‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 108 sur 164 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

Bomains pour aller enlever du butin et des vivres. Si cela semblait dur et rigoureux, on devait trouver plus dur encore de voir tramer en esclavage ses enfants et ses femmes et de périr soi-même; sort inévitable aux vaincus ».

Son avis ayant passé à l'unanimité, on brûla, dans un jour, plus de vingt villes bituriges : on fit de même dans toutes les autres cités. De tous côtés on ne voyait qu'incendies, motifs d'une affliction générale et profonde : et cependant on se consolait, par l'espoir d'une victoire presque certaine, qui indemniserait sous peu dii sacrifice. On délibérait dans l'assemblée générale s'il convenait de brûler ou de défendre Avaricum. Les Bituriges se jettent aux pieds de leurs compatriotes, « Pour qu'on ne les force pas à mettre le feu de leurs mains à la ville la plus belle de presque toute la Gaule, l'ornement et le boulevard de leur cité. Ils la défendront aisément, vu sa position; car, entourée presque en entier par la rivière et par un marais, elle n'a qu'une avenue des plus étroites ». Ils obtiennent leur demande : Vercingétorix qui s'y opposait d'abord, se rend enfin à leurs prières, qui avaient ému la multitude. On jette dans la ville un corps d'élite.

Le général gaulois suit César à petites journées et campe à quinze mille d'Avaricum, dans une position défendue par des bois et des marais. A chaque heure du jour, il savait là, par des hommes affidés, ce qui se passait près de la ville, où il faisait parvenir ses ordres. Tous nos mouvements pour chercher des grains et du

fourrage étaient épiés; si nos gens se dispersaient ou s'éloignaient trop, il les attaquait et leur faisait beaucoup de mal, quoique l'on prît toutes les précautions possibles, comme de n'avoir ni d'heure ni de direction fixes.

IV. Ayant assis son camp devant la partie de la ville qui avait, comme on l'a dit, une avenue étroite entre la rivière et le marais, César fit commencer une terrasse, pousser des mantelets et travailler à deux tours : car la position se refusait à une circonvallation. Il ne cessait d'insister auprès des Boïens et des Éduens pour les vivres; mais le peu de zèle des derniers les lui rendait comme inutiles et la faible et petite cité des Boïens eut bientôt épuisé ses ressources. L'extrême difficulté d'avoir des vivres, par la nonchalance des uns et l'impuissance des autres, et la destruction des fermes firent souffrir l'armée au point qu'elle manqua de blé pendant plusieurs jours et n'eut, pour se garantir de la famine, que le bétail enlevé dans les bourgs très éloignés. Cependant on n'entendit pas un mot indigne de la majesté du peuple romain et des victoires précédentes. Bien plus, César, un jour qu'il visitait les travaux, s'étant adressé à chaque légion séparément, en disant : « Que si cette disette leur semblait trop cruelle, il lèverait le siège » ; les soldats le prièrent tous de ne le pas faire : « Pendant plusieurs années qu'ils avaient servi sous ses ordres, il n'avait ni reçu d'affront, ni jamais lâché prise : ils tiendraient à déshonneur d'abandonner un siège commencé ; il valait mieux endurer tout ce qu'il y a de plus fâcheux,

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