LIVRE VII
poste ne fut abandonné que lorsque le feu de la terrasse fut éteint et que le combat eut fini par la retraite des ennemis partout repoussés.
Après avoir tout tenté, sans réussir en rien, les Gaulois, sur les instances et l'ordre de Vercingétorix, résolurent le lendemain d'évacuer la place. Ils espéraient le faire dans le silence de la nuit, sans beaucoup de perte, parce que leur camp n'était pas loin, et que les marais, que les Romains avaient partout devant eux, ralentiraient la poursuite. Déjà la nuit venue, ils se préparaient à partir, quand tout à coup les femmes sortent des maisons et se jettent aux pieds de leurs époux, en les conjurant de ne pas les livrer au supplice avec leurs enfants, à qui leur âge et leur faiblesse ne permettent pas de fuir. Les voyant persister dans leur dessein, (car, dans un grand péril, la crainte exclut le plus souvent la compassion), elles se mettent à pousser des cris, pour avertir les Romains de cette évasion, et les Gaulois effrayés renoncent à leur projet, dans la crainte que la cavalerie romaine ne s'empare des passages.
Le lendemain César, ayant fait avancer une tour, dirigeait les ouvrages qu'il avait projetés, lorsqu'il survint une forte pluie. Il remarqua que la garde se faisait un peu négligemment sur les murs et crut que l'orage favoriserait un coup de main. 11 ordonne de ralentir le travail, explique ce qu'il se propose; puis, exhortant les légions, qu'il avait toutes prêtes derrière les mantelets, à recueillir enfin les fruits de la victoire pour prix de tant de fatigues, il promet de grandes
récompenses aux premiers qui mettront le pied sur le mur, et donne le signal. Soudain, de toutes parts, les soldats s'élancent et couvrent bientôt le rempart.
Consternés de cette attaque imprévue, culbutés des murs et des tours, les Gaulois se forment en coin dans la place publique et dans les endroits les plus spacieux, en vue de se défendre en bataille rangée, de quelque côté que l'on vienne à eux. Voyant qu'aucun des Romains ne descend, mais qu'ils se répandent sur toute l'enceinte, ils craignent qu'on ne leur ôte tout moyen de fuir, jettent leurs armes et gagnent d'une course les extrémités de la ville. Là, comme ils se nuisaient à eux-mêmes dans l'étroite issue des portes, nos soldats en tuèrent une partie; une autre, déjà sortie, fut égorgée par la cavalerie. Personne ne s'occupa du butin : animé par le massacre de Génabum et par les fatigues du siège, on n'épargna ni femmes, ni enfants, ni vieillards. Enfin de toute cette multitude, c'est-àdire, d'environ quarante mille individus, à peine en arriva-t-il de sains et saufs près de Vercingétorix huit cents, qui s'étaient aux premiers cris jetés hors de la ville. Il les recueillit au milieu de la nuit, en silence ; et, craignant, s'ils arrivaient ensemble, que la pitié n'excitât une sédition parmi la multitude, il avait eu soin de disposer au loin, sur la route, ses amis et les premiers des cités pour les séparer et les conduire chacun dans la partie du camp affectée, dès le principe, à leur nation.
Il convoque l'armée le lendemain, la console, l'ex-