De la Bastille
jésuite va au père de famille : « xMonsieur, voici un homme qui a un effet dont il refuse cent mille écus. »
Un bonhomme de cocu dit, en voyant les souliers du galant de sa femme auprès du lit : « Je fus si outré que peu s'en fallut que je ne déchirasse les souliers. )>
(( Qui nous f... là? disait la reine Christine. — Madame, c'est votre trompette. »
Platon dit que les âmes des parfaits amants sont les plus récompensées après la mort, et celles des tyrans les plus punies.
Testament d'un Croy, archevêque de Cambrai : u Je laisse à mes bâtards nés et à naître, si Dieu m'en fait la grâce, etc. »
Il y a en espagnol une comédie d'Adam. Ce premier homme ayant fait une longue harangue à Dieu. « Vraiment, dit Dieu, je me repens fort d'avoir fait un enfant si bavard. )>
Un pauvre demandait l'aumône insolemment, au nom de Jésus-Christ : « Prenez garde de finir comme lui! »
Il y avait trois dames de Pons assez laides à la cour; on disait que c'étaient des ponts sans garde-fous, parce que personne ne voulait passer dessus.
Votre savant est bien plus savant que notre savant; mais notre ignorant est bien plus ignorant que votre ignorant.
Newton disait qu'un Anglais avait converti sa première femme, mais n'avait pas pu venir à bout de la seconde, parce que ses arguments avaient plus de force autrefois.
(( On serait heureux, disait un vieux b , si les femmes
n'étaient jamais venues en France. »
Les hommes parlent souvent très-bien de ce qu'ils ne connaissent guère.
Molière, qui était cocu, n'a pas mieux parlé des cocus que Corneille, qui n'a jamais été à la cour, n'a parlé des rois.
Les livres de mauvais goût aujourd'hui sont bien plus dangereux qu'autrefois, parce qu'il y a toujours du bon et quelquefois même des traits admirables. Du temps de Corneihe, Hardy ne pouvait gâter personne, mais Marivaux peut gâter.
Un voleur dépouillait un homme, qui l'aidait afin d'être plus tôt débarrassé de lui. Le volé déchirait sa cravate : « Comment, coquin, dit le voleur, tu déchires notre cravate! »
Co7Uradictions.
Les comédiens déclarés infâmes, mais ils ne dérogent pas. Samson joué à la Comédie italienne, défendu à l'Opéra.
Gros livres écrits pour prouver que nous sommes malheureux, et que tout annonce ici la colère de Dieu.
Gros livres pour prouver que tout annonce sa bonté.
Usure défendue. Le clergé emprunte 15,000 livres dont il paye le revenu et rembourse le capital par le même contrat en
Les bons livres et les bons remèdes guérissent quelques personnes.
En venant au monde, on pleure et on réjouit, il faut rire en mourant et faire pleurer.
Ce que je sais est pour moi. Qu'importe-t-il aux autres? Un paysan, un barbare, m'estimera-t-il plus grand quand j'aurai lu Newton? Un courtisan est un paysan doré.
Le Persan Mercoud rapporte qu'Alexandre répondit à ceux qui le faisaient descendre de Jupiter : u J'ai plus d'obligations à Aristote : Jupiter m'a fait descendre du ciel en terre, et Aristote me fait remonter de la terre au ciel. »
Les jésuites ont fait brûler Bayle à Bar-le-Duc en 1744.
Moïse dit qu'avant la création la terre était bohu-tohu.
Musique d'église. C'est rechercher le plaisir des sens dans les devoirs d'un culte établi pour le combattre.
Goltzius, dans l'estampe de Lucrèce, a mis le collier de la Toison d'or au cou de Tarquin.
Balzac dit au cardinal de Retz qu'il prend le sceptre des rois et la livrée des roses; qu'il se sauve à la nage au milieu des parfums. Voilà son style.
Il dit à Boisrobert : « Je ne sais pas si je ferai des livres, mais je sais bien qu'en ce que je ferai, la douceur et la majesté paraîtront en un si juste tempérament que personne n'y trouvera rien de lâche ni de farouche. Si j'ai quelque bonne qualité en moi, elle paraît si peu au dehors qu'il faudrait m'ouvrir l'estomac pour la trouver. >^
L'espérance est un aliment de notre àme, toujours mêlé du poison de la crainte.
On a trouvé, en bonne politique, le secret de faire mourir de faim ceux qui, en cultivant la terre, font vivre les autres.
Quand les mahométans tuent un mouton, ils disent : a Je te tue au nom de Dieu. » Vraie devise des guerres de religion.
Il faut, dans le gouvernement, des bergers et des boucliers.
Tout est égal. Si le bonheur était attaché à l'opulence, celui qui a dix millions serait dix mille fois plus heureux, de compte fait, que celui qui n'a que mille pistoles.
Pourquoi les peintres, qui représentent des héros, ne sont-ils point infâmes, et que les comédiens, qui les représentent d'une manière bien supérieure, sont déshonorés pour leur art même ? Il est plaisant qu'on excommunie celui qui représente cela avec des lambrequins, parce que la ressemblance est plus parfaite. J'aimerais autant qu'on excommuniât le cercle de cire de la reine.
Altri tempi, aUre cure. M'"^ de Popoli crut que cela voulait dire ; Autres temples, autres curés.
Confacius. — Sentences.
L'homme de bien est comme l'archer, qui n'atteint pas toujours au but, mais qui ne s'en prend qu'à lui.
Un pauvre Chinois, que sa mère fouettait tous les jours et qui ne pleurait point, pleura une fois : « Ah! dit-il, c'est que ma mère n'a pas pu me fouetter fort aujourd'hui; elle baisse, elle mourra bientôt. »
Jeûner, prier, vertu de bonze; secourir, vertu de citoyen.
Bans la secte des lettrés la probité règne. Chez le peuple il y a des vices : c'est qu'ils sont gouvernés par des bonzes.
La religion est comme la monnaie : les hommes la prennent sans la connaître.
Un Byzantin vint haranguer à Athènes ; il n'avait que quatre pieds de haut, on se met à rire : « Messieurs, dit-il, voilà bien de quoi rire! J'ai une femme qui est plus petite que moi d'un pied; cependant, quand nous faisons mauvais ménage, la maison n'est pas assez grande, etc. »
Histoire de Siam.
Un Siamois vit pour deux liards {chose difficile à croire).
Leurs talapoins vivent comme les plus réguliers de nos moines.
Le roi se peint la moitié du corps en bleu.
Les dépens d'un procès y sont taxés.
Le roi condamne à mort très légèrement.
Le pays est pauvre, quoi qu'on ait dit ; l'industrie médiocre.
Les Siamois ont un peu d'astronomie.
Ils ne paraissent pas venir des Chinois.
Ils font de la menuiserie sans clous.
Leur vernis est fort beau : ils en envoient à la Chine.
Les rêves sont les intermèdes de la comédie que joue la Raison humaine. Alors l'Imagination, se trouvant «eule, fait la parodie de la pièce que la Raison jouait pendant le jour.
Prier Dieu, c'est se flatter qu'avec des paroles on changera toute la nature.
Segrais disait que l'envie de se faire religieux est la petite vérole de l'espril, qui prend d'ordinaire vers les quinze ans.
Dans la compagnie des Caraques, saint Ignace est intéressé pour cinq cents pesos.
L'étendard de saint Antoine de Padoue étant perdu, en Portugal, tout le monde s'enfuit.
Guerre civile à Constantinople pour savoir si la lumière du Thabor était créée ou non créée.
Le comte de Schomberg ayant mis sa fille dans un couvent à Francfort, elle représenta une comédie française.
Le prince de Carignan, le sourd, en se mariant, remercia son gouverneur de lui avoir appris à pisser joyeusement.
Un Croy, archevêque de Cambrai, laisse tant à ses bâtards, et réserve cent miflle francs pour ceux que Dieu lui fera la grâce de lui donner. Le testament est dans les Archives de Cambrai.
M. de Lassay dit, dans ses Mémoires : » A force de rêver aux
choses à quoi je suis propre, j'ai trouvé que je n'étais bon qu'à être roi. »
Un des plus singuliers tours de friponnerie que je connaisse est celui du prétendu comte de Moncade, qui se fit chercher et découvrir à la Haye par le marquis de Saint-Gilles.
Un plaisant conte, à mon gré, est celui de deux époux n'ayant qu'un petit pot de chambre à eux deux : le mari enfin pissa dans une bouteille, la femme y fit mettre un entonnoir, etc. C'est, je crois, le conte du repas de la grue.
Selon Montaigne, saint Augustin avait vu un homme qui commandait à son derrière autant de pets qu'il en voulait.
Conte. '
Jésus, Pierre et Judas n'ont qu'une oie à souper. Jésus dit : (( C'est trop peu! Couchons-nous, et celui qui aura fait le plus beau songe mangera l'oie. — J'ai songé que j'étais dans le ciel, à la droite de Dieu, dit Pierre. — Et moi, dit Jésus, j'ai songé que tu étais à ma droite. — Moi, dit Judas, j'ai songé que j'ai mangé l'oie. » En effet, le coquin l'avait mangée.
(( Jugez ce coup de piquet, dit le roi au comte de Grammont. — Vous avez tort, sire, dit le comte. — Mais vous ne savez pas encore ce dont il s'agit, dit le roi. — Ah ! sire, si vous aviez raison, tous ces messieurs ne vous l'auraient-ils pas dit? »
Question.
Un homme se méprend et fait enterrer une femme qu'il croit sienne, fait marché avec le curé à dix écus, va chez une de ses pratiques demander de quoi faire enterrer sa femme : il la retrouve et en est battu. Le curé, qui a fait prix, demande ses dix écus.
Un autre arrive avec une lettre de crédit et meurt; son ami prend la lettre et la porte au banquier : a Je suis mort », dit-il, etc.
Corneille dédia Ciwia à Montoron, et compara Montoron à Auguste. 0 pauvre Corneille !
Religio}i.
Les Sadacéens chez les Juifs niaient l'immortalité de Uàme; ils niaient les anges, quoique TÉcriture en parle à chaque ligne. Cependant ils jouissaient de tous les privilèges de citoyens.
xMoïse n'admettait pas l'immortalité de l'âme.
Rome, qui prenait autrefois les dieux de tous les peuples, en donne aujourd'hui à l'univers.
Les généraux ont été irréligieux fort à propos. Sjila, quand on lui dit que le temple de Delphes, qu'il pille, résonne de la lyre d'Apollon, dit que la musique est signe de réjouissance.
Un autre fait noyer les poulets sacrés, afin qu'ils hoivent, ne pouvant manger.
Un autre coupe la harbe d'or d'Esculape, disant qu'il n'est pas juste que le fils ait barbe, quand son père Apollon n'a pas poil au menton.
Le comte de Konismare fait fondre à Prague les douze apôtres, et leur dit que leur devoir est de voyager.
Le capitaine Levi prend un collier à la Vierge Marie : « Vous êtes trop coquette, ma cousine ».
Beau mot de Marc-Aurèle : « Nous n'avons pas vécu de façon à craindre les dieux ».
Épicure était un vrai sage. « Quoi que tu entreprennes, dit-il, mets-toi toujours devant les yeux un homme de bien. »
Un poëte arabe finit un de ses poëmes par tourner en ridicule les chrétiens, les musulmans, les juifs et les païens. « Le monde est composé, dit-il, de gens habiles qui n'ont point de religion, et de sots qui en ont. »
Vingt-cinq mille hommes tués par ordre de Moïse.
Pour l'honneur de Dieu, Aod assassine le roi des Philistins.
Judith assassine Holopherne.
Samuel tue sur l'autel le gros roi Agag, malgré Saûl.
Que dirait-on d'un évéque espagnol qui eût tué François I" entre les bras de Charles-Quint parce qu'il était l'allié des Turcs?
Ravaillac se confessa au Père Daubigny.
oSâ APPENDICE.
Steplian voulut assassiner George P'. On lui offrit sa grâce, il n'en voulut point.
Que d'attentats contre Guillaume prince d'Orange !
Papes.— Excommunications.
Quand saint Etienne excommunia saint Cyprien, les évêques (le Cartilage n'en restèrent pas moins attachés à leur saint.
Rome était la métropole, la mère de toutes les villes chrétiennes d'Occident ; ainsi ses filles la respectaient. Mais, en Orient, Constantinople, Alexandrie, étaient ce qu'était Rome.
Valentinien III publia une loi par laquelle on devait obéir aux décrets de l'évêque de Rome, en 455,
Quand les Francs dominèrent dans les Gaules, la loi de Valentinien fut abrogée d'elle-même, et, sous nos princes chrétiens, les évêques firent cour dans Rome. Les rois de la première race conférèrent tous les grands bénéfices.
L'usurpateur Pépin consulta le pape pour savoir s'il pouvait en conscience détrôner le roi Childéric: le pape Zacharie délia les sujets du serment de fidélité. Reau secret !
Etienne V, à son entrevue avec Louis le Débonnaire à Reims, le baise sur la bouche : depuis, les rois baisèrent la pantoufle.
Quando il culo ?
Grégoire IV commence à lever la tête contre ce pauvre Louis le Débonnaire; mais les évêques, qui voulaient être les maîtres, repondirent au pontife : Si cxcommunicaturus veniet, excommunicatus abibit.
Les évêques déposèrent le bon roi deux fois, et le bon roi avait fait crever les yeux à son petit-fils... Il était cocu par un nommé Rernard. C'est le moine Vala qui le dit; on ne connaît son livre que depuis 1677.
Sous Charles le Simple, Etienne VII déterre Formose, son prédécesseur, lui coupe les doigts et le jette dans le Tibre.
Jean XII, fils d'Albéric, consul, qui voulait rétablir la République, fut pape à dix-huit ans; fou, scandaleux, déposé, revient à Rome renouveler les proscriptions de Sylla; meurt ivre en 961. ïl s'appelait Octavien Spork.
Depuis Charlemagne jusqifà l'empereur Henri III, pendant deux cent soixante ans, les papes sujets des empereurs.
D'abord, en 1066, Alexandre II, dans un concile, ôteaux empereurs le droit de confirmer 1 "élection des papes, droit établi depuis Constantin pendant six siècles. Enfin, vers Fan 1073, Grégoire VII (moine Hildebrand) ose citer l'empereur son maître à Rome, au sujet des investitures.
Grégoire VII excommunie Henri IV, le dépose, ordonne aux princes de l'empire d'en élire un autre.
Grégoire VII excommunie Boleslas, roi de Pologne.
Urbain second, successeur de cet insolent, arme le fils de l'empereur contre son père ; des archevêques déposent ce pauvre prince, grand homme d'ailleurs ; il fuit à Liège et y meurt.
Jean XV menace Hugues Capet, interdit les évêques qui avaient déposé l'archevêque de Reims.
Célestin III excommunie Philippe-Auguste et son royaume.
Les papes ont érigé en royaumes la Pologne, la Hongrie, l'Irlande, Xaples, le Portugal; ont fait les ducs de Toscane grands ducs, ont réglé les rangs.
Chapeau rouge aux cardinaux, à Lyon, en rU6 ; l'habit rouge sous Paul II, en U65.
D'abord seize, puis vingt-quatre.
Léon X en fait soixante-dix.
Les chevaliers de Malte institués par un Français, Jean du Puy; les chartreux par Bruno, au xr siècle; les prémontrés, par Norbert.
Remarques historiques.
L'Europe plus éclairée, plus policée, plus heureuse, plus féconde en grands hommes, que sous les Romains.
Il n'y a aucun peuple qui les égale, mais tous les hommes de l'Europe d'aujourd'hui sont autant au-dessus de tous les hommes d'alors que Rome ancienne est au-dessus de Rome moderne.
Du temps de Charles VI, on proposait trois sujets au roi pour des bénéfices et pour places de robe.
L'obélisque de Rome est celui de Ramessès, selon Biauchini.
L'abbé Dayet a eu dix mille francs et une abbaye du cardinal, pour un chiffre.
Le cardinal d'Auvergne, abbé de Clnnj (propter dunes), écrivait à M. de Valence qu'il voulait aller chez lui, et qu'il ne voulait qu'un bon et grand lit; M. de Richelieu mit un v à la place de l.
Le cardinal de Fleury a fait l'inscription de la fontaine de Bouchardon.
Un lecteur lisait que Dieu apparaît en singe à Abraham. « Lis donc en songe. — Ah ! monsieur, il ne l'eût jamais reconnu... »
(( Quinze personnes avec quatre mille pains et deux mille poissons. — Dis donc cinq mille hommes avec deux pains et quatre poissons. — Ah! monsieur! on rirait bien davantage. »
Mon oncle, à qui on avait ordonné quinze pilules, est mort à la troisième. « Eh ! mon Dieu ! qu'eût-ce été s'il eût pris les quinze? »
La cause de la décadence des lettres vient de ce qu'on a atteint le but ; ceux qui suivent veulent le passer.
Chaque peuple a, à la longue, son grand homme en tout genre ; grand homme Dieu sait comment. On fait sa statue d'or, en jetant au rebut les autres métaux dont cette idole est composée, et on croit son homme parfait. Ainsi Homère passe pour être sans défauts.
On aime la gloire et l'immortalité, comme on aime les enfants posthumes.
Le père Bouhours compare Alexandre à Xavier, et César à Isrnace.
Platon {République).
Ceux qui ont passé leur vie sans penser sont comme des forçats enchaînés le dos tourné contre la lumière, ne voyant que les ombres des choses, et croyant que ce sont ces ombres qui font tout le bruit. Si on les délivrait et qu'on leur montrât les choses relies, ils commenceraient par douter, etc.
Il se plaint que chez les Grecs il y avait plus de musiciens que de gens d'esprit, plus d'oreilles que d'âmes.
Il se sert d'un bien mauvais argument pour prouver l'immortalité de l'âme : « Les maladies des corps les détruisent ;
mais les maladies de l'àme ne la détruisent point : elle n'est pas moins âme pour être ignorante, méchante, etc. »
Il dit que le vice est le pur effet de la volonté libre.
Cicéron, dans sa lettre à Fétus, lui reproche de ne point souper ; il dit que le souper est nécessaire, surtout dans la guerre civile.
Superstition est de tous les temps : Xénophon, dans la retraite des Dix-mille, dit qu'on fut incommodé du vent de bise, et qu'on sacrifia au vent. Le jeune Cyrus, à la tête de son armée et en présence de l'ennemi, demande à son astrologue quand il y aura bataille.
Le fils du Tunet de Bruxelle, Comme monsieur son père, excelle A gouverner un opéra.
Il se conduit par telle route Que bientôt le nôtre fera, Comme à Bruxelles, banqueroute.
Louis XII comparait les gentilshommes ruinés en équipages à Actéon mangé par les chiens.
Défense de faire sortir de l'argent. — Ordre à nos sujets de ne point payer leurs dettes.
Tous les bons mots renouvelés.
Apulée conte qu'ayant gardé le corps d'un homme par ordre de sa femme, il lui dit : u Je suis prêt à vous rendre le même service quand il vous plaira. »
La Le Maure, ayant chanté aux noces de M™" de Forcalquier, lui dit : « Je me ferai toujours un plaisir de chanter à toutes vos noces. ))
Histoire.
Presque toute incertaine avant la renaissance des lettres.
Tout est prodige chez Hérodote, chez Tite-Live, et, à la honte de notre siècle, il y en a beaucoup chez Mézeray : il parle sérieusement de la sainte ampoule et de la mission de la Pucelle.
Comment imaginer trois cent mille occis à la bataille entre Abdérame et Charles Martel ?
Comment cent mille Normands en bateau pour venir conquérir la France? Comment ces milliasses de croisés?
Comment attribuer à Joinville une bistoire qu'il aurait écrite à quatre-vingt-dix ans? On y dit que le Jourdain vient des sources Jour et Dain;
Que les nuits sont beaucoup plus courtes en Egypte qu'en France au mois d'août, etc.;
Que les eaux du Nil se répandent à la Saint-Rémy ;
Que Babylone est la capitale de l'Egypte;
Qu'il a vu le prétendu feu grégeois;
Que le connétable de Cliypre se confesse à lui ;
Qu'il a vu le corps de la Magdelaine à la Sainte-Baume, bâtie depuis lui.
Enfin, pour couronner l'œuvre, il y a une fausse charte en faveur des chartreux.
M. le comte Sildegem, gouverneur de Gand, m'a dit qu'étant en Castille il vit le propriétaire d'un champ couvert duplusbeau blé pleurer de ce que les Biscayens ne venaient pas le couper; et pour lui, il se gardait d'y toucher, porche Casiillano.
Les Tartares ne savent rien, sinon qu'ils ont conquis la terre.
Du temps de Charles IX, trois hommes sages : le chancelier de L'Hôpital, Montaigne, Charron.
Ne valait-il pas mieux réciter les psaumes en latin que de faire chanter aux femmes, dans l'église, les psaumes impertinents de Marot et de Bèze :
Seigneur, je n'ai point le cœur fier, Je n'ai point le regard trop haut, Et plus grand qu'il ne me le faut :
Je n'ai rien voulu manier.
Bue cVOssone.
Condamne Scannati à donner la moitié de son bien à sa fiancée, ce qui, joint avec sa dot, la rendait plus riche que lui. Le tout pour satisfaire au vœu que Scannati avait fait de ne point épouser de fille moins riche que lui.
Perrone, bourgeois de Naples, laissa son bien au jésuite Marrât, avec cette condition que les jésuites donneraient à son fils ce qui lui plairait. L'héritage montait à cent mille écus. Les jésuites n'en
voulurent donner que quatre mille au jeune homme. Selon la teneur du testament, il fut décidé qu'ils lui en donneraient quatre-vingt-seize mille, puisqu'ils devaient donner ce qui lui plairait, et que rien ne lui plaisait plus que les quatre-vingtseize raille écus.
Duc de Sully.
Dit qu'il en coûtait cinquante millions au particulier pour que le roi en reçût trente.
Un Suisse gardait une rue, avec ordre de ne laisser passer personne. On porte le bon Dieu. « Ali ! passer, vous, dit-il; mais point passer canailles de prêtres 1 »
Un homme éclairé qui demande conseil peut être comparé à Moïse, qui prenait des guides quoiqu'il eût la colonne de feu.
On peut dire d'un homme qui pue de la bouche qu'il a déj euné avec Ézéchiel.
Les femmes ressemblent aux girouettes : elles se fixent quand elles se rouillent.
Louis XIV soutenait les louanges comme ce Grec qu'on accablait de roses aux jeux olympiques.
Les physiciens, en calculant, sont comme les marchands, qui pèsent et vendent des drogues qu'ils ne connaissent pas.
Leibnitz n'a rien fait de complet. Il jetait quelques pensées dans un journal : c'était une carpe qui laissait ses œufs sur le rivage, — couvait qui voulait.
Je ne blâme point ce qui n'est que bel esprit : il en faut dans un compliment, dans une épigramme; mais prenons garde de ressembler à ceux qui aiment mieux un magot de la Chine qu'un tableau de Le Brun.
Le sol de Florence semblait fait pour produire des Pétrarque, des Galilée. Il faut cultiver le nôtre, l'engraisser, etc. Les génies sont venus en France, comme les fruits transplantés, delà Grèce.
Pourquoi, après le siècle des bons ouvrages, tout dégénèret-il? C'est que les vraies beautés sont devenues des lieux communs.
Singularités de la langue.
Quelque chose de plus beaa^ au lieu de plus belle. Inaimable. Invaincu.
Un Romain était savant quand il savait l'histoire de Rome ; un Grec ne savait que sa langue et l'histoire d'Hérodote; nous, religion, langues, mathématiques, histoire de l'univers, etc.
Il n'y a pas encore assez d'esprit. Il faut que le temps vienne d'en avoir assez pour ne faire plus de livres.
Les chimistes se vantent de leurs transmutations, mais nous en savons plus qu'eux : nous changeons tous les jours le bois en cendre, la bougie en flamme, un dîner en m...., etc.
Vers faits pour Poltrot, assassin de Guise.
Jacques Clément loué à Rome.
L'assassinat du duc d'Orléans justifié en Sorbonne; soixantedouze docteurs déclarant les sujets libres du serment de fidélité.
Saint Paul dit : a Éprouvez tout, choisissez le bon. »
Les savants entêtés sont comme les Juifs, qui croyaient que le soleil luisait pour eux seuls quand les Égyptiens étaient dans les ténèbres.
Les hommes sont comme les animaux : les gros mangent les petits, et les petits les piquent.
C'est Hermès Trismégiste qui a dit que Dieu est une sphère dont le centre est partout, et la circonférence nulle part.
Les bienfaits sont un feu qui ne brûle que de près.
M. le duc de Liancourt à Saint-Sulpice, refusé à la communion pour jansénisme.
La princesse de Conti ne veut pas que les princes de Conti , ses enfants, apprennent à danser, parce qu'on se sert d'un violon.
Un avocat, plaidant sur des latrines, dit : « [Messieurs, n'est-il pas bien cruel qu'on n'ait, dans cette maison, qu'un privé pour tout potage? »
On avait mis sur ses étendards : Pro Deo et Patria; il (le roi de Prusse) raya Pro Deo,
SUPPLÉMENT AUX ŒUVRES EN PROSE. o89
A la bataille de Spire, point de quartier; un officier allemand demandait la vie à un Français, celui-ci répondit : « Monsieur, demandez-moi toute autre chose. »
Au mois de juin 17/i3, un janséniste s'est pendu, disant qu'il ressusciterait dans trois jours. C'est à Utreclit, le fait est certain.
A Londres, en 1749, un charlatan fait afficher qu'il fait entrer son corps tout entier dans une bouteille de six pintes, prend l'argent, et s'en va.
Fragment d'une ode d'un paysan hollandais nommé Pool.
Le temps emporte nos jours sur son aile légère : Qu'il emporte aussi la tristesse!
Pourquoi garderions-nous nos chagrins, Quand on est si peu éloigné des vignobles du Rhin?
Il y a en Sibérie la poste aux chiens.
Sermon du docteur Swift sur t orgueil, devant le Parlement d'Irlande.
(( Messieurs, il y a trois sortes d'orgueil : celui delà naissance, celui des places, celui de l'esprit. A l'égard du troisième, comme personne de cette auguste assemblée ne peut être accusé de ce vice, je n'aurai pas l'honneur de vous en parler. »
Mahomet second, entendant dire à Belin que le doge de Venise épousait la mer, dit qu'il renverrait bientôt consommer le mariage.
« Comment recevez-vous tant de sots dans votre ordre ? disait-on à un jésuite. — Il nous faut des saints. »
Gracien loue cette pensée : Le coq eut bien tort de chanter, quand saint Pierre eut renié, en voyant une si grande poule mouillée. (Bon goût!)
Les Romains n'usaient point, en écrivant, de ces vains superlatifs si communs en Italie et en France : infiniment, horriblement, au désespoir, parfaitement, très humblement, etc. Les Anglais approchent plus des Romains que nous : ils pensent, et nous parlons.
Il y a beaucoup d'honnêtes gens qui mettraient le feu à une maison, s'il n'y avait que cette façon de faire rôtir leur souper.
Un jeune Gascon arrive à Farmée le jour d'une bataille et demande ensuite à ses camarades : « Demain, à quelle heure la bataille? »
Les sauvages ne s'avisent point de se tuer par dégoût de la vie ; c'est un raffinement des gens d'esprit.
Il y a un insecte qui est trois ans à se former pour ne vivre qu'un jour. — La tragédie de Catilina lui ressemble.
L'abbé Duguast m'a conté qu'étant à Gênes il demanda le chemin de la maison de l'envoyé de France : Che dareie? — Quattro soldi ; ma dite presto di grazia che io ho grande appetito. — Oh! oh! darete dunqueotto soldi.
M"'" de Richelieu, violée par un voleur de grands chemins : « Ah ! mon cher voleur! »
La plupart des livres sont comme les gazettes : ils ne valent plus rien l'ordinaire suivant.
Ces contradictions qui sont dans l'homme, ces délicatesses de l'amour-propre, ces élans de l'âme pour le souverain bien, ces guerres intestines de nos âmes, dont les Pascal, les Nicole, nous rebattent les oreilles, sont inconnus de la plus grande partie du genre humain : c'est le partage de quelques oisifs.
Un jargon inintelligible, une longue étude d'absurdités, voilà ce qui mène aux plus grands honneurs, d'un bout de la terre à l'autre.
L'Amour, chez Hésiode, est représenté avec une grande barbe comme père de la Nature.
Saint Irénée dit avoir entendu dire aux contemporains de saint Jean que Jésus disait souvent que dans la Jérusalem céleste, chaque pied de vigne produirait dix mille ceps, chaque cep dix mille rameaux, chaque rameau dix mille grappes, chaque grappe dix mille raisins. (Lisez les Pères!)
Jèsiis-CJirist.
Jésus faisait mourir tous les petits enfaats qui se moquaient de lui.
Il faisait de petits oiseaux de terre, et le Père céleste les faisait envoler.
Voici comme on prouve que saint Luc a prétendu faire la généalogie de la Vierge. Il est vrai qu'il donne Éli pour père à Joseph; mais Éli, dit-on, est un abrégé d'Éliacim. Or d'Éliacim à Joachim il n'y a que la main, et la tradition est que le père de la Vierge s'appelait Joachim. (Belle explication!)
Comment le Saint-Esprit a-t-il inspiré aux évangélistes si peu d'ordre et de raison ?
Évangile de saint Jean, fait par des chrétiens platoniciens, au 11^ siècle.
Luc dit que toute la terre ne contiendrait pas l'histoire des miracles de Jésus.
L'histoire d'Hérode et des innocents non-seulement absurde, mais démentie par Luc, qui fait l^naître^ Jésus dix ans après la mort d'Hérode.
Anagramme.
Quid est veritas:
Est vir qui adest.
Ce n'est que depuis Josué que la terre tourne. Il arrêta le soleil, et alors la terre commença à tourner.
Papes.
On demandait si Pierre fut à Rome, a Non ; mais Simon y alla. »
Un chronologiste dit que Pierre succéda à Jésus-Christ.
La fable de la donation de Constantin vient de ce que Charlemagne donna au pape l'exarchat de Ravenne, du temps de Constantin; mais c'était Constantin Copronyme. Erreur de nom, origine de beaucoup de choses.
Pépin avait donné aux papes Etienne et Zacharie Ravenne, Bologne, Ferrare, Rimini, Urbin, Comachio, et les clefs des villes furent mises sur le tombeau des Apôtres.
Charlemagne leur donna Rome, Pérouse, etc. ; mais il s'en réserva la souveraineté et le droit de confirmer comme souverain l'élection des papes, ses sujets.
Charles le Chauve, son petit-fils [un peu différent), prit le titre de Conseiller du pape.
Point de prêtres dans les parlements des rois lombards.
Anecdotes.
Le marquis de B... dit, lorsqu'on pouvait marcher à Vienne :
y'allons pas plus avant, VEmpcreiir ne dépendrait plus de nous. Parole indiscrète, qui a perdu nos affaires.
Quand le roi de Prusse eut fait sa paix, le roi de Pologne dit : (( Savez-vous pourquoi ? Par poltronnerie! »
Un vieux lieutenant d'infanterie, Gascon, amené au roi, auquel on avait fait l'opération : « Sire, je tremblais de peur. Mon valet Antoine me dit : « Quoi! monsieur, vous avez peur, vous « qui avez été à telle bataille, en telle année, à tel siège, à telle « sortie, etc. » Il eut une pension.
M. de Gaufredi pleurait sa femme : « Avait-elle de l'esprit? — Ah! monsieur, pas le sens commun. »
Un janséniste, disputant contre Boindin, qui prenait le parti de la Constitution, lui dit : « Est-il possible que vous, qui ne croyez pas en Dieu, vous souteniez une telle cause? — Monsieur, je suis un athée moliniste, et vous un athée janséniste. »
Le conte du Cuvîer et beaucoup d'autres dans La Fontaine, pris d'Apulée.
Réflexions sur la liberté.
Si on était libre, on ne serait jamais fou, car personne ne veut l'être. On serait toujours le maître des passions incommodes, on changerait de caractère : personne n'en change. Il est certain que dans une passion on agit sans liberté, parce qu'on suit l'idée dominante : or personne ne se donne ses idées; on suit toujours l'idée dominante. Donc, dans tous les cas, on est emporté, tantôt violemment et avec chagrin, tantôt doucement et avec joie.
[ilh"') Le roi de Prusse a écrit que M. de Paulmy avait plus d'esprit que de taille, et plus de connaissances que d'années.
A vos souhaits! dit l'abbé de Voisenon à l'auteur des Souhaits qui éternuait, etc.
Mon colonel, je suis las de piller, je vais violer.
N... disait qu'il avait été à cheval 26 heures par jour. Il demandait si le pont de Strasbourg était en delà ou en deçà du
Rhin. Il disait à un homme qui ne pouvait rendre compte au roi, vu une blessure à la bouche : « A votre place j'aurais dit au roi : « Sire, si je pouvais parler, je dirais que... »
La Tour s'est trompé, ce me semble, En nous peignant l'abbé Le Blanc :
C'est trop que son portrait ressemble; Eh! pourquoi l'avoir fait parlant?
Il est né, en 1749, 162,000 âmes dans les États du roi de Prusse.
Il n'y a eu pendant près de mille ans qu'un seul peuple : tout était anéanti par le peuple romain. Aujourd'hui, chaque nation attire Tattention des hommes, et toutes ensemble sont supérieures en tout aux Romains.
M. Fluddes, savant géomètre, qui avait fait un excellent rr«z7c de l'équation des courbes, et des maximis et minimis, les oublia entièrement quand il fut bourgmestre. Leibnitz l'alla voir et lui parla de géométrie. Huddes lui donna son livre, en lui disant : u Je ne l'entends plus. »
M. de La Suze a mis en vers burlesques l'Oraison dominicale.
A un homme qui jouait toujours les Folies d^Espagne : Les plus courtes folies sont les meilleures.
Tout est pillé, jusqu'à l'œuf cassé de Fernaud Cortez. Ce conte est de Brunelleschi, Florentin.
Chacun se croit quelque chose. Quand j'arrivai en Angleterre, la femme d'un procureur se tua et fit mettre dans les gazettes qu'elle protestait, à la face de toute la terre, qu'elle n'avait jamais couché qu'avec son clerc.
M. d'Argenson me disait (mars IT/jO) : « Henri III n'eût pas été détrôné s'il avait eu un premier ministre; et Louis XIII l'eîlt été s'il n'en eût pas eu. »
Varillas dit que les guerres civiles et les fluxions tombent toujours sur les parties faibles.
Louis XIV dit au Père Bourdaloue : « J'aime à prendre ma part d'un sermon, mais je n'aime pas qu'on me la fasse. »
Mémoires de Mademoiselle.
Ils paraissent écrits par une femme de chambre.
Elle finit par dire qu'en 1688 on habilla ses gens de neuf.
Elle dit que, le feu ayant pris au Louvre, il cessa tout d'an coup à la procession du Saint Sacrement.
« J'avais Segrais auprès de moi, manière de savant tourné sur le bel esprit. »
Elle rapporte cette lettre du duc de Savoie, Emmanuel, à la princesse fille de Monsieur, sœur de Mademoiselle, qu'il épousa depuis : « Mademoiselle, puisqu'il faut que la plume fasse l'office de la langue, je vous fais ces lignes. »
« Dieu me garde d'être jamais maîtresse du roi ! disait M"'^ de Montespan : si j'étais assez malheureuse pour cela, je n'aurais pas feffronterie de me présenter devant la reine. » Elle allait souvent à confesse avec M^'*^ de La Vallière.
N. B. — Madame avait été très malade. Avant son passage en Angleterre, elle prenait du lait. Ce qui fit croire qu'ehe avait été depuis empoisonnée, c'est que Monsieur lui avait dit durement : a On m'a prédit que j'aurais plusieurs femmes » ; et que, dans Tagonie de sa femme, il dit : « Qui pourrait-on trouver qui eût bon air, à mettre dans la gazette pour avoir assisté Madame? »
Mademoiselle exilée pour n'avoir pas voulu épouser ce fou de roi de Portugal.
11 est prouvé que Lauzun ne fut à la Bastille que pour l'avoir épousée.
11 prenait si bien les airs de mari que, quand elle voulut lui donner quarante mille francs, il en demanda cent mille.
Mademoiselle obligée de donner Dombes au duc du Maine pour faire revenir Lauzun.
Mœurs du temps.
Duels de quatre, six, sept.
Nulle police ; quarante mille mendiants dans la banlieue.
Portiers tués aux comédies de Scudéry, Corneille commençait à instruire une nation barbare.
SUPPLÉMENT AUX ŒUVRES Ex\ PROSE. 59Ï
Fausses réputations : Bussy, Saint-Évremond.
(( Comment a-t-il trouvé ma terre? disait Monseigneur en parlant du duc de Biron, qui comptait en hériter. — Gomme la terre promise. »
M""^ de Maintenon écrivait à M»"^ de Frontenac : « Je le rentoie toujours afjligc et jamais désespéré. »
Le peuple reçoit la religion, les lois, comme la monnaie, sans Texaminer.
Il faut qu'il y ait des comédiens et des curés, comme des cuisiniers et des médecins.
L'art de la guerre est, comme celui de la médecine, meurtrier et conjectural.
La langue ia plus parfaite est celle où il y a le moins d'arbitraire : c'est comme dans le gouvernement.
Molière, Racine, Corneille, dans leurs pièces, enseignaient la France : ils disaient ce qu'on ne savait pas. Aujourd'hui, quelque bien qu'on fasse, on ne dit que ce que nous savons.
Louis XIV, après Ramillies, au maréchal de Villeroi : « On n'est pas heureux à notre âge. »
M. Brion proposa de marier cent filles au mariage de M. le dauphin. « Ce serait là une belle fête, mais ce n'est pas l'usage », dit Bernage.
Cha-Abbas : u Point d'hôpitaux ; il n'y aura personne dans mon royaume qui ait besoin d'y aller. »
Pour rhistoire.
Les Anglais qui n'ont pas voyagé croient que le roi de France est le maître des biens et de la vie de ses sujets, et qu'avec un te' est notre plaisir il ote les renies à un sujet pour les donner à un autre. 11 n'y a point de tel gouvernement sur la terre. Les lois sont observées, personne n'est opprimé. Un homme à qui un intendant ferait une injustice a droit de s'en plaindre au Conseil. On ne force personne à servir, comme en Angleterre ; et si les ministres abusent trop de leur pouvoir, le cri public leur est funeste.
C'est quand les rois n'étaient pas absolus que les peuples étaient malheureux : ils étaient la proie de cent tyrans.
11 est certain qu'un bon roi peut faire en France plus de bien qu'en Angleterre, parce qu'il n'est pas contredit. Il peut faire aussi beaucoup plus de mal ; mais il n'est pas dans la nature humaine d'être méchant quand il n'y a rien à gagner à l'être.
N. B. Jamais, dans la dernière guerre, nous n'avons manqué de respect aux têtes couronnées. La Hollande, l'Allemagne, l'Angleterre, étaient inondées de pièces scandaleuses contre le roi. Voilà une grande supériorité que nous avons.
En 1635, le cardinal de Richelieu voulut faire un régiment de laquais pour repousser les Espagnols.
Descartes dans ses Lettres.
Que le roi d'Angleterre est fort heureux d'avoir eu le cou coupé, et que si ses ennemis avaient pu lui envoyer la fièvre et des médecins, etc.
Qu'il a écrit sur les passions, mais pour les approuver, et qu'il les trouve toutes bonnes, surtout l'amour ;
Que le premier sentiment de lame est la joie, en entrant dans son corps ;
Que la reine de Suède était plus faite à l'image de Dieu qu'une autre, parce qu'elle faisait plus de choses à la fois ;
Qu'il veut renoncer à écrire, puisqu'un jésuite l'a accusé d'être pyrrhonien pour avoir écrit contre les pyrrhoniens, et un ministre d'être athée pour avoir écrit contre les athées.
Mémoires de Sully.
Il se plaint beaucoup des parlements.
Il dit que, si la raison et la justice peuvent être sur la terre, c'est plutôt dans un seul homme que dans une multitude d'hommes.
11 n'accuse point Marie de Médicis de la mort de Henri IV, mais il lui reproche de s'être trop tôt consolée.
Il était grand homme de détail, non pas homme à grandes vues; par conséquent il n'était pas grand homme.
Il s'opposa aux établissements de la soie et des tapisseries, ([ue Henri IV lit malgré lui.
Il y avait tant de grands seigneurs alors, et ils étaient encore si à craindre, que le roi n'osait les refuser en face ; il avait la faiblesse d accorder à la reine et à eux des grâces préjudiciables à l'État, et il était convenu avec les parlements qu'ils ne vérifieraient point ces grâces, à moins d'une lettre particulière.
Vers envoyés par Henri IV à madame cVEntragiics.
Je ne sais par où commencer A louer votre grande beauté, Car il n'est rien, ni a été, Que vous ne puissiez effacer.
Gènèrosiic.
Le maréchal de Luxembourg allant de la gauche à la droite, [rencontre] un cavalier ennemi, le sabre haut; il pare de sa canne, et : « Va, j'ai bien d'autres choses à faire. »
Pendant l'exil de Cicéron, le comédien OEsopus le désignait quelquefois sur le théâtre, en changeant quelques paroles à son rôle. C'est à lui qu'il faut applaudir aujourd'hui.
Du temps de Henri IV, les postillons sonnaient du cor, comma en Allemagne; cela vaut mieux que notre ohèt
Grande affaire del'avocat du duc de Luxembourg, qui demanda 1,500 écus pour des plaidoyers. Aujourd'hui, La Tour, peintre en pastel, demande 1,800 livres pour deux copies qui valent 10 écus.
Henri IV à Créteil. Des procureurs lui refusent un poulet ; il les fait fouetter.
Ciccron,
Il n'a pas été exilé, comme Démosthèncs, pour s'être laissé corrompre, mais pour avoir sauvé l'État. Il a gagné une bataille et a méprisé cette gloire : il voulait celle de son vrai talent. 11 était ami tendre, citoyen zélé, le meilleur philosophe de son temps; intrépide au temps de la conjuration. Il mourut avec fermeté, mais il ne se donna pas la mort, comme Démosthènes. Ce fut un courage différent : l'un aime mieux disposer de sa vie; l'autre en laisse le maître un ingrat à qui il l'avait sauvée, pour
qui il avait plaidé. C'est le sort de tous les hommes publics de trouver toujours des ingrats.
Le peuple aime toujours la superstition et les pointes : Les miroitiers ont pour patron saint Clair; Les paveurs, saint Rocli ; Les vergetiers, sainte Barbe ; Les carrossiers, saint Fiacre.
Commerce.
Peu de commerçants entendent le commerce en général. Une boutique veut décréditer sa voisine ; Lyon veut écraser Tours ; l'homme public soutient tout.
Le but du commerce, chez un législateur, est de donner aux citoyens tout ce que leur climat leur refuse et d'enrichir l'État.
Un État ne peut s'enrichir qu'aux dépens d'un autre. Si vos voisins en savent autant que vous, la balance du pouvoir est égale.
Dans la situation présente de l'Europe, l'industrie ne donne pas à un peuple une trop grande supériorité sur l'autre.
Elle a seulement égalé les Hollandais à de plus grandes puis^ sances, mais elle ne les rend pas dangereux.
La discipline mihtaire est comme le commerce : elle s'est étendue également partout à peu près.
Un historien est un babillard qui fait des tracasseries aux morts.
Pascal s'imagine que tous les hommes sont, comme lui, dévorés des idées de la métaphysique.
Le bonheur est un mot abstrait, composé de quelques idées de plaisir.
Le plaisir vient, on ne se le donne pas.
Thèât7'e,
Peu d'excellents ouvrages ; beaucoup qu'on représente.
Est-ce un mérite de réussir par un fond intéressant? N'est-ce pas plutôt un bonheur? Le fond du sujet ne fait-il pas tout le débit de la Lorsia*?