‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 13 sur 164 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

P. Considius, qui passait pour consommé dans l'art militaire et qui avait sersi d'abord sous Sylla, ensuite sous Crassus. Au point du jour, Labiénus était maître des hauteurs et César n'était plus qu'à quinze cents pas du camp de l'ennemi, qui, comme on l'apprit ensuite des prisonniers, n'était instruit ni de son approche, ni de celle de Labiénus, lorsque Considius arrive ventre à terre : « La montagne, que devait occuper Labiénus, l'est, dit-il, par les Gaulois, dont il a reconnu les armes et les enseignes ». César se retire sur une colline voisine et s'y met en bataille. Labiénus avait ordre de n'engager le combat que lorsqu'il verrait les légions du général à portée du camp des ennemis, afm qu'on les chargeât en môme temps de toutes parts : ayant donc pris sa position, il attendait le reste de l'armée et n'attaquait pas. Enfm il était grand jour quand César apprit par ses coureurs, et que les siens occupaient la montagne, et que les Gaulois avaient levé leur camp, et que Considius, frappé de terreur, avait dit avoir vu ce qu'il n'avait pas vu. On suivit ce jour-là les ennemis à la distance ordinaire et l'on campa à trois milles de leur camp.

Le lendemain, comme c'était décidément dans deux jours que le blé devait se distribuer à l'armée et que Bibracte, reconnue pour la ville la plus grande et la plus riche des Éduens, n'était qu'à dix-huit milles, César crut devoir s'occuper des vivres et, se détournant de la route des Helvétiens, il prit celle de Bibracte. Les ennemis en furent instruits par des déserteurs de la

compagnie de L. Érailius, décuiion dans la cavalerie gauloise. Alors, changeant de plan et de marche, soit qu'ils attribuassent notre retraite à la crainte, d'autant mieux que, maîtres des hauteurs, nous n'avions pas attaqué la veille, soit qu'ils espérassent nous couper les vivres, ils se mirent à suivre et à harceler notre arrière-garde. Voyant cela, César porta ses troupes sur la colline la plus voisine et détacha sa cavalerie pour soutenir le premier choc. Cependant il forme à micôte, sur trois lignes, ses quatre légions de vétérans, plaçant en arrière, sur le sommet, les nouvelles levées de la Gaule cisalpine et tous les auxiliaires, de manière à couvrir de soldats toute l'éminence. En même temps il fait rassembler les bagages sur un seul point, qu'il ordonne aux troupes des hauteurs de retrancher. Les Helvétiens, arrivant avec tous leurs charriots, réunissent de même leurs bagages. Ils se forment en phalange, repoussent la cavalerie, et viennent, dans l'ordre le plus serré, se présenter à notre première ligne.

César fait éloigner son cheval d'abord et tous les autres ensuite, pour ôter tout espoir de fuir et rendre le péril égal : il encourage ses troupes et le combat s'engage. Nos soldats, lançant de haut en bas leurs javelots, rompent sans peine la phalange ennemie; la voyant ébranlée, ils chargent l'épée à la main. Une chose fort incommode pour les Gaulois, c'est qu'un seul javelot ayant souvent percé plusieurs de leurs boucliers, le fer, en se ployant, les avait cloués l'un à

Page 1