LIVRE VU
jamais eues ». Après ces observations, il les congédia. Noviodunum est une ville éduenne, située avantageusement sur le bord de la Loire. César y tenait rassemblés tous les otages de la Gaule, ses magasins de blé, le trésor, la plus grande partie de ses bagages et de ceux de l'armée : il y avait envoyé beaucoup de chevaux achetés en Espagne et en Italie à raison de la guerre. En y arrivant, Éporédorix et Virdumarus apprennent où en sont les choses dans leur cité : on avait reçu Litavicus dans Bibracte, ville de la plus grande influence ; le premier magistrat, Convictolitanes, et la plupart des sénateurs s'étaient réunis à lui; on avait ouvertement envoyé des ambassadeurs pour faire avec Vercingétorix un traité de paix et d'alliance. D'après cela, ne croyant pas devoir négliger une si bonne occasion, ils égorgent la garnison de la place, les marchands et les voyageurs qui s'y trouvent, partagent entre eux l'argent et les chevaux, et font conduire dans Bibracte à Convictolitanes les otages des cités : puis se jugeant hors d'état de garder la ville, ils la brûlent, pour qu'elle ne serve pas aux Romains, enlèvent sur des bateaux autant de blé que le moment le permet, et jettent le reste au feu ou dans la rivière. Ensuite, rassemblant des forces dans le pays voisin, ils placent des postes et des détachements le long du fleuve, et font, en tous lieux, parade de leur cavalerie, pour répandre la terreur et pour essayer de chasser par la disette les Romains de la contrée, en leur coupant les vivres : espoir d'autant mieux fondé que la
Loire, enflée par les neiges, ne semblait guéable absolument nulle part.
Instruit de tous ces mouvements, César crut devoir faire diligence; s'il fallait essayer de jeter des ponts, il voulait combattre, avant que l'ennemi fût plus en force : car, de changer de plan, et de s'acheminer vers la Province, c'est à quoi il jugeait indispensable de renoncer même alors, soit à cause de la honte, de l'indignité de cette mesure, à la quelle s'opposaient d'ailleurs les Cévennes et la difficulté des chemins, soit surtout à cause de l'extrême désir qu'il avait de rejoindre Labiénus et les légions parties avec lui. Forçant donc sa marche et de jour et de nuit, il arrive, contre l'attente générale, sur les bords delà Loire et, la cavalerie ayant trouvé un gué passable vu l'urgence (on y avait hors de l'eau les épaules et les bras pour soutenir les armes), il la dispose de manière à rompre le courant et toute l'armée passe sans perte, à la vue des ennemis effrayés de notre premier aspect. Les troupes s'étant approvisionnées de bétail et de blé, dont on trouva les champs couverts on prit la route du Sénonais.
VL Pendant ces expéditions de César, Labiénus laissant le dernier renfort arrivé d'Italie dans Agendicum pour garder le bagage, en était parti avec quatre légions pour Lutèce, ville des Parisiens, bâtie dans une île de la Seine . Sur la nouvelle de son approche, l'ennemi avait tiré des troupes nombreuses des cités voisines et nommé généralissime l'aulerce Camulogène, à qui, malgré son grand âge, on déféra cet honneur à cause