‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 10 sur 164 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

vexations souffertes par les Éduens, les Ambarres et les Allobroges ? L'insolence avec laquelle ils se vantaient de leur victoire et leur étonnement de ce qu'on avait toléré si longtemps leurs outrages, auraient le même résultat : car, pour rendre le changement de choses plus douloureux et plus accablant à ceux dont les crimes provoquent leur vengeance, les dieux immortels leur accordent souvent la fortune la plus prospère et une très longue impunité. Malgré cela pourtant, s'ils donnent des otages, qui répondront de l'exécution de leurs promesses, et s'ils indemnisent les Éduens leurs alliés et les Allobroges des dommages qu'ils leur ont causés, il fera la paix avec eux ». Divicon répliqua : « Que les Helvétiens tenaient de leurs ancêtres la coutume de recevoir des otages, et non celle d'en donner : les Romains en étaient la preuve ». Et sans rien ajouter, il se retira.

Le lendemain les Helvétiens lèvent le camp : César en fait de même et, pour connaître leur direction, il détache en avant toute sa cavalerie, forte de quatre mille hommes, rassemblés chez les Éduens, chez leurs alliés et dans toute la Province. Comme ils serraient de trop près l'arrière-garde des Helvétiens, ils en vinrent aux mains avec leur cavalerie, dans une mauvaise position, et perdirent quelques hommes. Les ennemis, enflés du succès d'un combat où cinq cents cavaliers en avaient mis un si grand nombre en déroute, commencèrent à faire face avec plus d'audace : leur arrière-garde attaquait même quelquefois. César con-

tenait ses soldats et croyait assez faire, pour le moment, d'empêcher l'ennemi de fourrager, de piller et de ravager. Les deux armées marchèrent ainsi quinze jours environ, l'arrière-garde ennemie n'étant, au plus, qu'à cinq ou six milles de notre avant-garde. i V. Cependant César demandait chaque jour aux Eduens le blé qu'ils avaient formellement promis : car la Gaule étant, comms on l'a dit, au septentrion, non seulement la moisson n'était pas mûre à cause du froid, mais on n'avait pas même assez de fourrage ; et César, ne voulant pas perdre de vue les Helvétiens, ne pouvait faire usage du blé qu'il avait embarqué sur la Saône, dont ils s'étaient écartés. Les Eduens gagnaient un jour et puis un autre : « On rassemblait les grains ; ils étaient en route; ils arrivaient ». Voyant que la chose tramait trop en longueur et qu'il fallait, sous peu de jours, distribuer la ration aux soldats, César convoque les premiers des Eduens qui suivaient en grand nombre l'armée, entre autres Divitiacus et Liscus, leur suprême magistrat, celui qu'ils nomment Vergobret ^ ; il est élu pour un an, durant lequel il a droit de vie et de mort. César leur reproche vivement « de ne l'aider en rien dans un moment aussi décisif, lorsqu'on est si près de l'ennemi et qu'on ne peut rien

1. Servius, dans son commentaire sur Virgile, assure qu'en langue gauloise virga signifie pourpre. Alors il est facile de donner la signification véritable du mot vergobret ; il est composé du substantif virga et de l'adjectif celtique breit, en français peint. Vergot breit était le magistrat Revêtu de la Pourpre.

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