‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 117 sur 164 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

Très inquiet de cette nouvelle, parce qu'il avait toujours particulièrement affectionné les Éduens, César, sans balancer un instant, prend quatre légions sans bagage et toute sa cavalerie. Tout, dans ce moment, paraissant dépendre de la célérité, on ne prit pas même le temps de plier les tentes. César laisse, pour garder le camp, le lieutenant C. Fabius avec deux légions : il avait ordonné d'arrêter les deux frères de Litavicus, mais ils venaient de passer à l'ennemi. César exhorte les soldats « A ne pas se rebuter de la fatigue du chemin dans cette occasion décisive » : l'ardeur fut générale. Au bout de vingt-cinq milles, il découvre les Éduens et détache sa cavalerie, qui leur barre le passage et les arrête : elle avait défense de tuer. Éporédorix et Virdumarus, que les Éduens croyaient morts, ont ordre de se faire voir dans les rangs de la cavalerie et d'appeler leurs amis. On les reconnaît et, la fourberie de Litavicus étant dévoilée, les Éduens tendent les mains, font entendre qu'ils se rendent, jettent leurs armes et demandent la vie. Litavicus s'enfuit à Gergovie, suivi de ses clients : car, dans les mœurs gauloises, c'est un crime d'abandonner son patron, même dans un cas désespéré.

César dépêcha des courriers pour faire savoir aux Éduens que leurs concitoyens, qu'il avait pu exterminer suivant le droit de la guerre, lui devaient la vie. 11 donna trois heures * à rarmée pour se reposer, et reprit la

•1. Il faut entendre le commencement de la nuit ; car pour être de retour avant le lever du soleil, César dut repartir vers les neuf heures.

route de Gergovie. Presque à moitié chemin, des cavaliers, expédiés par Fabius, lui apprirent quel danger avait couru le camp : « Ils avaient été, disaient-Us, attaqués par de 1res grandes forces : des ennemis frais remplaçaient sans cesse ceux qui étaient las, et fatiguaient par leurs efforts continuels les légionnaires, forcés de ne pas quitter le rempart, vu l'étendue du camp. Une grêle de flèches et de traits de toute espèce avait blessé beaucoup de monde. Les machines avaient été un grand moyen de défense. A la retraite de l'ennemi, Fabius, ne conservant que deux portes, avait fait boucher les autres et garnir le rempart de parapets. Il s'attendait, pour le lendemain, à une affaire pareille ». Sur cela, César se hâte et, par l'extrême bonne volonté du soldat, arrive au camp avant le lever du soleil.

Cependant les Éduens, au reçu des premières dépêches de Litavicus, ne donnent pas un instant à la réflexion. Les uns sont poussés par l'avarice, les autres par la colère et par cette légèreté, si naturelle à la nation, qu'elle prend pour chose avérée un simple ouïdire. Ils pillent les citoyens Romains, les massacrent, les réduisent en esclavage. Convictolitanes seconde l'impulsion donnée et précipite la multitude dans l'excès, afin que, le crime une fois commis, elle ait honte de revenir à la raison. Le tribun des soldats, M. Aristius, qui venait rejoindre sa légion, était à Cabillon ; on l'en tire sur parole : on force de même à en sortir ceux qui s'y étaient établis pour leur commerce : sans cesse harcelés sur la route, ils sont dé-

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