LIVRE VII
discuter leurs lois et leurs droits devant César, plutôt que le peuple romain les siens devant les Eduens » ? L'influence du magistrat et l'appât du gain ont bientôt gagné ces jeunes gens; ils offrent même de se mettre en avant. On discute alors les moyens d'exécution, car on ne se flattait pas d'amener la cité à rompre sans motif. On convient de mettre Litavicus à la tête de dix mille hommes que l'on enverrait à César; il se chargerait de les conduire, et ses frères prendraient les devants : on arrête aussi la manière d'agir ultérieure.
Quand Litavicus ne fut plus qu'à trente milles environ de Gergovie, tout à coup il convoque l'assemblée et, les larmes aux yeux : Où allons-nous, soldats ? s'écrie-t-il. Toute notre cavalerie, toute notre noblesse ne sont plus. Les Romains, sur une accusation de trahison, ont fait périr, sans forme de procès, Éporédorix et Virdumarus, les premiers de notre cité. Écoutez ceux qui se sont échappés du milieu du carnage : car, moi, dont les frères et tous les parents ont été massacrés, la douleur m'empêche de vous raconter ce qui s'est passé. Il produit des gens qu'il avait instruits à parler suivant ses vues; ils confirment ce qu'il vient d'avancer : « Que beaucoup de cavaliers éduens avaient été tués pour de prétendus pourparlers avec les Arvernes : ils ne s'étaient, eux-mêmes, échappés de la boucherie qu'en se cachant dans la foule des soldats ». Un cri s'élève ; les Éduens prient Litavicus de pourvoir à leur sûreté : Comme si, reprend-il, il y avait à délibérer, et que ce ne fût pas une nécessité de marcher à Gergovie, pour nous joindre aux Arvernes f
Doutons-nous qu'après ce premier forfait, les Romains ne soient en chemin pour nous exterminer? Si donc il nous reste quelque énergie, vengeons la mort de ceux qu'on a si indigneynent assassinés, en nous défaisant de ces brigands. Il montrait des citoyens romains, qui étaient là sous sa sauvegarde et son escorte; on leur enlève aussitôt beaucoup de vivres et de blé, puis on les fait périr par de cruels supplices. Litavicus dépêche des exprès dans tous les cantons de sa cité, les soulève par le même mensonge du massacre de la cavalerie et des chefs et les exhorte à punir cette perfidie de la même manière que lui.
Parmi les cavaliers que César avait nominativement appelés, étaient Éporédorix, jeune homme d'une grande maison et très puissant dans son pays, et Virdumarus, du même âge et non moins considéré, mais inférieur en naissance: c'était un protégé de Divitiacus, et César l'avait, de l'obscurité, fait passer aux plus grands emplois. Ils se disputaient le premier rang et, dans le dernier débat pour la suprême magistrature, l'un avait soutenu Cotus de tous ses moyens, l'autre Convictolitanes. Éporédorix, informé des projets de Litavicus, les dénonce à César, un peu avant minuit. 11 le prie « De ne pas souffrir que des jeunes gens, par leurs manœuvres perverses, détachent sa cité de l'alliance du peuple romain ; ce qu'il prévoit être inévitable, si tant de milliers d'Éduens se joignent à l'ennemi : car les familles ne pourraient manquer de s'intéresser à leur sort, ni la cité d'y attacher une grande importance ».