‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 109 sur 164 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

que de ne point venger les citoyens romains, victimes à Génabum de la perfidie Gauloise"^). Ils le répétaient à leurs centurions et à leurs tribuns, pour qu'ils le reportassent à César.

Les tours approchaient déjà du mur, quand des prisonniers apprirent à César que Vercingétoris, ayant consommé ses fourrages, avait rapproché son camp d'Avaricum, et qu'avec sa cavalerie et de l'infanterie légère habituée à combattre entre les chevaux, il était parti lui-même pour dresser une embuscade sur les lieux où il croyait que nos fourrageurs iraient le lendemain. D'après ces renseignements, César part à minuit en silence, et, de grand matin, arrive au camp des ennemis; ceux-ci bientôt avertis de son approche par leurs coureurs, cachent dans les bois les plus fourrés leurs chariots et leurs bagages, et mettent toutes leurs forces en bataille sur une éminence découverte. César, à cette nouvelle, ordonne de faire promptement un tas du bagage et d'apprêter les armes.

Presque tout autour d'une colline en pente douce, régnait un marécage large au plus de cinquante pieds, mais difficile à franchir. Les Gaulois, en ayant rompu les ponts, se tenaient sur cette colline, rangés séparément par cités et rassurés par la position. Ils avaient des détachements à tous les gués et à tous les passages, dans la vue de fondre sur nos soldats chancelants dans le marais, s'ils essayaient de le passer; en sorte qu'à ne considérer que la proximité des armées, on les aurait cru prêtes à combattre à chances égales, mais

un coup d'œil sur la différence des positions faisait sentir que les démonstrations de l'ennemi n'étaient qu'une vaine parade. Indignés qu'à si peu de distance il put soutenir leur aspect, les soldats demandaient le signal du combat : mais César leur représente : t Par quels sacrifices, par la mort de combien de braves il faudrait acheter la victoire : il serait le plus coupable des hommes, si, disposés comme ils sont à tout braver pour sa gloire, leur vie ne lui était pas plus chère que la sienne i. Les ayant ainsi consolés, il les ramène le même jour au camp et s'occupe des derniers préparatifs du siège.

La rapidité de la marche des Romains, dans une conjoncture si favorable, aussitôt après le départ de Vercingétorix, le fit, à son retour, taxer de trahison : « Pour avoir rapproché son camp des ennemis, pour l'avoir quitté avec toute sa cavalerie, pour avoir laissé sans chef une armée si nombreuse î. 11 répondit à ces accusations : « Qu'il avait levé le camp faute de fourrage et sur leurs propres instances ; qu'il s'était rapproché des Romains, déterminé par l'avantage d'une position qui se défendait d'elle-même : qu'on n'avait point dû sentir le besoin de cavalerie dans cet endroit marécageux, et que là, oîi il l'avait conduite, elle avait été utile. C'était à dessein qu'en partant il n'avait remis le commandement à personne, de peur que, pour plaire à la multitude, on n'engageât une action. Si les Romains étaient survenus par hasard, il fallait en remercier la fortune, et, si c'était sur des renseigne-

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