ACTE IV, SCÈNE IV
Cela est vrai pour quiconque est venu après Corneille, mais non pas pour lui, non-seulement à cause du temps où il est venu, mais à cause de son génie.
Vers 140. Hélas! je ne puis voir qui des deux est mon fils, etc.
Ce que Phocas dit ici est bien plus intéressant que dans Calderon, et les quatre derniers beaux vers: 0 malheureux Phocas! font, je crois, une impression bien plus touchante, parce qu'ils sont mieux amenés. Phocas, dans l'espagnol, dit aux deux princes: Es-tu mon fils ? Tous deux répondent à la fois : Non ; et c'est à ce mot que Phocas s'écrie : 0 malheureux Phocas ! 0 trop heureux Maurice ^ ! etc.
Cette manière est fort belle, j'en conviens ; mais n'y a-t-il rien de trop brusque ? Ces quatre beaux vers de Calderon ne sont-ils pas un jeu d'esprit? Il trouve d'abord que Maurice a deux fils, et que lui n'en a plus : cette idée ne demande-t-elle pas un peu de préparation ? Quand les deux enfants ont répondu non, la première chose qui doit échapper à Phocas, n'est-ce pas une expression de douleur, de colère, de reproche? J'avoue que le non des deux princes est fort beau, et qu'il convient très-bien à deux sauvages comme eux.
On peut dire encore que pour vivre après toi, pour régner après moi, n'a pas l'énergie de l'espagnol. Ces deux fins de vers après toi, après moi, font languir le discours. Calderon est bien plus précis :
Ah, venttiroso Mauricio!
Ah, infeliz Phocas, quien vio
Que para reynar no quiera
Ser hijo de mi valor
Une, y que quieran del tuyo
Ser lo para morir dos!
Vers 156. De quoi parle à mon cœur ton murmure imparfait? Ne me dis rien da tout, ou parle tout à fait.
Ces deux beaux vers de cette admiralde tirade ont été imités par Pascal, et c'est la meilleure de ses pensées-. Cela fait bien