‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 99 sur 164 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

quand on la vit, que les marchands, qui étalaient sur le bord du fossé, n'eurent pas le temps de se reconnaître. Cet événement inattendu mit le trouble parmi nos soldats et la cohorte de garde eut peine à soutenir le premier choc. L'ennemi se répand de tous côtés pour chercher une entrée ; on défend les portes, mais non sans efforts : le camp partout ailleurs était hors d'atteinte par sa position et par les retranchements. L'alarme est générale: on s'entredemande la cause de ce tumulte et l'on ne s'occupe ni des lieux où il faut se porter, ni des postes où chacun doit se rendre. L'un assure que le camp est déjà pris; l'autre soutient que les Barbares sont arrivés triomphants, après avoir exterminé le général et l'armée. La plupart, à raison du lieu, se forgent des fantômes superstitieux et rappellent le malheur de Titurius et de Cotta, qui périrent dans le même fort. Ces visions ayant répandu une terreur générale, les Barbares se confirment dans l'idée que la place est sans garnison, comme l'avait dit le prisonnier : ils s'efforcent d'y pénétrer et s'exhortent mutuellement à ne pas laisser échapper de leurs mains tant de richesses.

Dans le fort était resté malade P. Sextius Baculus, devenu primipile sous César, et que l'on a vu précédemment se signaler. Il y avait déjà cinq jours qu'il n'avait pris de nourriture. Alarmé pour la légion et pour lui-même, il sort sans armes de sa tante. Voyant l'ennemi presque dans le camp et les choses dans le plus grand danger, il prend les armes des premiers

venus et se poste sous la porte. Les centurions de la cohorte de garde l'y suivent et soutiennent quelque temps le choc avec lui. Sextius reçoit de profondes blessures et s'évanouit : on le retire à bras avec peine ; il est sauvé. Dans l'intervalle, le reste de la légion s'est assez rassuré pour oser monter sur le rempart et pour y présenter une apparence de combattants.

Nos gens avaient cependant achevé de couper leur blé. Ils entendent des cris, la cavalerie vient en avant et voit l'état critique des choses ; mais il n'y a point là de retranchements pour recevoir ceux qui ont peur. Les recrues, sans expérience de la guerre, se tournent vers le tribun et les centurions dont ils attendent les ordres. Il n'est personne de si brave que ce fait étrange ne l'étonné. Les Barbares, voyant de loin les enseignes, abandonnent l'attaque. Ils croient d'abord que les légions, fort éloignées au dire des prisonniers, sont de retour : ensuite, méprisant cette poignée d'hommes, ils la chargent de toutes parts. Les valets s'enfuient sur un tertre voisin : culbutés de là dans un moment, ils se rejettent vers les enseignes et dans les rangs; ce qui ajoute à l'effroi du soldat. Les uns veulent qu'on forme le coin, pour faire promptement une trouée, puisque le camp est si près : « Qu'une partie de la troupe soit enveloppée et succombe, on aura du moins l'espoir de sauver le reste ». D'autres proposent de tenir ferme sur la colline et de courir tous le même hasard.

Ce n'était pas l'avis des vieux soldats, réunis, comme on l'a dit, sous la même enseigne ; s'excitant donc mu-

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