LIVRE VII
dans la plaine, elles s'arrêtèrent et firent face aux ennemis, que Vercingétorix ramena du pied de la colline dans ses retranchements. Ce jour-là nous coûta près de sept cents hommes.
Le lendemain. César assemble l'armée, et reproche aux soldats leur présomption et leur cupidité : « Ils avaient eux-mêmes jugé de ce qu'il fallait faire et jusqu'où l'on devait s'avancer; ils ne s'étaient pas arrêtés, lorsqu'on avait sonné la retraite, et ni leurs tribuns ni les lieutenants n'avaient pu les retenir. Il leur montra ce que pouvait le désavantage de la position et leur rappela sa conduite, à lui-même, près d'Avaricum, où, surprenant l'ennemi sans général et sans cavalerie, il avait renoncé à une victoire certaine, plutôt que de l'acheter par une perte même légère, qu'aurait entraînée la défaveur de la position. Plus il admirait la grandeur de leur courage, que n'avaient pu refroidir ni les retranchements de l'ennemi, ni l'élévation de la montagne, ni les murs de la ville, plus il les blâmait d'avoir cru, dans leur insubordination présomptueuse, juger mieux que leur général du succès et de l'issue de l'événement; et, dans un soldat, il ne désirait pas moins de modestie et de retenue que de valeur €t de magnanimité ».
Tel fut le discours de César, à la fin duquel « il rassura les soldats qui ne devaient pas se rebuter de ce qui était arrivé, ni attribuer au courage de l'ennemi ce qu'il avait dû à sa bonne position ». Persistant dans ses projets de départ, il fait sortir les légions des deux
camps, et les met en bataille sur un terrain convenable. Comme Vercingétorix ne quitte point, malgré cela, les hauteurs, César fait rentrer ses troupes, après une légère escarmouche où il eut le dessus : il en fut de même le lendemain et, jugeant cela suffisant pour diminuer la jactance des Gaulois, il décampe pour se rendre chez les Éduens, sans être même alors suivi par les ennemis. Le troisième jour il arriva sur l'Allier, dont il rétablit le pont, où l'armée passa.
Les deux éduens, Éporédorix et Virdumarus, vinrent alors le trouver et lui dirent : « Que, Litavicus étant parti avec toute sa cavalerie pour soulever leur cité, il était nécessaire qu'ils allassent eux-mêmes en avant, pour la raffermir dans son devoir ». Quoique César eût déjà plusieurs preuves de la perfidie des Éduens, et qu'il pensât que le départ de ces deux hommes ne ferait que hâter la révolte, il ne crut pas cependant devoir les retenir, de peur de paraître leur faire violence, ou avoir conçu quelque crainte. A leur départ, il leur expose brièvement « les services qu'il a rendus aux Éduens, ce qu'ils étaient, et leur abaissement, quand ils avaient eu recours à lui : rejetés alors dans leurs villes, dépouillés d'une partie de leurs terres, ayant perdu toutes leurs troupes, tributaires, réduits à donner ignominieusement des otages, dans quel éclat, dans quelle puissance ne les avait-il pas rétablis ? Non seulement ils avaient recouvré leur ancienne consistance, mais ils jouissaient d'une influence, d'une considération bien au-dessus de celles qu'ils avaient