‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 115 sur 164 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

d'être arrêté la plus grande partie de l'été par ce fleuve, rarement guéable avant l'automne. Pour y obvier, il campa dans un lieu couvert de bois, vis-à-vis d'un des ponts coupés, et, s'y tenant caché le lendemain avec deux légions, il fit partir le reste à l'ordinaire avec tout le bagage, chaque légion, pour que leur nombre parût le même, n'ayant plus que six ou sept cohortes : il ordonna de faire la plus longue marche possible, et quand, d'après l'heure, il put supposer que le gros de l'armée était arrivé au campement, il se mit à rétablir le pont sur les anciens pilotis, dont la partie inférieure était restée intact. L'ouvrage fut bientôt achevé; il passa, prit une bonne position et rappela ses autres troupes. A cette nouvelle, Vercingétorix prit les devants à grandes journées, pour n'être pas forcé de recevoir la bataille.

De là, César vint à Gergovie en cinq marches. Ayant le jour même, après une légère escarmouche, reconnu la position de la ville assise sur une montagne fort élevée et d'un accès partout très difficile, il désespéra de l'enlever d'assaut, et ne voulut s'occuper du siège qu'après avoir assuré ses vivres. Cependant Vercingétorix campait sur une montagne près de la ville, ayant autour de lui séparément, mais à de faibles distances, les troupes de chaque cité, qui, couvrant la chaîne entière des collines, offraient de toutes part un coup d'oeil effrayant. Chaque jour, soit qu'il eût à leur communiquer, soit qu'il fallût régler quelque chose, il faisait, dès l'aube, venir les chefs, dont il avait formé son

conseil, il ne se passait presque pas de jour que, pour éprouver le courage et l'ardeur de ses troupes, il n'engageât une action avec sa cavalerie, entremêlée d'archers^ .

En face de la ville, au pied même de la montagne, était une éminence escarpée de toutes parts et bien fortifiée : en l'occupant, nous privions probablement l'ennemi d'une grande partie de ses eaux et de la facilité de fourrager : mais elle avait une garnison, à la vérité un peu faible. Quoi qu'il en soit, César sort de son camp dans le silence de la nuit, s'empare du poste dont il culbute la garde, avant que de la ville on puisse lui envoyer du secours, y met deux légions et tire du grand au petit camp un fossé de douze pieds, pour qu'on puisse aller et venir même individuellement, sans craindre d'être surpris par l'ennemi.

Tandis que cela se passe près de Gergovie, l'éduen Convictolitanes qui, comme on l'a vu, devait sa place à César, tenté par l'argent des Arvernes, s'abouche avec quelques jeunes gens, dont les chefs étaient Litavicus et ses frères, d'une famille très distinguée. Il partage avec eux la somme, et les exhorte à se souvenir : « Qu'ils sont nés libres et faits pour commander. La cité des Éduens retardait seule le triomphe infaillible des Gaulois : son influence arrêtait les autres peuples. Qu'elle se détachât des Romains, ils n'auraient aucun moyen de se soutenir dans la Gaule. II avait reçu plusieurs bienfaits de César, c'est-à-dire, après tout, qu'il avait obtenu justice ; mais il devait bien plus à la liberté commune. Car pourquoi les Éduens venaient-ils

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