juge une action bonne ou mauvaise. De plus, ce vers est obscur : juge ton dessein et tes feux sous les deux noms.

Vers 132. Et n'eût pas eu pour moi d'horreur d'un grand forfait.

Pour moi n'est pas français ainsi placé ; il veut dire n'eût pas eu horreur de me rendre parricide.

Vers 136. Ce favorable aveu dont elle t'a séduit

T'exposoit aux périls pour m'en donner le fruit.

On ne peut pas dire elle t'a séduit d'un aveu, il faut par un aveu; et aveu n'est pas ici le mot propre, puisque Héraclius regarde cette confidence comme une feinte.

Avertissons toujours que ces fautes contre la langue sont pardonnables à Corneille.

Boileau a dit\ et répétons encore après lui ;

Sans la langue, en un mot, l'auteur le plus divin Est toujours, quoi qu'il fasse, un méchant écrivain.

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