LIVRE VII
tandis que de tout temps on n'avait créé qu'un magistrat unique, qui jouissait de l'autorité royale, il y en avait deux en ce moment, qui se disaient tous deux nommés suivant les lois: l'un était Convictolitanes, homme de distinction et dans la fleur de l'âge ; l'autre Cotus, d'une maison fort ancienne, très puissant par lui-même et par ses grandes alliances, dont le frère, Vedeliacus, avait l'année précédente rempli la même magistrature. Toute la nation était en armes, le sénat divisé, le peuple divisé, chacun soutenant son patron. Si ce différend se prolongeait, une partie de la cité se battrait contre l'autre. C'est ce que préviendraient les bons offices et l'autorité de César ».
Quoiqu'il crût préjudiciable d'abandonner la guerre et l'ennemi, cependant comme il savait combien d'inconvénients entraînent de pareilles dissensions, il partit pour empêcher qu'une cité si importante et si étroitement unie au peuple romain, une cité qu'il avait personnellement toujours protégée et qui lui devait toute espèce de relief, en vînt aux armes et aux voies de fait, et que le parti, qui se croirait le moins fort, appelât à son secours Vercingétorix. Comme les lois des Éduens ne permettent pas aux magistrats suprêmes de sortir du territoire \ César, ne voulant paraître enfreindre en rien ni leur droit ni leurs lois, prit le parti d'aller lui-même dans leur pays et manda tout
1. La même loi existait chez les Génois, dont les ancêtres, les Ligures, étaient Gaulois d'origine.
le sénat et les deux concurrents à Décétia. Presque toute la cité s'y étant rassemblée, il apprit de quelques personnes appelées en secret, que le frère avait proclamé son frère dans un temps et dans un lieu où cela ne devait pas se faire : les lois défendaient de plus non seulement de créer magistrats, mais même d'admettre dans le sénat deux personnes de la même famille, du vivant l'une de l'autre. César força donc Cotus à se démettre et ordonna que le pouvoir fût remis à Convictolitanes, que, suivant l'usage de la cité, les prêtres avaient élu dans l'interrègne.
Après cette décision, il invita les Éduens à oublier leurs querelles et leurs dissensions pour s'occuper uniquement de la guerre, assurés qu'ils étaient de recevoir, après la victoire, les récompenses qu'ils auraient méritées, et les chargea de lui envoyer promptement toute leur cavalerie avec dix mille fantassins, dont il ferait des détachements pour escorter ses convois. Divisant son armée en deux corps, il donne quatre légions avec une partie de sa cavalerie à Labiénus pour aller chez les Sénonais et les Parisiens : lui-même, avec le reste de sa cavalerie et six légions, il marche, le long de l'Allier, vers Gergovie, ville des Arvernes. Vercingétorix fît aussitôt rompre tous les ponts sur le fleuve, qu'il remonta par la rive gauche.
Les armées étaient en vue l'une de l'autre et l'ennemi, qui campait presque en face des Romains, veillait à ce qu'ils ne jetassent pas un pont sur la rivière; cela devenait très embarrassant pour César qui craignit