‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 12 sur 164 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

fait traverser aux Helvétiens le pays des Séquaniens, que ces deux peuples s'étaient, par ses soins, donné mutuellement des otages, qu'il ayait agi, dans tout cela, non seulement sans l'ordre de César et des Éduens, mais encore à leur insu, et que son premier magistrat l'accusait, César se croyait assez en droit de sévir lui-même, ou d'ordonner à la cité de sévir contre lui. Une seule chose l'arrêtait ; c'était l'extrême attachement de Divitiacus, son entier dévouement au peuple romain, sa fidélité à l'épreuve, sa modération et sa droiture. Il craignait de le blesser au cœur, en envoyant son frère au supplice. Avant de passer outre, il le fait donc appeler, renvoie ses interprètes ordinaires et, pour s'entretenir avec lui, se sert de C. Valerius Procillus, son commensal, l'un des premiers de la Gaule romaine, dans lequel il avait toute confiance. Il rappelle à Divitiacus ce que, dans l'assemblée des Éduens, on a dit, devant lui, de Dumnorix : il lui fait part des divers renseignements secrets qu'il a reçus et lui demande avec instance de ne point s'affliger, si, d'après une information régulière, il statue lui-même, ou donne ordre à la cité de statuer sur le coupable.

Divitiacus, baigné de larmes, serre César dans ses bras et le conjure « de n'être point trop sévère pour son frère. Il sait qu'on a dit vrai et personne n'en est plus désolé que lui : car c'était à sa grande influence dans sa cité comme dans le reste de la Gaule, que Dumnorix avait dû son élévation, dans un temps où, par sa jeunesse, il était sans moyens; et ce frère em-

ployait ses richesses et son pouvoir, non seulement à ruiner le crédit de son frère, mais encore à préparer sa perte. Cependant la force du sang et l'opinion publique l'emportaient. Si César sévissait, dans un temps où Divitiacus était si avant dans son amitié, personne ne croirait que ce fût malgré lui, ce qui lui attirerait l'aversion de toute la Gaule ». Il continuait, tout en pleurs, ce discours suppliant; mais César lui prend la main, le rassure, le prie de mettre fin à ses instances et lui déclare que telle est son affection pour lui, qu'il sacrifie à ses prières et le ressentiment de la République et sa propre indignation. Il fait venir Dumnorix et, son frère présent, « il lui représente ses fautes: il lui détaille et ce qu'il sait et les sujets de plainte de sa cité : il l'avertit d'éviter, à l'avenir, d'éveiller le soupçon, ajoutant qu'il doit le pardon du passé à Divitiacus ». Enfin il lui donna des gardes, pour connaître et ce qu'il ferait et quelles personnes il verrait.

VI. Le même jour, instruit par ses éclaireurs que l'ennemi s'est arrêté au pied d'une montagne, à huit milles de son camp, il envoie reconnaître la position et l'accès des hauteurs sur tous les points : on lui rapporte qu'il est facile. A la troisième veille, il ordonne au propréteur Labiénus de gagner les sommets avec deux légions et les mêmes guides qui avaient reconnu les chemins, et le met au fait de son projet. Lui-même, à la quatrième veille, il marche aux ennemis par la route qu'ils avaient suivie et détache en avant toute sa cavalerie, que précédait, à la tête des éclaireurs,

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