LIVRE VI
tuellement, ils se font jour à travers les ennemis, conduits par C. Trébonius, chevalier 'romain, qu'on avait mis à leur tête; et tous, sans exception, rentrent dans le camp sains et saufs. Les valets et la cavalprie se sauvèrent à leur suite, par la trouée qu'avait faite leur courage. Mais ceux qui s'étaient arrêtés sur la colline, n'ayant encore aucune pratique des manœuvres, ne surent ni s'en tenir à leur premier plan de se défendre sur la hauteur, ni profiter de l'exemple heureux d'énergie et de vivacité qu'on venait de leur donner; mais, en essayant de rentrer au camp, ils perdirent l'avantage du terrain. Les centurions, dont plusieurs avaient, pour leur bravoure, passé des grades inférieurs d'une autre légion aux grades supérieurs de celle-ci, ne voulurent pas flétrir leur ancienne gloire et se firent tuer en combattant très vaillamment. Leur courage ayant écarté les ennemis, une partie des soldats rentra saine et sauve au camp, contre toute espérance : le reste fut enveloppé et périt.
VIL Lorsqu'ils virent les remparts bordés de soldats, les Germains, désespérant d'emporter le camp, se retirèrent au delà du Rhin avec le butin qu'ils avaient déposé dans les bois. Telle était encore la terreur après leur départ, que C. Volusénus, qui arriva dans la nuit au camp avec la cavalerie, ne pouvait pas persuader aux troupes que César était tout près, avec l'armée en bon état. L'épouvante s'était si bien emparée de tous les esprits, qu'on disait, comme si l'on avait perdu le sens, que, hormis la cavalerie qui s'était sauvée par la
fuite, toute l'armée avait été détruite; on soutenait que, s'il ne lui était rien arrivé, les Germains n'auraient pas attaqué le camp. L'arrivée de César dissipa ces terreurs.
Connaissant les hasards de la guerre, il se plaignit uniquement de ce qu'on avait laissé les cohortes dépasser la garde du camp, parce qu'on ne devait pas donner la moindre prise aux accidents. Il jugea que la fortune avait été pour beaucoup dans l'arrivée soudaine des ennemis, et pour bien plus encore dans la chance que l'on avait eue de les repousser des portes et presque du milieu du camp. Ce qui paraissait le plus singulier dans tout cela, c'était que les Germains, ayant passé le Rhin pour ravager le pays d'Ambiorix, lui avaient rendu un service éminent, en se portant sur le camp romain.
César repartit pour désoler de nouveau les Éburons, avec beaucoup de monde rassemblé des cités voisines, et répandit ses troupes de tous côtés. On brûlait toutes les bourgades, toutes les maisons que l'on découvrait, et de toutes parts on emmenait du butin. De plus, un si grand nombre d'hommes et de chevaux dévoraient les blés abattus déjà par la saison et les pluies; en sorte que ce qui se dérobait aux poursuites du moment, semblait devoir, au départ de l'armée, périr par le besoin de tout. Il y avait tant de cavalerie répartie sur tous les points, que souvent on arriva dans des lieux où les prisonniers soutenaient non seulement qu'ils avaient aperçu Ambionx, mais qu'il n'était pas encore tout à fai