INTENDANT DE BOURGOGNE
A Ferney, 10 avril 176i.
Monsieur, il y a longtemps qu'on m'avait remis ce mémoire pour vous être présenté dans un voyage que je devais faire à Dijon. Les maladies dont je suis accablé ne m'ayant pas permis de vous faire ma cour, je remplis au moins les vœux de notre petite province. Il n'est que trop vrai que l'abus dont on se plaint est très-préjudiciable, et que nos cultivateurs seront bientôt des horlogers employés par Genève. Nous avons plus de besoin de charrue que de montres, et c est ici le cas oii le nécessaire doit l'emporter sur le superflu. Pour moi, monsieur, je me borne uniquement à espérer votre protection pour notre pauvre petit pays. Je ne doute pas que si vous voulez bien représenter au conseil l'état où nous sommes, vous ne fassiez rendre un arrêt qui défende aux paysans de quitter la culture des terrés pour servir les horlogers de Genève. Nous attendons tout de votre sagesse et de votre bienveillance.
J'ai l'honneur d'être avec beaucoup de respect, monsieur, votre trèshumble et très-obéissant serviteur.
Voltaire .