‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 11 sur 164 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

se procurer, ni à prix d'argent, ni dans la campagne. 11 se plaint d'autant plus amèrement de cet abandon que c'est surtout à leur prière qu'il a entrepris cette guerre ».|f

Son discours détermine Liscus à dévoiler enfin ce qu'il avait caché jusqu'alors : « Il y avait plusieurs hommes en grand crédit auprès du peuple et qui, quoique simples particuliers, pouvaient plus que les magistrats : leurs propos séditieux et coupables détournaient la multitude d'apporter du blé, parce que, disaient-ils, si l'on ne pouvait tenir le premier rang dans la Gaule, il valait mieux obéir à des Gaulois qu'aux Romains, et qu'il n'était pas douteux que les Romains, s'ils étaient vainqueurs des Helvétiens, ne ravissent la liberté aux Éduens, comme au reste de la Gaule. Ces mêmes hommes instruisaient l'ennemi de nos projets et de ce qui se passait dans le camp. Il ne pouvait, quant à lui, les réprimer; il savait même combien il s'exposait en découvrant à César ce qu'il élait forcé de lui dire : aussi avait-il gardé le silence tant qu'il avait pu le faire »,

César sentait bien que Liscus désignait Dumnorix, frère de Divitiacus: mais ne voulant point traiter l'affaire publiquement, il congédie promptement l'assemblée, retient Liscus et le remet, tête-à-tête, sur ce qu'il a dit en public. Liscus parle plus franchement et plus positivement; d'autres informations secrètes confirment les siennes : il s'agissait de Dumnorix. Cet homme très aimé du peuple pour sa libéralité, très entreprenant et

qui désirait un autre ordre de choses, avait été plusieurs années fermier, à vil prix, des droits de traite et de tous les autres revenus des Éduens, parce que, dès qu'il enchérissait, personne n'osait surenchérir : il avait, par là, grossi sa fortune et ramassé de quoi fournir à ses grandes largesses: il entretenait à ses frais un grand nombre de cavaliers qu'il avait sans cesse autour de lui. Et ce n'était pas seulement chez les Éduens, mais aussi dans les cités voisines qu'il avait une grande influence. Pour l'étendre, il avait marié sa mère à un noble très puissant chez les Bituriges, pris lui-même une Helvétienne pour femme et choisi dans d'autres cités des époux à sa sœur utérine et à des parentes. Il aimait et favorisait les Helvétiens, à raison de son alliance : il haïssait personnellement César et les Romains, parce que leur arrivée avait diminué son pouvoir et rendu à Divitiacus, son frère, son crédit et ses honneurs. Que les Romains eussent le dessous, il avait tout espoir de parvenir à la royauté par le moyen des Helvétiens ; et sous l'empire des Romains nulle apparence pour lui non seulement de régner, mais de conserver même sa puissance actuelle. César découvrit encore que, dans le malheureux choc de cavalerie, qui avait eu lieu quelques jours auparavant, la déroute avait commencé par Dumnorix et ses escadrons (il commandait la cavalerie auxiliaire des Éduens) et que leur fuite avait jeté la terreur dans le reste.

D'après ces renseignements, comme des faits notoires se joignaient aux présomptions, que Dumnorix avait

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