‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 123 sur 164 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

de ses grands talents militaires. Ayant remarqué qu'un marais continu, qui aboutissait à la Seine, offrait ' un excellent point de défense, ce prince avait assis son camp derrière, résolu d'en défendre le passage.

Labiénus essaie d'abord de pousser des mantelets et de se faire un chemin, en comblant le marécage de fascines et de claies ; mais, trouvant la chose trop difficile, il sort de son camp à la troisième veille, retourne sur ses pas et vient à Mélodunum, ville des Sénonais, bâtie, comme Lutèce, dans une île de la Seine. Il se saisit d'environ cinquante bateaux, les joint promptement l'un à l'autre et les charge de soldats. La surprise jette le trouble parmi les habitants, dont une grande partie avait joint l'armée, et Labiénus s'empare de la ville; il en rétablit le pont, coupé par les Gaulois les jours précédents, y fait passer Tarmée et se remet en marche pour Lutèce, le long du fleuve. Instruits de cela par les fuyards, les ennemis s'éloignent du marais, coupent les ponts de Lutèce, brûlent la ville, et campent sur l'autre bord de la Seine, en face de Labiénus.

Déjà l'on disait que César avait abandonné Gergovie ; déjà le bruit courait du soulèvement des Éduens et des succès des révoltés de la Gaule ; et, dans les pourparlers, les Barbares assuraient que César, n'ayant pu ni forcer les passages, ni traverser la Loire, avait été réduit par la disette à prendre la route de la Province.

1. Le marais était probablement formé par la stagnation de la petite rivière de Bièvre.

En outre, les Bellovaques, dès longtemps rebelles dans le oœur, avaient, sur la nouvelle de la défection des Éduens, commencé à lever des troupes et se préparaient ouvertement à la guerre. Dans une pareille révolution, Labiénus sentait qu'il devait songer à tout autre chose qu'à ce qu'il avait eu jusqu'alors en vue : il ne pensait plus à attaquer et à faire des progrès, mais à ramener l'armée saine et sauve dans Agendicum. Car il se voyait serré d'un côté par les Bellova- (jues, le peuple de la Gaule le plus renommé pour la bravoure ; en face il avait Camulogène avec une armée toute prête et bien en ordre : enfin, un très large fleuve séparait les légions de leur place d'anpes et de leurs bagages.

Contre des obstacles si grands et si subits, il ne voyait de ressource que dans l'énergie. Ayant donc sur le soir assemblé le conseil, il exhorte les officiers à mettre de l'exactitude et de la célérité dans l'exécution de ses ordres et donne les barques venues de Mélodnnum à autant de chevaliers romains, qu'il charge de descendre en silence le fleuve dès la fin de la première veille, et d'aller l'attendre à quatre milles. Il laisse à la garde du camp les cinq cohortes sur lesquelles il croit pouvoir le moins compter dans une action et donne ordre aux cinq autres de la même légion de partir au milieu de la nuit avec tous les bagages et de remonter bruyamment le fleuve. Il fait encore chercher des bateaux, qu'il envoie dans la même direction, enjoignant de battre fortement l'eau avec les rames. Lui-

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