‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 118 sur 164 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

pouillés de tous leurs effets. On tient ce qui résiste assiégé jour et nuit et, quand de part et d'autre il a péri beaucoup de monde, on excite une plus grande multitude à prendre les armes.

Cependant, à la nouvelle que toutes leurs troupes sont au pouvoir de César, les Éduens accourent près d'Aristius. Ils l'assurent que rien ne s'est fait de l'aveu général, ordonnent une enquête sur le pillage des effets, confisquent les biens de Litavicus et de ses frères, et députent vers César pour se justifier. Il le fallait bien pour recouvrer leurs troupes; mais, entachés par un premier crime, séduits par le profit du pillage, oij plusieurs avaient eu part, et frappés de la crainte d'un châtiment, ils commencent à tramer en secret des hostilités et font, par des agents, intriguer auprès des autres cités. César savait tout; cependant il parle à leurs députés avec toute la douceur possible : « L'aveuglement et l'inconséquence de la populace ne lui feront jamais penser désavantageusement des Éduens et ne pourront diminuer sa bienveillance pour eux ». S'attendanl néanmoins à un mouvement plus général dans la Gaule et ne voulant pas être investi par toutes les cités, il pensait au moyen de s'éloigner de Gergovie, pour réunir de nouveau toutes ses forces : mais il fallait que son départ, qui venait de la crainte d'un soulèvement, n'eût pas l'air d'une fuite.

Occupé de ces idées, il crut avoir trouvé une occasion de bien faire. Car, en visitant les travaux du petit camp, il vit avec surprise qu'il n'y avait plus personne sur la

colline qu'occupait l'ennemi les jours précédents, et qu'il couvrait si bien, qu'à peine en voyait-on le sol. Il en demande la raison aux déserteurs dont il lui venait journellement un grand nombre; tous s'accordent à lui dire, ce qu'il savait déjà par ses espions : « Que le sommet de cette colline était presque de niveau, mais étroit et couvert de bois, là où il touchait à l'autre côté de la ville. L'on craignait beaucoup pour ce point et l'on sentait que, si les Romains s'emparaient de cette colline comme de la première, on serait comme enveloppé, sans pouvoir ni fourrager, ni sortir. Vercingétorix avait donc fait venir toutes les troupes pour fortifier cet endroit ».

D'après cela, César, au milieu de la nuit, envoie dans cette direction plusieurs escadrons, avec ordre de battre les alentours d'une manière un peu bruyante : au point du jour il fait sortir beaucoup de bagage et de mulets sans bâts et donne des casques aux muletiers, avec ordre de faire le tour des collines comme s'ils étaient de la cavalerie : avec eux partent quelques cavaliers destinés à s'étendre plus au loin, pour l'étalage. Tous doivent se rendre au même point par de longs détours. De Gergovie, qui dominait le camp, on voyait tout cela, mais à une distance d'où l'on ne pouvait découvrir ce que c'était au juste. César détache une légion vers la même colline ; quand elle a fait quelque chemin, il l'arrête dans un fond et la cache dans un bois. Les soupçons des Gaulois redoublent et toutes leurs troupes passent de ce côté du retranche-

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