LIVRE VII
deux pieds, on couche sur leur longueur un rang de poutres droites, que l'on assujettit intérieurement entre elles et qu'on revêt de terre bien foulée : à l'extérieur, on garnit de grosses pierres les intervalles. Sur cette couche bien arrangée et bien liée, on en met une seconde, en observant les mêmes espaces, de manière que les poutres ne se touchent pas, mais que, dans la construction, elles se maintiennent aune distance uniforme, un rang de pierres entre chacune. Tout l'ouvrage se continue ainsi, jusqu'à l'élévation convenable. Outre que cette alternative de poutres et de pierres, respectivement bien alignées, n'a rien de désagréable à l'œil, elle est très avantageuse pour la défense et la sûreté des places, la pierre garantissant le mur du feu et le bois du bélier : car on ne peut ni renverser ni même entamer un enchaînement de poutres de quarante pieds de long, la plupart liées entre elles dans l'intérieur. Quoiqu'on rencontrât tous ces obstacles, et que le froid, la boue, les pluies continuelles retardassent constamment les travaux, le soldat, s'y livrant sans relâche, surmonta tout et, dans vingt-cinq jours, il eut élevé une terrasse large de trois cent trente pieds et haute de quatre-vingts. Elle touchait presque aux murs de la ville, et César qui, suivant sa coutume, passait la nuit dans les ouvrages, exhortait les soldats à ne pas interronfipre un instant le travail, quand, un peu avant la troisième veille, on vit de la fumée sortir de la terrasse, à laquelle les barbares avaient mis le feu par une galerie : dans le même instant, au cri qui s'éleva le long
du rempart, renneim lit une sortie par deux portes, des deux côtés des tours. Du haut de leurs murs, les uns lançaient sur la terrasse des torches et du bois sec, d'autres y versaient de la poix et des substances propres à rendre le feu plus actif; en sorte qu'on pouvait à peine savoir où se porter et à quoi remédier d'abord. Cependant, comme César avait établi un bivouac permanent de deux légions en avant du camp, et que plusieurs autres étaient dans les ouvrages, où elles se relevaient, on put bientôt d'une part faire face aux deux sorties, de l'autre retirer les tours et couper la terrasse, pendant que toute l'armée accourait du camp pour éteindre le feu.
Le jour était venu qu'on se battait encore de tous côtés, d'autant plus que les Gaulois voyaient les revêtements de nos tours brûlés, qu'ils sentaient toute la difficulté d'y porter du secours à découvert, qu'à tout moment ils remplaçaient par des hommes frais ceux qui étaient fatigués, et qu'enfin le salut de toute la Gaule leur semblait dépendre de ce moment unique. Nous fûmes alors témoins d'un trait qu'on croit devoir consignerici, comme digne de mémoire. Devant une porte de la ville, vis-à-vis d'une de nos tours, était un Gaulois à qui l'on passait de main en main des boules de suif et de poix, qu'il jetait dans le feu. Un trait de scorpion lui perce le flanc droit; il tombe mort. Un de ses voisins passe par-dessus le cadavre, est atteint à son tour et tué de la même manière, en remplissant la même tâche. Un troisième lui succède, à celui-ci un quatrième; et le